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Poitiers : une page Facebook pour les naufragés du 115

Chaque nuit, ils sont des dizaines à rester aux portes du 115. Alors que l'hiver pointe le bout de son nez, des Poitevins ont pris l'initiative de créer une page Facebook pour accueillir les sans-abris.
"Une nuit au chaud". Cette page Facebook, créée ce lundi par un Poitevin, promet un répit pour les sans-abris. "Un ami travailleur social m'a appelé pour trouver un logement à un mineur isolé guinéen. J'ai publié un statut sur mon compte Facebook et cela m'a donné l'idée de créer une page", raconte Gil Beucher, à l'initiative du projet. "Et depuis, ça n'arrête pas !"

Une dizaine de personnes s'est proposée pour venir en aide à des SDF. Un repas chaud, une place sur un canapé ou une douche, chacun essaye de donner ce qu'il peut.

"Nous ne sommes pas là pour nous substituer à l'Etat ou aux associations", rappelle Eric Sirec, lui aussi de l'aventure. "Tout le monde fait son possible, mais les institutions sont totalement débordées : les associations sont bien contentes de trouver de nouveaux volontaires". 

Le 115 croule sous les appels, notamment en raison de la pression migratoire. Ses équipes ont été obligées d'édicter une règle écrite nulle part, mais connue de tous : "une nuit dedans, une nuit dehors""Ici, c'est au maximum quatre nuits sur sept", témoignait en octobre un SDF, qui tente sa chance chaque soir en appelant le 115.

A la limite de la légalité

L'Aide sociale à l'enfance (ASE), censée examiner les demandes des personnes qui se déclarent mineurs sans pouvoir le prouver, ne sait plus où donner de la tête. En face de la gare de Poitiers, un hôtel entier est occupé par des jeunes dans l'attente d'une régularisation. Une fois acceptés, ils sont hébergés chez des particuliers membres d'une association, comme Min' de rien. Mais, pour les autres, il ne reste que la bonne volonté des bénévoles.

Selon plusieurs estimations, une centaine de familles accueillerait déjà des migrants, dont la minorité n'a pas été reconnue par l'Etat. Un acte de solidarité qui n'est pas sans risque : déboutés par l'ASE, ces jeunes entrent peu à peu dans l'illégalité, ainsi que leurs bienfaiteurs. L’article L. 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile punit de 30 000 euros d’amende et d’une peine de cinq ans d’emprisonnement "toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France".

Laurent (*) sera peut-être bientôt dans ce cas. La semaine prochaine, le demandeur d'asile qu'il héberge connaîtra la décision de la Cour d'appel administrative. Il pourrait bientôt se retrouver au pied du mur : quitter le territoire, ou y rester en toute candestinité... Et, dans ce cas, tous deux pourraient être poursuivis en justice.



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