Autoroute Poitiers-Limoges : un premier débat tout en contrastes. “Ça fait 50 ans qu’on attend”

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Écrit par Mélisande Queïnnec
La réunion publique a permis à 240 participants, sur place, de s'interroger sur la pérennité du projet.
La réunion publique a permis à 240 participants, sur place, de s'interroger sur la pérennité du projet. © Autoroute Poitiers-Limoges.fr

Une première réunion d’échange autour du projet d’autoroute Poitiers-Limoges s’est tenue hier à Montmorillon (Vienne). Entre l’espoir de désenclaver des régions isolées et la crainte de peser sur le portefeuille des contribuables, les réactions étaient contrastées.

Le débat, que la rédaction a pu suivre en direct sur Internet, aura duré un peu plus de trois heures. Aux côtés d’élus, mais en l’absence de la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, qui n’a pu intervenir qu’en visioconférence. “Ce projet répond à des enjeux forts de désenclavement”, a-t-elle précisé. “Il s’agit de renforcer l’armature urbaine de cette région en développant les liens entre les deux capitales que sont Poitiers et Limoges, et de s’adresser à tous les territoires.

Fabienne Buccio a rappelé l’impact positif de cette construction sur les territoires ruraux desservis par la RN147, une des routes les plus accidentogènes de France. Le choix d’organiser cette assemblée des territoires à Montmorillon faisait ainsi sens. La commune d’un peu plus de 6 000 habitants se situe en effet sur cet axe.

Une voie “plus sécuritaire”

Dans la salle, environ 70 personnes en présentiel, estime le Populaire du Centre. Covid oblige, l’animateur de l’assemblée a commencé par insister sur l’importance des gestes barrière. Ceux qui n’ont pu se rendre jusque dans la Vienne ont suivi les échanges sur Zoom ou en direct sur Youtube. Vingt-quatre personnes étaient encore connectées à la plateforme de streaming à 20h. Plus difficile de poser des questions… Mais la concertation se voulait informative, il n’était pas nécessaire, a rappelé l’animateur de séance, de prendre partie.

Pierre Massy milite, lui, depuis des années pour la création de l’A147. Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de la Haute-Vienne a commencé par évoquer des chiffres inquiétants : de 2012 à 2021, 27 personnes ont perdu la vie sur la route nationale, seule option disponible pour se rendre de Limoges à Poitiers. 13 700 personnes empruntent quotidiennement l’axe, soit 6 600 à 10 700 véhicules par jour.

Ces 33 morts plaident en premier lieu pour l’aménagement d’une autoroute

Pierre Massy

Sur la RN520, jonction avec l’autoroute A20, 6 personnes supplémentaires sont mortes. “On a parlé de développement économique, de désenclavement des territoires, mais ce sont ces 33 morts qui plaident sans doute en premier lieu pour l’aménagement d’une autoroute”, a-t-il relevé. Insistant sur l’importance de mener ce projet “au plus vite”.

Directeur de la société Transports Briche, basée à Limoges, Éric Briche a dressé le même constat : “aujourd’hui, le fait qu’il y ait une nouvelle route plus sécuritaire, c’est un point fort pour nous. Nos conducteurs recherchent un lieu d’hébergement correct. Ils continueront de s’arrêter dans les villages étapes desservis par la RN147, avec ou sans autoroute.” Le chef d’entreprise s’est dit “à 100%” en faveur de l’autoroute, défendant une “sécurité optimale” et une “consommation moindre” de carburant grâce à un parcours fluidifié.

Paradoxes ?

Nathalie Tabuteau, maire de Moulismes (Vienne), a tenté de rappeler que la RN147 avait eu jusque-là des effets positifs sur les communes avoisinantes. Moulismes, moins de 400 habitants et traversée par la RN147, est devenue un village étape avec “une forte fréquentation de l’aire de repos, et donc des restaurants, et un parking poids-lourds”, a précisé la maire, non sans une certaine fierté.

La route nationale booste l’activité commerciale et économique” et offre à ce village “une visibilité” remarquable. “A Moulismes, il y a toujours du mouvement”, a-t-elle défendu. “C’est un lieu vivant !” Pour autant, l’élue n’a pas souhaité prendre parti contre le projet d'autoroute.

Ça fait 50 ans qu’on attend que quelque-chose se passe sur cette route”, a estimé un propriétaire foncier en visioconférence. Lui souligne en revanche quelques paradoxes dans ce projet autoroutier : “c’est un peu bâtard, on ne va pas d’un bout à l’autre”, estime-t-il, faisant référence au contournement de Lussac en 2x1 voie. “Comment peut-on imaginer que dans un temps limité, 5 ans, nous parvenions à faire ce que nous n’avons pas pu construire en 50 ou 60 ans ?” s’est quant à lui interrogé un chef d’entreprise, présent dans la salle.

Le coût du projet en questions

Les questions sont posées dans le calme. Les réponses se veulent pragmatiques. Pourtant, un aspect du projet semble régulièrement revenir et susciter l’inquiétude : quid de son coût ?

Selon l’Autorité environnementale, comme elle l’indique dans un rapport publié le 18 novembre 2021, “cette opération nécessiterait de mobiliser une subvention dite "d'équilibre" au bénéfice du concessionnaire dont le montant estimé pourrait atteindre 771 millions d'euros. L'infrastructure serait donc financée pour plus des trois quarts de son coût par des fonds publics.

C'est une double-peine !

Un participant

Qui va payer la subvention d’équilibre?” réagit alors un participant. Lui craint que le coût ne pèse sur les collectivités locales… Et donc, à terme, sur les contribuables. “C’est une double-peine !” Rappelant que l’autoroute serait soumise à un péage, 13 centimes/ kilomètres pour les véhicules légers, 20 centimes/ kilomètres pour les poids-lourds…

Ceux qui veulent se rendre à Nantes depuis Poitiers empruntent l’autoroute. Je ne vois pas pourquoi les habitants de la région ne feraient pas la même chose pour se rendre à Limoges”, conclut l’une des partie-prenante du projet autoroutier. Qu’importe, selon les défenseurs de l’A147, qu’elle soit peu empruntée (5 030 véhicules légers par jour et moins d’un millier de poids-lourds).

La prochaine réunion, adressée au grand public et aux étudiants, aura lieu le 20 janvier à Poitiers. Plus d'une dizaine d'événements sont aujourd'hui planifiés pour lever les doutes des habitants de la région, avant une éventuelle mise en concession.

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