“Demain ce sera peut-être moi ”, témoigne un éleveur béarnais qui redoute toujours une attaque d'ours

Des bergers basques et béarnais ont déposé des corps de brebis devant la sous-préfecture de Bayonne le 2 septembre 2019. / © NICOLAS MOLLO / AFP
Des bergers basques et béarnais ont déposé des corps de brebis devant la sous-préfecture de Bayonne le 2 septembre 2019. / © NICOLAS MOLLO / AFP

Depuis un an, leur inquiètude ne faiblit pas. Dans les Pyrénées, les éleveurs de brebis contestent toujours la réintroduction des ourses Claverina et de Sorita, lâchées en Béarn en octobre 2018. Ils dénoncent les nombreuses attaques et témoignent de leur peur de voir disparaître leurs troupeaux. 
 

Par Hélène Chauwin

En cette première semaine d'octobre, Emmanuel Ossiniri a quitté les sommets des Pyrénées béarnaises où il a passé l'été pour rejoindre une estive intermédiaire. Il y restera quelques jours avant de regagner définitivement sa bergerie de Borce. Emmanuel Ossiniri est un berger transhumant que l'inquiétude ne lâche pas. Depuis la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées, il y a un an, il craint en permanence pour son troupeau et le suivi par localisation des deux ourses effectué apr l'ONCFS ne suffit pas à le rassurer. Il se sent totalement abandonné

On nous ment. On nous prend pour des moins-que-rien. Et ça continue. Claverina est restée en Espagne. Elle a cartonné tout l'été. La semaine dernière, il y a encore un troupeau qui a été attaqué. 70 brebis ont été tuées. 90 sont manquantes et personne n'en parle. La frontière est à côté. Demain, c'est peut-être moi. Alors évidemment, on se dit une attaque, une brebis c'est rien. Elles sont payées.  Mais si on se retrouve sans troupeau, c'est quoi ? 

Emmanuel Ossiniri, éleveur transhumant de Borce est en permanence inquiet pour son troupeau. / © F3 Aquitaine
Emmanuel Ossiniri, éleveur transhumant de Borce est en permanence inquiet pour son troupeau. / © F3 Aquitaine

Dès l'été 2018, les éleveurs manifestaient leur opposition. Le  29 août notamment. Près de 200 manifestants anti-ours avaient protesté à Etsaut, commune béarnaise dont la maire était  favorable à la ré-introduction du plantigrade. 
 

Depuis, plusieurs attaques de troupeaux, en Espagne et en Haute -Pyrénées en particulier, ont confirmé la crainte des éleveurs. La première attribuée à Calverina remonte à la nuit du 29 avril au 30 avril 2019. Un éleveur a découvert une de ses brebis morte à Larrau. La sous-préfecture d'Oloron-Sainte-Marie confirmera l’implication de l’ourse. 
 

Attaque de troupeaux suivie d'une manifestation d'éleveurs. Le scénario se répète à plusieurs reprises. 

Un an d'inquiétude pour Emmanuel Ossiniri. Il dresse un constat amer. Le métier est en danger. Comme à l'époque de son père déjà. Il n'y aura plus de nouvelle introduction d'ours. Le gouvernement s'y est engagé mais le mal est fait constate Emmanuel Ossiniri.

Le métier est en danger. Parce que tout le monde veut partir en vacances. Tout le monde veut une vie de famille. Et tout ce qu'on nous propose, c'est d'être attaché 24h sur 24 à notre troupeau. On est exténué à la fin de l'été. Avec le stress en plus, on n'a jamais été aussi crevé. 


Les éleveurs transhumants ont eu le sentiment d'être méprisés. Ils demandent toujours le retrait des ours dans les Pyrénées. 
 
A la fin de l'été, Emmanuel Ossiniri se dit exténué. / © F3 Aquitaine
A la fin de l'été, Emmanuel Ossiniri se dit exténué. / © F3 Aquitaine
 

Les deux lâchers du 4 octobre 2018

Au petit matin du 4 octobre 2018, deux ourses, venues de Slovénie, ont été lâchées dans les Pyrénées béarnaises :

  1. Clavérina, (140 kg,  7 ans) 
  2. Sorita (10 kg, un an)

Une réintroduction dans le cadre du plan d’actions national Ours brun 2018-2028

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