Inondations de l'Aude : une semaine de vacances pour “souffler” offerte à 15 familles d'agriculteurs sinistrés

Après les inondations, les agriculteurs de l'Aude tentent de chiffrer les dégâts sur leurs vignes - 17 octobre 2018 / © France 3 LR / Enrique Garibaldi
Après les inondations, les agriculteurs de l'Aude tentent de chiffrer les dégâts sur leurs vignes - 17 octobre 2018 / © France 3 LR / Enrique Garibaldi

Depuis les inondations d'octobre 2018, la Mutualité Sociale Agricole assure le suivi psychologique des exploitants sinistrés souffrant du choc émotionnel consécutif à ces événements. Afin de leur permettre de souffler et d'oublier leurs soucis durant une semaine, elle emmène 15 familles en vacances.

Par Valérie Luxey

Un an après les inondations meurtrières du 15 octobre 2018, 15 familles d'agriculteurs sinistrés de l'Aude vont pouvoir souffler. Samedi 19 octobre, 25 adultes et 17 enfants partent pour une semaine de vacances dans un centre de l'Association de Vacances de la Mutualité Agricole (AVMA). Ils viennent des communes sinistrées de Puichéric, Moussan, Villemoustaussou, Villegailhenc, Verzeille, Rieux-Minervois, La Redorte, Marseillette, Trèbes et Salsigne.


Difficile d'accepter de partir


L'idée est de leur offrir une coupure dans leur quotidien d'inlassable reconstruction de leurs exploitations et parfois de leurs domiciles. Et si elles ne sont que 15, c'est qu'il a été difficile de convaincre ces familles de sinistrés d'accepter de partir, de quitter tout ce qu'elles ont réussi à sauver ou à rebâtir, ne serait-ce que durant quelques jours.


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Vivien Jancart, sa femme et leur fils de 6 ans, eux, seront bien du voyage. Il y a un an, ce viticulteur dont le domaine est situé non loin de Lézignan-Corbières perdait près d'un quart de ses vignes, dont un jeune plantier d'à peine un an. Sa maison était aussi inondée et ses 2 véhicules emportés. Arrachage, replantation, redressement des vignes, enlèvement d'embâcles : même avec son salarié et les entreprises qu'il a embauchées, depuis 12 mois, il n'a pas chômé. Alors ces vacances sont les bienvenues :
 

J'en attends du repos, du changement et aussi de pouvoir passer à autre chose, parce que c'est derrière moi, maintenant, et j'espère que ça ne se reproduira pas !


Les vacances, un luxe hors de portée


Normalement, chaque année, la famille Jancart s'octroie une semaine de vacances après les vendanges. Mais cette fois, la charge financière liée à la reconstruction était trop lourde et sans cette initiative de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) Grand Sud, le viticulteur avoue : "on ne serait pas partis".


Séance de sophrologie collective


Pour ceux qui "craqueraient" en cours de voyage, la MSA a prévu une séance sophrologie collective pendant le trajet. Vivien Jancart ne connaît pas les autres participants, mais il a bien l'intention de profiter pleinement de cette parenthèse :
 

C'est sûr, on va en parler entre nous, mais il ne faut pas qu'on broie du noir pendant une semaine !


Et c'est bien là l'esprit de ce programme, baptisé "partir pour rebondir" et dont l'objectif est de permettre aux agriculteurs de se ressourcer et d'évacuer les conséquences psychologiques des inondations. Pour limiter les effets du choc émotionnel consécutif à ces événements, certains sont suivis depuis un an par les travailleurs sociaux de la MSA Grand Sud.


Groupes de parole et prise en charge psychologique depuis un an


Ils ont participé à des séances de parole en groupe, et même de préparation au séjour, dans une salle de Villegailhenc, l'un des villages les plus touchés par les intempéries. Ils ont aussi pu bénéficier d'une prise en charge psychologique et de séances de sophrologie collectives.


Excursions au programme


Ce 19 octobre, ces hommes, femmes et enfants âgés de 3 à 70 ans partent donc pour Maurs-la-Jolie, dans le Cantal, lieu de leur hébergement. Au programme de leur séjour : visite du gouffre de Padirac, du village de Rocamadour et d'une fromagerie. Une semaine dont le coût est pris en charge à 50% par la MSA Grand Sud, à 40% par l'Agence Nationale pour les Chèques Vacances (ANCV). 10% restent à la charge des participants.

Une participation symbolique que la MSA justifie :
 

C'est pour être sûr que les gens viennent et s'impliquent, ça les oblige à se projeter dans ce voyage, ce qui ne serait pas le cas si c'était gratuité. 


Encore du travail en rentrant


En tout cas, la famille Jancart, elle, a bien l'intention de laisser ses soucis derrière elle, même si en rentrant il faudra se remettre à la tâche, relancer encore une fois les assurances qui tardent à indemniser les dégâts de leur maison d'habitation dont l'extérieur (clôtures, etc...) a beaucoup souffert. Vivien Jancart confie :
 

L'assurance joue toujours au chat et à la souris pour la maison [...] On attend encore que l'expert rende son rapport : il dit qu'il manque des éléments, que les malfaçons ne sont pas dues aux inondations ! On a envoyé des relances, des photos, des devis, il n'est jamais joignable...


Heureusement, leur maison est habitable. Et ils comptent sur ces vacances pour reprendre confiance et des forces pour continuer à se battre.






 

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