À Poitiers, le compost issu des déchets verts sert à fabriquer des pots de plantation biodégradables

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Fini les pots en plastique ! Dans ses serres municipales, la ville de Poitiers utilise des pots de plantation biodégradables. So Ethic, une société récemment implantée en périphérie, s'est spécialisée dans ce type de pots, qu'elle fabrique à partir du compost produit localement.

Dans l'une des serres municipales de la ville de Poitiers, des rangées de petits pots de plantation de salvia officinale et d'achillea se font face. D'un côté, les plantes qui poussent dans des pots en fibres de bois. De l'autre, celles qui grandissent dans des pots fabriqués à partir de compost. Les pots en fibres de bois sont ceux de la société FertilPot, utilisés depuis une dizaine d'années par les serres poitevines. Les autres sont produits par So' Ethic, une entreprise récemment implantée près de Bonneuil-Matours (86).

Une phase de test

"C'est une phase de test", explique Jean-Marcel Lagorce, responsable de la production végétale aux serres municipales. "On observe le niveau d'enracinement des plantes selon le pot utilisé" ; l'idée étant pour les serres municipales d'obtenir des plants dont le système racinaire sera le plus développé possible pour être ensuite replantés en pleine terre.

Car l'objectif est de replanter avec les pots. Fabriqués à partir de compost et/ou de fibres de bois, ils sont biodégradables et donc se désagrègent avec le temps et les arrosages. 

"L'utilisation de ce type de pots de plantation rentre dans la réorientation de nos cultures", poursuit Jean-Marcel Lagorce.

Depuis l'an 2000, Poitiers a franchi le pas du 100% bio. Plus de pots en plastique, par exemple. Avec l'arrivée de la nouvelle municipalité écologiste, la ville accentue sa démarche. Pour réduire la consommation d'eau, elle privilégie désormais les plantes vivaces, des variétés également plus résistantes. Fini (ou presque) les plantes éphémères, telles que les chrysanthèmes qui nécessitaient de longs mois de culture pour seulement trois semaines de plantation à l'automne. Bientôt, les Poitevins devraient même voir pousser des arbres fruitiers dans les massifs.

Aux serres municipales, on regarde ce type de pot avec bienveillance. Seules les questions de poids et de prix interrogent les responsables. "Les tests sont menés en vue d'un renouvellement du marché de la ville", explique Jean-Marcel Lagorce.

Dans votre main, l'économie circulaire

A Bonneuil-Matours, la société So'Ethic, née du partenariat entre l'entreprise israélienne Bioplasmar et de la société Sede (filiale de Veolia), s'est installée dans les anciens locaux de SCA Bois. Elle fabrique des pots de plantation totalement biodégradables, à partir de compost et de résidus végétaux. Le concept se veut une alternative aux petits pots de plantation en plastique, encore très utilisés.

"Dans votre main, vous tenez l'économie circulaire", s'exclame Tobias Pierrepoint, directeur commercial de So'Ethic. "Lorsqu'un particulier amène ses déchets verts en déchetterie, ils sont transformés en compost, celui que nous utilisons, en local, pour fabriquer nos pots."

On a ciblé les collectivités car notre produit est un produit premium. Il coûte plus cher qu'un pot en plastique. Il doit faire l'objet d'une démarche volontaire.

Tobias Pierrepoint, directeur commercial de So'Ethic

Les pots fabriqués à Bonneuil-Matours (et actuellement testés dans les serres municipales de Poitiers) utilisent un compost produit par les déchets verts des habitants de l'agglomération. L'initiative a valu à So'Ethic en 2021 le prix innovation territoriale au salon des maires et des collectivités locales.

Comme Poitiers, d'autres villes testent les pots de l'entreprise poitevine (Angers, Nantes, Rochefort, Saint-Nazaire, Saint-Brieux, Aix-en-Provence et Limoges et même en Belgique, Bruxelles, Charleroi et Namur). Arras et Dunkerque ont, elles, franchi le pas et déjà commandé 17.000 pots.

"On a ciblé les collectivités car notre produit est un produit premium. Il coûte plus cher qu'un pot en plastique. Il doit faire l'objet d'une démarche volontaire", poursuit Tobias Pierrepoint. L'entreprise est néanmoins en contact avancé avec une grande enseigne de jardinage.

"Notre idée avec la grande distribution est de proposer le pot avec sa plante (d'ornement, aromates...)" et que le particulier puisse ensuite la replanter sans avoir à la sortir du pot. Pour le jardinier, le pot biodégradable en pleine terre offre la possibilité de conserver 100% des racines de la plante. En dépotant un pot en plastique pour replanter, il arrive qu'une partie des racines soit sectionnée, fragilisant la jeune plante.

Tout pourrait sembler simple mais la conception de ces pots est semée de difficultés à surmonter. La première étant de proposer un pot qui résiste aux arrosages, le temps de la croissance de la plante et qui, ensuite, après la replantation en pleine terre, se dégrade totalement. "Et nous travaillons avec un compost qui peut évoluer selon les saisons et les déchets verts recyclés...", précise Christophe Boutin, responsable du site.

Une odeur de cuisson

Alors que l'on entre dans l'usine de Bonneuil-Matours, une odeur douce et chaude de cuisson arrive jusque à nous. À l'autre bout de la chaîne de fabrication, des pots sortent du four. Au début de la chaîne, plusieurs tas de compost issus du recyclage produit par les déchetteries de Migné-Auxances et d'Ingrandes-sur-Vienne sont entreposés. C'est la matière première qui entre dans la fabrication des pots. Ce compost est broyé, malaxé, lié à une résine organique. Le mélange est envoyé vers les presses (et peut être enrichi en engrais naturel) et ensuite cuit et "coaté", c'est-à-dire enrobé d'une fine couche imperméable d'amidon de pomme de terre. Actuellement, quatre presses fonctionnent dans l'usine. À terme, sept presses supplémentaires sont prévues. 

So'Ethic ambitionne de produire 30 millions de pots de plantation à l'année et se voit déjà ouvrir entre trois et quatre sites de production en France pour produire localement et espère beaucoup de l'intérêt de villes en Allemagne et au Québec pour son produit.

Pour l'instant, l'entreprise avoue ne générer aucun chiffre d'affaires. "Nous sommes en phase de lancement", explique Tobias Pierrepoint. Le succès de l'aventure de l'entreprise dépend de sa capacité à trouver le bon équilibre pour produire des pots qui se tiennent suffisamment longtemps pour permettre la croissance des plants et qui ensuite se dégradent intégralement au moment de la replantation. Les tests en cours dans les serres de la ville de Poitiers sont encourageants sans que l'on puisse pour l'instant présager de l'issue qui sera donnée au renouvellement du marché des pots de plantation.