"On ne doit pas scier la branche sur laquelle on s'assoit" : les pêcheurs de l'Adour arrêtent leur activité avec un mois d'avance

Les marins-pêcheurs professionnels de l’Adour maritime ont décidé d’arrêter prématurément la campagne au filet de saumon dès ce 1er juillet. Le faible nombre de remontées de spécimen a été la raison de cette décision difficile pour le secteur.

Il n’y a plus assez de saumon. C’est le triste constat qu’ont réalisé les marins pêcheurs professionnels de l’Adour. Pour préserver l’espèce, ils ont décidé d’arrêter, avec un mois d’avance, la campagne de pêche au filet, qui devait initialement s’arrêter au 31 juillet.

Dans la douleur

Dans le port d'Anglet, les bateaux à quais laissent deviner une ambiance morose. Les dix-sept marins pêcheurs professionnels de l’Adour auront un mois de juillet sans entrée d’argent. “C’est difficile d’estimer parce que cela dépend de chaque pêcheur. Mais comme pour tout le monde, un mois sans salaire, c’est toujours compliqué”, avance Jean-Yves Elissalde, le président des pêcheurs de l'Adour.

La décision a été prise il y a quelques jours, après avoir constaté des remontées de saumons très faibles. “Quand on a vu qu’il y avait une corrélation entre ce qu’ils pêchaient et les remontées, on s’est dit qu’il fallait laisser passer plus de poissons”, explique Jean-Yves Elissalde. 

Il y a des facteurs extérieurs comme des zones de pré-grossissement qui ont bougé, des pêcheries étrangères qui ont récupéré plus de poissons ainsi que d’autres problèmes liés au trajet migratoire.

Olivier Azarete,

membre du comité de gestion poissons migrateurs

En 2018, ils avaient déjà pris une décision similaire, le 15 juillet. Cette année, le contexte est pourtant bien différent. “C’était une année d’abondance. Là, la saison est seulement correcte parce que nous avons eu des bons prix”, précise Olivier Azarete, membre du comité de gestion des poissons migrateurs. 

"Considérés par personne"

Sans entrée d’argent, ces pêcheurs ne seront pour autant pas indemnisés par l’État. “On a fait des efforts sur nos fonds propres. Il n’y a aucune compensation et c’est pour cela que des décisions comme ça mettent du temps à mûrir”, explique Jean-Yves Elissalde, une pointe de déception dans la voix. “On est considérés par personnes. Même au niveau de la décision, quand on leur a demandé ce qu’il fallait faire par rapport aux comptages, nous n’avons aucune réponse.”

On ne doit pas scier la branche sur laquelle on est assis.

Jean-Yves Elissalde

Président des pêcheurs de l'Adour

Si la décision a été prise “dans la douleur”, il s’agit pour ces professionnels de la pêche de faire preuve d'anticipation. “Avec ce choix, on mise sur l'avenir. On veut essayer de pérenniser l’espèce, et donc notre métier”, résume Jean-Yves Elissalde.

Préserver l'espèce

Ce geste de “préservation” a d’ailleurs été saluée par la fédération départementale. “À partir du moment où des professionnels pensent plus nature et sauvetage de l’espèce qu’intérêt financier, on est excessivement contents”, se réjouit François Chenel. 

Depuis deux ans, la fédération demande à l’État des mesures pour mieux encadrer la pratique. “On demande un TAC (le quota de saumon à pêcher par catégorie de pêcheurs, NDLR.), de modifier l’arrêté préfectoral, on n'a jamais été entendu. Pire, on a été débouté par un juge qui a considéré que le saumon n’était pas une espèce en danger”, liste François Chenel.

Les marins-pêcheurs de l’Adour ne prélèveront donc plus aucun saumon jusqu'à la saison prochaine. Ils reprendront leur bateau en avril 2025.

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