Poitiers : manger local et durable, un mode de vie de plus en plus partagé

La crise du coronavirus a remis en cause nos méthodes de consommation. Conséquence : les systèmes de vente en circuit court et le zéro déchet ont le vent en poupe. Consommer responsable, local et durable devient une priorité.

Les épiceries vrac connaissent un vrai succès. En deux ans à Poitiers, le panier moyen des clients de l'Effet bocal est passé de 19 à 27 euros.
Les épiceries vrac connaissent un vrai succès. En deux ans à Poitiers, le panier moyen des clients de l'Effet bocal est passé de 19 à 27 euros. © L'Effet bocal

Le chiffre d’affaires réalisé par les épiceries en vrac en 2019 s'élève à 1,2 milliards d’euros. Cela représente une augmentation de 41 % en un an. Ces commerces, où tout est à vendre en vrac ou en bocaux de verre, ont le vent en poupe. 

Cette tendance se confirme à l’effet Bocal, la seule épicerie spécialisée dans le vrac, à Poitiers, où 85 % des produits sont issus de l'agriculture locale. "Depuis notre ouverture en 2017 nous sommes en augmentation croissante. Chaque année les clients sont de plus en plus nombreux" témoigne Mathilde Renaud, co-gérante. 

Un succès dû à une prise de conscience de la population selon elle. "Les gens ont envie de savoir ce qu’on met dans leur assiette. Ils ont envie d’agir pour notre planète. Et en plus de réduire les emballages ils évitent le gaspillage puisqu’ils prennent ce dont ils ont besoin".

Le vrac est une méthode de consommation de plus en plus appréciée par les Français.
Le vrac est une méthode de consommation de plus en plus appréciée par les Français. © Réseau vrac

La ruée vers les producteurs locaux

Manger mieux en pensant à la planète, une envie de plus en plus prégnante. Cette tendance s’observe aussi dans les ventes directes. Avec le confinement, le circuit court a connu un plébiscite.

Plaisirs Fermiers, magasin de producteurs en vente directe à Poitiers, en est l’exemple même. "Notre drive a explosé ! Nous sommes passés d’une vingtaine de commandes par semaine à 150 commandes par jour !", s'étonne encore Sophie Nauleau, productrice à la ferme du patureau et associée à Plaisirs Fermiers.

Ce plébiscite est expliqué aussi par la fermeture des marchés pendant le confinement. Thomas Rullier, producteur de Ferme Bio 86 à Mignaloux-Beauvoir, a vu sa clientèle multipliée par huit.

Mais à l’heure du déconfinement, les choses reviennent à la normale. Pas de quoi décourager le maraîcher : "Cette épreuve a aidé une partie de la population à prendre conscience sur la qualité de l’alimentation. Les gens font des recherches, prennent contact. Ils se rendent compte que l’on peut faire des produits de qualité à côté de chez eux".

Ferme Bio 86 a multiplié par 8 sa clientèle durant le confinement.
Ferme Bio 86 a multiplié par 8 sa clientèle durant le confinement. © Thomas Rullier

Même son de cloche pour Marion Vaillant. En 2017, elle lance avec son mari une "ruche" à Neuville-de-Poitou. Ce commerce provient de la plateforme web La Ruche qui dit oui ! qui optimise la vente en circuit court. "Avant le confinement, le nombre moyen de panier commandé était de 35. Nous sommes aujourd’hui à une moyenne de 90, c’est excellent", se réjouit-elle. "Acheter en circuit court, c’est acheter les aliments au juste prix et se retrouver avec la qualité des produits", ajoute-t-elle.
"Pour moi c’est beaucoup plus intéressant d’acheter chez le producteur. Les ressources en minéraux sont beaucoup plus importantes dans nos aliments", abonde le maraîcher Thomas Rullier.

Le zéro déchet, un principe de vie qui attire

Une prise de conscience dans l’assiette donc, mais aussi en dehors. Le zéro déchet, un principe défendu par les vracs, fait partie aussi de cette mouvance.

"C’est énorme ce qui se passe depuis qu’on s’est lancé en 2010 !" s’exclame Pierre-Jean Glasson, co-créateur de Compost’age. Cette association accompagne les particuliers et les collectivités locales dans les initiatives de compostage dont celles du grand Poitiers.

"Les demandes explosent d’année en année. Nous voyons bien la prise de conscience au niveau individuel. Par exemple lors du confinement, des composts collectifs se sont remplis en trois mois au lieu de neuf d’habitude"
- Pierre-Jean Glasson, co-créateur de Compost'age.

Une prise de conscience individuelle mais aussi au niveau des pouvoris publics. Le compostage est réglementé depuis avril 2018. "Cela donne de l’importance et du crédit à cette activité" se réjouit Pierre-Jean Glasson.

Cette avancée se constate aussi au niveau des commerçants également. Les silos de vrac se généralisent même dans les enseignes généralistes. Aussi, des associations comme Zéro déchet Poitiers agissent localement contre la multiplication des déchets. "Nous avons sensibilisé entre 60 et 80 commerçants à propos des sacs réutilisables" se félcite Louise Lemblé.

Sommes-nous donc prêts pour le monde de demain ? "Il reste encore beaucoup de chemin", tempère Louise Lemblé, de l’association zéro déchet à Poitiers. "Je suis parfois pessimiste. Il y a des signaux alarmants qui prouvent que l’on doit réfléchir à notre mode de vie" ajoute-t-elle.

Mais une chose est sûre : le zéro déchet attire. Il y a des signes qui ne trompent pas. L’Effet bocal va s’agrandir prochainement et proposer un salon de thé garanti zéro gaspillage.

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