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Les 12 dates de 2016

Voici 2016 en 12 dates et 12 toreros : Andrés Roca Rey, Juan Bautista, Thomas Joubert, Morante de la Puebla, David Mora, Enrique Ponce, Victor Barrio, Juan Leal, Sébastien Castella, César Jiménez, Simon Casas et Alberto López Simón. Voici notre façon de nous remémorer une année de toros.
© Justuntatoo
Mercredi 6 janvier 
Manizales (Colombie)
Andrés Roca Rey démarre l'année en en trombe

Roca Rey (19 ans) coupe les "deux oreilles symboliques" de Incógnito, un toro de Santa Bárbara. Et, pour la première fois de sa toute jeune carrière, il obtient la grâce de l'animal.
On avait vu, tout au long de sa dernière saison de novillero et au moment de son alternative nîmoise, en septembre 2015, que ce torero péruvien avait bien des atouts pour devenir rapidement figure de la tauromachie.
La corrida de Manizales le confirme. Maîtrise, sens du rythme, connexion avec le public : Andrés ne manque de rien. Et surtout pas du goût du risque. 
La suite de la saison 2016, confirmera ce début en trombe. Roca Rey enchaînera les grandes faenas et… les terribles volteretas. Il devra même interrompre sa campagne européenne pendant quelques semaines afin de récupérer d'un traumatisme cervical.
Roca Rey


Samedi 20 février
La Chassagne (Bouches-du Rhône)
Juan Bautista prépare la plus belle saison de sa carrière.

Il fait froid. Il fait beau. Dans l'intimité du mas familial, La Chassagne, Juan Butista tiente quelques vaches d'origine Las Ramblas. C'est un exercice auquel il est rompu :16 ans d'alternative et toute une vie passée dans cette propriété, parmi les chevaux et les toros. 
Mais cette année, c'est différent. Juan Bautista est désormais le patron des arènes d'Arles, son père et son oncle ayant pris leur retraite. Et surtout, il atteint le sommet de sa trajectoire artistique. En septembre il coupera les deux oreilles et la queue de deux toros dans deux arènes de première catégorie : Arles et Nîmes. Il sera le seul torero de l'escalafón a pouvoir s'enorgueillir de pareille performance en 2016.
Nous étions à la Chassagne ce samedi 20 février. Nous ne savions pas quelle saison extraordinaire se préparait pour Juan Bautista. Mais nous avions remarqué qu'il n'avait jamais aussi bien toréé…

Juan Bautista

Lundi 28 mars
Arles (Bouches du Rhône)
Thomas Joubert et Dudanada, toro de Pedraza

Thomas Joubert ne se fait plus appeler Tomasito. Il préfère son vrai nom. Thomas comme Tomás l'inégalable, et Joubert comme tout le monde. Il veut éperdument être lui-même. Aussi longtemps qu'il se trouvera (il en reste encore beaucoup) un seul aficionado pour douter de la sincérité de sa vocation et de la pureté de sa tauromachie, Thomas Joubert sécrétera des faenas comme celle donnée le 28 mars à  Dudanada (Ne doute de rien), le toro rouge de Pedraza.
Il pesait 600 kilos; il avait de la noblesse et de l'envie de charger à revendre. Il avait 20 passes dans la tête et Thomas les lui a données. Ce ne fut pas toujours parfait, ce fut mieux que ça, ce fut un condensé d'émotions. Chaque série s'est ouverte sur une entame différente, chaque passe fut donnée avec le souci de la lenteur, chaque approche vers le toro fut une promenade solennelle et mélancolique. 
Le reste de la saison, Thomas toréera peu et alternera succès (Saint-Gilles), cagade (Villeneuve de Marsan) et voltereta impressionnante (Nîmes).
Joubert


Vendredi 15 avril
Séville (Andalousie)
Morante  rêve une faena pour l'histoire

Écrire à propos d'une faena de Morante est un exploit d'autant plus beau qu'il est totalement inutile. Ce torero, le meilleur sans aucun doute de sa génération mais aussi le plus rare (à tous les sens du mot), a depuis longtemps asséché le lexique de la critique taurine. Et rien, pas même la retransmission video, ne peut restituer l'émotion qui vous étreint lorsque vous êtes sur les gradins et que Morante torée comme ce 15 avril à Séville. Le toro (rien d'un colosse) de Núñez del Cuvillo était le dernier des 8 qui avaient été proposés à Morante pour cette édition de la feria d'avril. 
Il n'avait rien trouvé à faire face aux sept premiers…

Morante, Sevilla 15 avril 2016


Mardi 24 mai
Madrid
David Mora est de retour

2 ans et quelques jours après avoir failli laisser sa vie sur le sable de Las Ventas, David Mora revient et sort en triomphe de ces arènes.
La faena commence mal, pourtant.  Le toro d'Alcurrucén est cul aux planches, le torero est au centre. Il va le provoquer et faire cette satanée passe cambiada qui ouvre tant de faenas ces temps-ci.
Le toro ne vient pas. David l'appelle. Les gradins murmurent. David reste au centre, appelle encore. Les gens parlent de Castella qui l'an dernier ici même donna la faena de sa vie à un toro de ce même élevage, Alcurrucén. Elle avait commencé, comme il se doit par une cambiada.
Le toro ne vient toujours pas. Il garde le cul aux planches et regarde Mora qui maintenant s'avance vers lui. Un pas. Un autre. Le runrun de l'arène s'amplifie, ça fait du bruit 20 000 personnes qui disent à leur voisin que ce toro est peut être plus important que celui de Castella l'an dernier. Que Mora est un type formidable; mais que tout ce qu'il risque, c'est un vol-plané.
Le toro s'élance. Le runrun s'arrête net. Mora esquisse le geste de la cambiada. L'arène hurle d'effroi. Malagueño a renversé Mora qui est inerte sur le sable comme un piéton qui a pris en plein buffet une moto ayant brûlé le feu rouge au bas de la rue Alcalá.
Les banderilleros accourent. On verse l'eau d'une bouteille en plastique dans son cou.
Il se relève.
Il torée, quelle merveille! 
David Mora, Madrid, 24 mai

Dimanche 19 juin
Istres (Bouches du Rhône) 
Ponce sort le smocking

Dès qu’il fut annoncé, le solo de Ponce à Istres avait été critiqué. Plus la date approchait, plus les aficionados « sérieux » s’installaient dans leur  rejet. On n’allait tout de même pas traverser la Crau un dimanche de juin pour ce truc là. Ponce tout seul avec six toros probablement minuscules! Et le ténor (à moins que ce ne soit un baryton), et le répertoire néo-classique joué par l’orchestre, et les arènes décorées, et cette affiche kitchissime où l’on voit le torero en smoking! Et puis quoi encore!
Les absents ont eu tort.
Malgré le vent. Malgré le fait que depuis 1990 Enrique Ponce a parcouru en tous sens la planète des toros et fait admirer partout sa classe et sa technique au point qu'on se demande ce qu'il a encore à montrer. Malgré l'adage qui prétend qu'on est le plus souvent déçu quand une corrida est "vendue" comme un événement.
Ponce a simplement été souverain à Istres ce 19 juin. 

Ponce, Istres


Samedi 9 juillet
Teruel (Aragón)
La mort de Victor Barrio

Victor est mort à 20h25 ce samedi 9 juillet à l'infirmerie des arènes de Teruel des suites des coups de corne infligés par le toro Lorenzo, n° 26 de la ganadería Los Maños. Blessé au thorax, le torero a été rapidement évacué par sa cuadrilla avec le poumon et l'aorte thoracique perforés. Les médecins ont constaté l'arrêt cardiaque et ni la trachéotomie, ni les différentes manœuvres de réanimation n'ont pu le ramener à la vie.
La corrida a été évidemment interrompue. En larmes, Curro Díaz et Morenito de Aranda, les compagnons de cartel du défunt, sont restés de longues minutes dans l'arène.
À 21h30, le cerceuil de Victor Barrio a quitté l'arène de Teruel sous l'ovation d'une petite foule qui ne s'était toujours pas décidée à quitter les lieux.


Dans la tradition de "Face au Toril", "Tercios" et "Signes du toro", et aussi pour éviter de provoquer les écœurantes insultes venues de quelques énergumènes opposés à la mise à mort des toros mais pas spécialement à celle des hommes, nous refusons de montrer les images de la cogida de Victor Barrio.
Dans la tradition de "Face au Toril", "Tercios" et "Signes du toro", et aussi pour éviter de provoquer les écœurantes insultes venues de quelques énergumènes opposés à la mise à mort des toros mais pas spécialement à celle des hommes, nous refusons de montrer les images de la cogida de Victor Barrio.


Mercredi 31 août
Puebla de Don Rodrigo (province de Ciudad Real, Castilla la Mancha,)
Grande Porte pour Juan Leal 

Deux contrats à Cutervo (Pérou) et des oreilles coupées en pagaille dans des arènes de troisième catégorie : las Navas del Marqués, Umbrales, Béjar, Alba de Tormes. La saison de Juan Leal n'a pas eu la densité que son incontestable talent mérite. Mais il ne se décourage pas, il semble même convaincu que son heure ne tardera pas. Et chaque fois qu'il a eu l'occasion de revêtir l'habit de lumière, le torero arlésien a fait honneur à sa vocation et a fait le bonheur du public. 
Le 31 août, la corrida était télévisée sur Castilla La Mancha Televisión et malgré le jeu lamentable des toros de Peñajara, Juan Leal a non seulement coupé 4 oreilles, mais a démontré une nouvelle fois son courage à toute épreuve et sa farouche volonté d'arriver au sommet. Coûte que coûte.
Au début de la saison, le 17 mai précisément, sa confirmation d'alternative lors de la corrida de la presse madrilène lui avait valu l'éloge unanime de la critique espagnole. Mais pas la moindre offre d'engagement d'une arène française. Certes, les temps sont difficiles pour tous les toreros, mais ne pas programmer dans son propre pays un torero d'aussi grand talent reste une chose incompréhensible.

Juan Leal Puebla de Don Rodrigo


Samedi 17 septembre
Nîmes (Gard)
Sébastien Castella s'enferme avec 6 Adolfo

Le bilan comptable de la corrida en solitaire de Castella à Nîmes avec les toros d'Adolfo Martín est décevant. Mais l'empreinte qu'aura laissé cette encerrona, une première dans l'histoire de cet élevage n'est pas près de s'effacer.
L'éleveur a raconté les circonstances de cette corrida au magazine Aplausos.
L'an dernier à Soria, j'ai parlé à Castella que je ne connaissais pas, je lui ai dit qu'on n'avait pas eu de chance lui et moi pour la corrida de Madrid et que j'en étais désolé. Ne vous excusez pas, m'a-t-il répondu, j'ai bien l'intention de toréer de nouveau vos toros. Et de fait, c'est lui qui les a réclamés pour cette San Isidro. Il en a toréé un des deux à la perfection.
Peu de temps après, un homme de son équipe  m'a dit qu'il voulait en toréer six à Nîmes et m'a demandé si je pensais pouvoir les fournir. Je n'ai pas répondu tout de suite, j'ai pris le temps d'examiner tous les animaux disponibles, puis j'ai donné mon accord. "
Dans ce cas, le matador te fait dire que tu n'as qu'à les choisir et qu'il te fait totalement confiance“ m'a dit le gars. Vous imaginez la responsabilité!
J'ai donc composé un lot sérieux, avec quelques toros dignes de Madrid, un lot qu'aucun veedor (superviseur) n'aurait accepté tel quel ne serait-ce qu'à cause des cornes, mais personne n'a cherché à le modifier ou à m'influencer. J'ai assumé seul la responsabilité du choix de chaque toro de Nîmes.
Je savais pertinemment que si mes toros ne chargeaient pas, on aurait dit que Sébastien était cinglé. Que tuer ma corrida était une idée stupide. Il se serait fait démolir par la critique, tout ça me mettait mal à l'aise. Heureusement, ils ont chargé et Sébastien a été extraordinaire. Si seulement il avait bien tué…
Castella Adolfo Nîmes


Jeudi 20 octobre
Madrid
Simón Casas prend le pouvoir

Le Gouvernement de la Communauté de Madrid publie le décret confiant l'adjudication de la Gestion de Service Public d'exploitation de l'arène de Las Ventas. L'adjudicataire désigné est une UTE (équivalent espagnol d'un GIE français) composé de Nautalia Viajes (une agence de voyages) et Simon Casas productions. 
Ce n'est certes pas en habit de lumières que Simon Casas aura le mieux toréé. D'ailleurs, il s'est retiré des arènes le jour même de son alternative. Mais la faena qu'il a mené pour obtenir le seul trophée qui manquait à son palmarès, la direction des premières arènes du monde, est un chef d'œuvre de torería. Ayant feint de n'être pas intéressé par l'affaire (qui pouvait raisonnablement le croire?), Simon Casas a laissé ses concurents (qui se croyaient seuls compétiteurs) faire une offre correspondant à l'euro près au cahier des charges. Il a attendu le dernier moment pour faire une contre proposition supérieure. 
Le plus difficile commence pour lui désormais. Nombreux sont ceux qui attendent son premier faux pas pour lui tomber dessus…

Casas. Interview France 3 : Daniel Moine


Mercredi 2 novembre
Madrid
César Jiménez tire sa révérence

Depuis quelques années, César Jiménez mène d'autres activités en plus de sa profession de torero. Il organise des courses dans quelques arènes de Castille, faisant souvent appel au bétail des frères Gallon. Et il guide les premiers pas professionnels du torero Francisco José Espada, son neveu.
C'est par un simple communiqué qu'il dit adieu aux arènes.  
Après quinze ans d'alternative et pour des raisons personnelles, j'ai pris la décision de quitter la profession qui m'a rendu si heureux.
J'ai eu le privilège de toréer dans de nombreusesatènes en Espagne, France, Portugal et aux Amériques.
J'exprime toute ma gratitude aux aficionados qui, en de nombreuses occasions, m'ont démontré qu'ils appréciaient mon interprétation de la tauromachie, ainsi qu'à tous les professionnels qui m'ont accompagné durant toutes ces années.
Pour toujours reconnaissant, je vous adresse à tous
un fuerte abrazo.

César Jiménez, Madrid, 31 mai 2011



Vendredi 30 décembre
Cali (Colombie)
Alberto López Simón s'empare du trophée Señor de los Cristales

Des toros de César Rincón jouant le jeu; Sébastien Castella en terrain conquis dans cette arène; Luis Bolívar héroïque sous le déluge. 6 oreilles coupées (dont deux "symboliques"). 
L'énorme orage qui s'est abattu pendant le combat du cinquième a rendu la piste impraticable; mais contre toute logique le président a tout de même ordonné la sortie en piste du sixième, un remplaçant d'Achury Viejo - manso de surcroît - qui ne fut ni piqué ni banderillé et que López Simon s'est borné à estoquer sans lui donner la moindre passe.
Alberto López Simón n'a donc pu toréer qu'un toro, le troisième de l'après-midi, un bijou de César Rincón.
Cette seule faena lui a permis d'être déclaré triomphateur de la feria. On n'est pas en tête de l'escalafón par hasard…


Castella / Bolívar / López Simón. Cali 30 décembre 2016

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