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Le cercle des valets d'épées

"El Gallo" à Madrid, rue Arrieta, 1920. A gauche, borsalino, un riche industriel nommé Peetman. A droite du maestro, son valet d'épée, le célèbre "Caracol". / © DR
"El Gallo" à Madrid, rue Arrieta, 1920. A gauche, borsalino, un riche industriel nommé Peetman. A droite du maestro, son valet d'épée, le célèbre "Caracol". / © DR

 Ils sont les majordomes des toreros, les confidents d'alcôve. En permanence à leurs côtés, de la chambre au callejón, il arrive parfois qu'un toro les prenne pour cible. Le dernier en date, le fidèle Armando qui habille El Juli depuis plus de vingt ans. Plus qu'un ami de la famille...

Par Vincent Bourg

Sans trahir Luis Miguel Dominguín, il aurait signifié qu’en piste la mort  mesure un mètre de diamètre. Elle va et vient, tourne, se ballade. Faut juste ne pas y tomber dessus…

Le premier cercle de «la Dame à la faux» n’appartient qu’aux toreros dans le ruedo et tous ceux qui doivent y poser le pied sur le sable. C’est un peu pour cela que je suis contre tous les prix qui y sont remis, avant le paseo ou après la corrida. Sans doute, une absurde notion de sacrilège.
Le second rond, le callejón, la contre-piste, vous fait penser être à l’abri. Ces huit centimètres de planches, la hauteur que ne peut ou ne veut franchir le toro, s’y croire intouchable.
Le 30 juillet 2000,  à Tudela (Navarre), Franklín Gutiérrez, le valet d’épée colombien d’Enrique Ponce, écope dans le callejón d’une double cornada de 12 et 13 cm. Toro de Mari Carmen Camacho. Ponce au cartel avec «El Califa» et Morante.
Le 27 décembre 1994, à Cali (Colombie) Antonio (que l’on surnommera à tort José) Suarez Alvarez est tué devant nous. Nous, ce sont les frères Campuzano, Juan Muriel, Jean-François Mengelle et moi. Ce mozo de espadas qui fut au service de Manuel Benítez « El Cordobés » qu’il habilla 62 fois d’affilée, de Palomo Linares, de César Rincón et Fernando Lozano entre autres, se fait poursuivre dans le callejón par le toro « Marinero », 438 kg du fer d’Achurry Viejo. Il a 64 ans et se trouve au service d’Alejandro Pedro Dos Anjos Roque Silva, alias « Pedrito du Portugal ». On a tout jeté, les montres, les chapeaux, les chemises, les capes que tendaient les banderilleros depuis la piste. C’était une corrida nocturne, le toro ne voyait que sa proie, tenter de l’en séparer devenait suicide sur un mètre de large.
Antonio Suarez Alvarez est mort à 4h du matin, thorax enfoncé contre le marchepied intérieur.
Hier, samedi 9 novembre 2013, aux arènes mexicaines de Saltillo (Etat de Coahuila), Armando Gutiérrez, depuis 22 ans fidèle valet d’épées d’El Juli, a du enjamber à la hâte la barrière, le quatrième toro de San Isidro ayant franchi la palissade. Armando s’est blessé aux deux jambes avec l’épée qu’il allait tendre à Julián. Retour en Espagne pour convalescence.
Au cours de cette corrida mixte, une vuelta pour le cavalier Hernández Garate, face à un novillo de Guadiano, quatre toros de San Isidro pour El Juli (salut et silence) et Arturo Saldívar (une oreille et palmas). Le triomphateur de cette soirée est « dynastique », un enfant de la balle : Fermín Espinosa « Armillita IV ». Bon sang ne sait mentir. Deux oreilles et silence pour ce garçon que nous avions interrogé il y a un mois lors d’une tienta chez Moïses Fraile, ganaderia d’El Pilar à Salamanque. Voir la vidéo.

 

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Armillita IV

 

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