Gilets jaunes jugés pour intrusion chez une députée LREM de l'Aude : “On n'était pas là pour casser mais pour discuter”

12 gilets jaunes jugés pour s'être introduits de nuit dans la propriété de Mireille Robert en novembre 2018. / © E. Terpereau / France 3 LR
12 gilets jaunes jugés pour s'être introduits de nuit dans la propriété de Mireille Robert en novembre 2018. / © E. Terpereau / France 3 LR

12 gilets jaunes dont deux femmes comparaîssent mardi devant le tribunal correctionnel de Carcassonne pour s'être introduits chez Mireille Robert, la députée LREM de l'Aude, en novembre dernier. Ils avaient alors allumé un feu dans son jardin et proféré des menaces à son encontre.

Par Josette Sanna et Alexandre Grellier

Ils sont agriculteur, agent d'entretien, employés pour la plupart au SMIC et au casier judiciaire vierge, et comparaissent pour la première fois devant la justice.
Sur les douze prévenus, dix dont une femme se sont présentés à l'audience. Mireille Robert, la députée de l'Aude partie civile n'est pas venue au procès.
Dans la nuit 23 novembre 2018, une quarantaine d'individus casqués et encagoulés, se revendiquant des "gilets jaunes" s'introduisent dans la propriété de l'élue, située dans la campagne près de Limoux.


Pas d'agressivité

Elle est absente ce soir-là. Les manifestants, tous habillés de gilets jaunes, sont reçus par sa nièce et son compagnon. Ils n'auraient selon eux, pas été agressifs et n'avaient rien dans les mains sauf un téléphone pour l'une des gilets jaunes qui filmait la scène. Ils exigent un rendez-vous avec la députée. La scène dure 20 minutes.

La veille, la députée LREM a reçu des responsables du mouvement. La rencontre a été cordiale et courtoise. Elle le sera beaucoup moins la nuit tombée.

Les 12 prévenus comparaissent pour actes d'intimidation envers un élu public. Ils sont âgés de 23 à 34 ans.


Le meneur présumé sur le gril

 La présidente passe au gril, l'un de ceux identifié comme étant le meneur par les enquêteurs.
 Il aurait appelé, via un groupe Messenger, à se rendre chez l'élue.
"J'ai employé des mots de façon maladroite", s'excuse le jeune homme qui critique ceux qui ont mis le feu aux palettes considérant que cela décrédibilise le mouvement.

Après coup, je comprends la peur que peuvent ressentir les gens chez qui on est allés

"Je ne mesurais pas les conséquences de ces actes mais après coup, je comprends la peur que peuvent ressentir les gens chez qui on est allés", ajoute-t-il. On n'aurait pas dû y aller. Je suis prêt à présenter mes excuses".


Masqué mais repéré... grâce à sa voiture

Le deuxième prévenu propriétaire d'une voiture repérée sur les images de videosurveillance dément avoir été l'instigateur de la visite chez la députée et avoir su quelle était son adresse.
Il dit avoir été animé d'intentions pacifiques, nie avoir été menaçant ou vulgaire. Il reconnaît avoir été masqué mais pour ne pas être reconnu.
- "Etes-vous un meneur ? demande la présidente
- J'ai créé un compte Facebook mais cela ne veut pas dire que j'étais un meneur. Tout se décidait par des votes à main levée".


Destituer le président de la République

L'avocat de Mireille Robert lui demande alors s'il souhaitait que la députée participe à un processus de destitution du Président de la République.
"Oui, cela faisait partie des idées".
Le troisième prévenu à perdu son travail d'ouvrier agricole. Il a été licencié par son patron dont il devait reprendre l'exploitation suite à l’interpellation. Sans travail, ni domicile fixe, il gagne entre 200 et 400 euros par mois. 

J'ai suivi le mouvement sans trop savoir pourquoi

Dans sa voiture, il y avait le bois des palettes qui ont ensuite été incendiées. Il affirme être parti de lui-même quand il a su qu'ils étaient chez la députée et ajoute avoir suivi le mouvement sans trop savoir où il allait ni pourquoi.
"Le bois devait servir à se réchauffer sur le rond-point où on était jour et nuit", regrette le prévenu.


Embarquée

Seule femme présente à l’audience, une exploitante agricole et qui s'occupe d’un laboratoire d'analyses viticoles, a regretté elle aussi, sa présence sur les lieux.
"Je me suis fait embarquer dans cette action alors qu’en journée je n'étais même pas sur les ronds-points".
 Elle a suivi son compagnon, un agent d'entretion qui gagne 1280 euros par mois.

On était pas là pour allumer un feu ou pour casser, mais pour discuter

En garde à vue, l'agent a désigné un organisateur qui n'est pas au procès aujourd'hui
"Avec le recul, j’aimerais pas que ça m’arrive et je réalise que c’était une bêtise. Je ne voulais pas lâcher le groupe. On était pas là pour allumer un feu ou pour casser, mais pour discuter".
Les six premiers prévenus regrettent et s'excusent de leur participation à cette action.


Une erreur qui va coûter cher

Le septième, un agent de maintenance tatoué de la tête (visage compris) aux pieds, a huit condamnations à son casier. "Sur le coup on ne réfléchit pas. Si les personnes avaient vraiment eu peur, elles ne seraient pas venues à notre rencontre. Même si je comprends que 40 personnes au domicile le soir, ça peut faire peur.
C’est une belle erreur qui va nous coûter cher", soupire le prévenu.

Si j'avais su, on aurait pris rendez-vous à la permanence

Si j'avais su, on aurait pris rendez-vous à la permanence.
Si tous ou presque se revendiquent pacifistes, alors pourquoi pas une action en journée avec moins de personnes"interroge la présidente.

Après coup, on se le dit...

Ces gens détestent la violence mais se rendent coupables de faits violents

Pour Nicolas Domenech, avocat de la partie civile, qui représente la députée Mireille Robert, ce procès témoigne d’une certaine ignorance des institutions. 
L'avocat martèle : "Ces personnes n’ont pas le profil de délinquants ordinaires. Ces gens détestent la politique mais ils font de la politique.


Pas de discussion constructive

Ces gens détestent la violence mais se rendent coupables de faits violents et il n'y a aucune chance d'avoir avec eux une discussion constructice" conclura l'avocat qui demandera un euros sympobolique à tout le monde et 800 euros pour les frais de justice.


8 à 12 mois avec sursis requis

Dans son réquisitoire, la procureure de la République Florence Galtier lance : " Vous n’étiez pas une bande organisée venue en découdre", mais ce groupe de 30 à 40 personnes n’a pas eu totalement conscience de ce qu’ils avaient commis et des gens bien intentionnés ont eu un comportement effrayant".

Elle requiert huit à douze mois de prison avec sursis pour 11 des prévenus, et 6 à 10 mois ferme contre le 12 e, ce dernier ayant déjà été condamné à une peine de prison avec sursis et mise à l'épreuve.


Jugement dans la foulée


Les dix avocats de la défense se succèdent à la barre. Certains plaident la relaxe, d'autres ont demandé la non inscription au casier judiciaire des éventuelles condamnations.

Le jugement a été rendu en fin d'après-midi. Les prévenus sont condamnés à effectuer un stage de citoyenneté dans les six mois, à payer un euro symbolique et au remboursement des frais de justice de la victime.
 

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