Assistants de Français à Chengdu : les pratiques douteuses de l'intermédiaire chinois

3 ème en partant de la gauche Louis Yang, aux côtés d'Yvan lachaud et de Christian Philip, l'ancien recteur d'Académie de Montpellier et conseiller du président de Nîmes Métropole / © F3LR
3 ème en partant de la gauche Louis Yang, aux côtés d'Yvan lachaud et de Christian Philip, l'ancien recteur d'Académie de Montpellier et conseiller du président de Nîmes Métropole / © F3LR

Suite à la plainte contre Yvan Lachaud d’une enseignante recrutée pour travailler à l’institut d’Alzon à Chengdu dirigé par le président de la métropole de Nîmes, deux autres témoignages dénoncent les pratiques douteuses de Louis Yang, relais en Chine, d’Yvan Lachaud et du rectorat de Montpellier.

Par Josette Sanna

Ils ont un peu plus de 20 ans. Ils sont partis en Chine où ils espéraient passer une année inoubliable en immersion. Au lieu de cela, ils ont l’impression d’être tombés dans un véritable guet-apens.
Jean*, étudiant à Toulouse et Olivia*, à Arras sont partis en Chine en 2017.

Ils pensaient y passer l’année scolaire comme assistants de Français, mais ils ont rebroussé chemin trois semaines seulement après leur arrivée.

Leur candidature pour être assistants de Français en Chine avait été retenue par le CIEP ( l’organisme dépendant de l’Education nationale chargé de la coopération).

Mais à leur arrivée en septembre à Chengdu, rien ne se passe comme prévu.

Du public au privé

Contrairement aux règles du CIEP, ils découvrent qu’ils seront employés par une entreprise privée, la société Chengdu Montpellier Rabelais Educative Consulting LTD, dirigée par un certain Louis Yang.
 
Louis Yang est le personnage incontournable de la coopération franco-chinoise en matière d’enseignement. Incontournable pour Yvan Lachaud, le président de la métropole de Nîmes et patron de l’Institut privé d’Alzon en France, qui l’a désigné comme son alter ego chinois. C’est lui le contact et le relais de l’institut d’Alzon en Chine.
 
Communiqué annonçant l'ouverture de l'école d'Alzon en Chine, le contact en bas à gauche est Louis Yang. / © capture d'écran
Communiqué annonçant l'ouverture de l'école d'Alzon en Chine, le contact en bas à gauche est Louis Yang. / © capture d'écran

Le salaire des assistants censé être de 800 euros mensuels passe à 600.

Chantage

La situation se gâte un peu plus quand les jeunes assistants émettent le souhait de se rendre au consulat de France de Chengdu. Une démarche naturelle pour des expatriés français qui vont travailler un an en Chine

"Lorsqu’il l’apprend, Louis Yang nous harcèle durant toute une soirée via la messagerie Weechat", affirment les assistants.

Ce dernier leur interdit de se rendre au consulat et les convoque d’urgence le lendemain.

« Nous avons été victimes de chantage lorsqu’on a dit qu’on souhaitait se rendre au consulat et accusés de violation de la clause de confidentialité avant même d’y être allés », précise Olivia.

«  Ils se sont justifiés en nous disant que nous devions être disponibles même en dehors de nos heures de cours. L’entreprise devait être au courant de tous nos faits et gestes du lundi au samedi matin au prétexte que nous pouvions être appelés à tout moment pour un changement d’emploi du temps, ce qui n’avait jamais été stipulé dans notre contrat auparavant », ajoute Jean.

Amende, prison...

Dès son arrivée à la réunion , une des assistantes est accueillie avec une lettre de démission pour « faute grave » rédigée par son patron. Il accuse les jeunes de violation de la clause de confidentialité et pour les effrayer leur parle « d’amende, de licenciement et même d’emprisonnement".

Le malaise grandit chez les jeunes assistants

Louis Yang et ses méthodes de travail douteuses

Au consulat, où ils finissent par se rendre il doivent user de tous les stratagèmes possibles pour pouvoir s’entretenir avec les employés consulaires.

Là, on leur conseille vivement de « se méfier «  de Louis Yang, défavorablement connu des services du consulat français en Chine.

Là-bas, ils apprennent aussi que le CIEP, alors qu’il a été alerté par le consulat des méthodes de travail douteuses de Louis Yang, lui a quand même envoyé à Chengdu les cinq assistants de Français.

« Ce jour-là nous avons appris que Mr Yang n’ était pas quelqu’un de fréquentable et avait déjà porté préjudice à des personnes ayant travaillé avec lui », se désole la jeune assistante.

« Monsieur Yang a entravé notre liberté notre dignité et nos droits » s’indigne la jeune femme.
Il n’a pas respecté notre contrat. Le CIEP qui dépend du ministère de l’Education nationale n’a pas pris ses responsabilités non plus », ajoute la jeune femme qui s’est sentie en danger, jetée dans la gueule du loup alors qu’elle était partie dans un projet censé être encadré par le ministère de l’Education nationale.

Espionnés

Plus tard, les enseignants ont vu arriver pendant leur cours un autre assistant qui ne les a pas lâchés d’une semelle. Ils ont alors compris qu’ils étaient espionnés.
Quatre assistants sur les cinq sont rentrés en France avant l’expiration de leur visa et la fin de leur période d’essai.

« Même après la décision de quatre d’entre nous de démissionner, nous avons informé notre entreprise que nous rentrions en France alors que nous étions encore en Chine, par peur de représailles ».

Plainte

Olivia* va porter plainte pour abus de confiance et de faiblesse, et harcèlement

Cette histoire ne serait selon certaines sources que la face immergée de l’iceberg et significative d’ une course au profit entre établissements privés et publics pour les échanges à l’Etranger et notamment en Chine.

Des échanges censés être gratuits.

Ces échanges d'étudiants sont censés être gratuits.
Pourtant, selon certaines sources au consulat de France à Chengdu des élèves chinois issus de classes sociales très favorisées qui viennent étudier en France via l'institut D'Alzon et ses relais chinois, débourseraient entre 12 et 15000 euros pour une année de scolarité dans le privé.

* les prénoms ont été modifiés




 

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