Covid-19. Le monde de la nuit toujours dans le brouillard

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En théorie, leur période de fermeture touche à sa fin ce lundi 24 janvier. Mais les gérants ne se font pas d'illusion. Il leur faudra sans doute encore patienter. Le moral est bon mais les aides pas encore au rendez-vous.

Pistes de danse vides, boîtes aux lettres vides. Et les nuits ? Les patrons de boîtes attendent.

Jérôme Lacroix, représentant des discothèques à l'UMIH 86, dirige deux établissements à Poitiers, la Tomate Blanche et la Grand'Goule. Il est assez amer : "Ça commence à faire très long pour nous, le monde de la nuit, on va « fêter » les deux ans bientôt. Finalement, on aura été ouverts 4 mois sur 24 ! C'est pesant psychologiquement pour les équipes, les salariés n’ont pas d’horizon. On pensait qu’avec l’arrivée du vaccin, on pourrait rouvrir normalement, c’est très compliqué".

Son homologue de Charente-Maritime n'est pas plus optimiste.

La réouverture le 24 janvier, personne n'y croit !

Guillaume Jacques, président de l’UMIH bar et établissement de nuit pour la Charente-Maritime

"On est à quelques jours d’une possible réouverture, personne n’y croit ! Compte tenu des chiffres, du contexte, ça paraît peu probable. Et la veille pour le lendemain, ce n'est pas possible, il y a des marchandises à prévoir, des salariés à mettre en place."

Patrick Fau, gérant du White Rabbit à La Rochelle, s'est presque habitué à ce contexte et ces annonces. "La date de lundi prochain, bien sûr que non, mais c’est normal qu’on annonce des fermetures de quatre semaines, plutôt que des fermetures de six mois. Je pense que pour la mi-mars c'est plus réaliste."

Quand vont tomber les aides ?

Autre constat partagé par ces trois professionnels : personne n'a encore touché un centime pour cette fermeture entrée en vigueur en décembre. Et ça, il ne faudrait pas que ça dure plus.

Pour Patrick Fau, la principale préoccupation est économique : "Je pioche dans la trésorerie pour payer les loyers, la rémunération des gérants, tous les frais fixes. Là-dessus, on perd de l’argent, ça devient compliqué, on ne connaît pas encore les modalités des aides".

Guillaume Jacques précise : "Les procédures sont complexes, les décrets longs à sortir, il ne faut pas croire que c’est aussi simple que ça d'avoir d'avoir des aides."

Le chômage partiel des salariés est lui bien pris en charge par l'Etat. Tous saluent d'ailleurs cette mesure qui leur permet de tenir, avec un bémol toutefois pour Jérôme Lacroix : "Il nous reste à charge 2,5 jours de congés par mois. Sur 20 mois de fermeture, ça fait 50 jours de congés par salarié. C'est un coût énorme ! Comment l’entreprise finance ça, sans gagner d'argent ? A Poitiers, on fonctionne à 90 % avec le monde étudiant. La période forte pour nous, c'est maintenant ! On va rouvrir pour l'été, période creuse, on va juste couvrir nos charges du moment..."

Clientèle, seras-tu là ?

C'est l'autre inquiétude du poitevin Jérôme Lacroix : "On a perdu le fil de la relation au client. Pour les plus âgés, d’autres habitudes ont été prises (être plus à la maison). Pas de resto en début de soirée, pas de sortie en boîte ensuite… Le couvre-feu a modifié beaucoup les modes de sortie des 30 ans et plus. Il va falloir se réinventer pour redonner envie aux gens de sortir…

A La Rochelle, à la tête d'une discothèque et de deux bars, Patrick Fau n'est pas du tout du même avis sur ce point : "Sur notre première longue fermeture, on ne savait pas pour la clientèle. Là, on sait qu’on va retravailler tout de suite ! Les jeunes en ont tellement marre ! Comment on a pu penser que les discothèques allaient disparaître ? Non, ça a même redonné une âme à notre profession, une grande partie de la société s’est rendue compte de notre rôle. On est un outil de régulation de la tranquillité publique."

Reste à vérifier si les salariés, habitués pendant cette coupure à gagner plus d'argent, seront prêts à se réadapter à ces horaires de travail si particuliers. Et à savoir quand les boîtes de nuit mettront fin au vide...