L'ESAV menacée d'asphyxie budgétaire

Une des salles de projection de l'Esav / © Cc ESAV
Une des salles de projection de l'Esav / © Cc ESAV

L'Ecole supérieure d'audiovisuel de Toulouse (Esav) est en danger. Etudiants et enseignants se mobilisent contre la suppression annoncée de 2500 heures de formation qui signerait la fin des spécialités de la seule école française de cinéma au sein de l'Université

Par Vincent Albinet

C'est une école de cinéma interne à l'Université Jean-Jaurès qui jouit d'un statut particulier et d'une relative autonomie. C'est aussi, avec la Fémis et Louis Lumière l'une des trois écoles publiques de cinéma en France, la seule en région. Elle est reconnue par le Centre National du Cinéma et depuis 36 ans, 200 étudiants s'y forment chaque année dans 5 filières professionnelles : réalisation, image, son, décors, infographie multimédia. Ce qui leur permet de s'insérer pour 90 % d'entre-eux dans le milieu professionnel
Mais aujourd'hui, l'existence de ces spécialités, autant dire la raison d'être de l'école, est menacée par le désengagement de l'Etat du financement de l'Université.

"La question est de savoir si on veut oui ou non avoir une école de cinéma publique en région qui soit capable de proposer une formation d'excellence à l'égal des autres écoles de cinéma en France et dans le monde",

souligne le directeur de l'Esav Jean-Louis Dufour.
L'Esav risque en effet de voir sa dotation de 5000 heures de formation réduite de moitié. Du coup, enseignants et étudiants se mobilisent. Ces derniers ont écrit une lettre ouverte, sous forme de pétition, au Président de l'Université Jean Jaurès. Et l'alerte a été lancée auprès des collectivités territoriales.

La lettre ouverte des étudiants au Président de l'Université Jean Jaurès

M. le Président de l'université Toulouse II Jean Jaurès,

Allez-vous laisser mourir la seule école de cinéma publique en Région ?

Nous, étudiants, anciens étudiants de l'Ecole Supérieure de l'AudioVisuel, soutenus par des professionnels de l'AudioVisuel, venons vers vous aujourd'hui, rassemblés par la même inquiétude : la restriction de la dotation horaire d'enseignement qui sera attribuée à l'école à partir de 2016.

Le cursus esavien, amputé de la moitié de ses heures de cours, ne serait plus le cursus professionnalisant que nous connaissons et qui permet aujourd'hui à nombre d'anciens étudiants d'exercer le métier qu'ils aiment.

Nous tenons à la formation qui nous est donnée et voulons la pérenniser pour les futurs étudiants. En 35 ans d'existence, elle a permis à l'école de gagner une reconnaissance du milieu du cinéma, d'être saluée par la presse (par exemple les journaux tels que Télérama ou Le Monde), par le public, en salles et par les récompenses gagnées par les court-métrages esaviens dans les festivals internationaux (dont le dernier en date, celui d'Ingrid Chikhaoui, félicité publiquement dans un communiqué du maire de Toulouse).

Il faut aussi rappeler que l'ESAV, école interne à l'université Toulouse Jean Jaurès, est la seule école de cinéma publique hors de Paris. Le concours d'entrée, ouvert à toute personne ayant un bac +2, permet une mixité des profils du fait qu'aucune formation audiovisuelle préalable n'est exigée. De cette ouverture en Région, et de cette diversité de création, notre école tire sa force. Mais tout cela n'est possible que grâce au suivi individualisé dont bénéficient les étudiants de la part des enseignants et des professionnels.

Ce cadre est indispensable pour préparer les étudiants à l'exigence des métiers de l'audiovisuel. Sans cela, l'ESAV perdrait l'accompagnement à la pratique et le développement de la création recherche, ce sur quoi se fonde sa pédagogie.
Assimiler cette singularité à un privilège serait céder à une politique de rentabilité financière qui nous semble incompatible avec le principe même de l'enseignement.

Vous ne pouvez nier les spécificités propres à chaque filière sous prétexte d'une prétendue équité, qui ne peut exister du fait même de la nature singulière de chaque enseignement.

Nous sommes atteints par les graves problèmes que connaissent les universités. La loi LRU et ses conséquences, les logiques d’austérité depuis 2008, la rhétorique gestionnaire et fataliste qui les accompagne relèvent d'une politique de transfert massif de richesse du public vers le privé.

Nous refusons que la culture et le savoir soient inféodés aux seules logiques du marché. Nous sommes solidaires des luttes pour la sauvegarde et le développement de la mission sociale, intellectuelle et démocratique de la recherche, de l’enseignement et de l’éducation. C'est dans ce cadre plus large que s'inscrit notre combat pour la sauvegarde et le développement de notre formation.

Notre école fait pleinement partie de l'UT2J : nos forces sont aussi les vôtres, ne l'oublions pas !

Monsieur le Président de l'université Toulouse II Jean Jaurès, nous, étudiants, anciens étudiants, et sympathisants de l'ESAV, nous opposons à la nouvelle accréditation de 2016-2021, diminuant considérablement les heures de cours et mettant fin à la formation telle que nous avons eu la chance de la connaître et de l'apprécier. Nous vous demandons de vous engager avec nous, par les décisions concrètes que vous prendrez, en faveur de la pérennisation de notre formation. Pour les années futures, pour les prochains étudiants, pour le développement d'un cinéma vivant à Toulouse et dans la région Midi-Pyrénées.

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