C'est d'habitude une période faste pour la vente de gourmandises. A Lézignan-Corbières, la chaîne de production de La Compagnie des desserts est toujours à l'arrêt. Malgré les fêtes, la fermeture prolongée des restaurateurs confinés plonge l'entreprise audoise dans l'incertitude.
Normalement avant Noël, une douzaine de salariés concoctent glaces et pâtisseries dans l'entreprise de Lézignan-Corbières. Aujourd'hui, les machines de la Compagnie des desserts sont toujours à l'arrêt. Pas de rebond espéré pour les fêtes de fin d'année. En cause, la fermeture prolongée des restaurants qui sont les premiers clients de l'entreprise audoise. L'inquiétude grandit avec le nouveau rebond épidémique qui pourrait compromettre la réouverture des restaurants prévue au départ le 20 janvier prochain.
L'entreprise au point mort
Un atelier de production totalement vide et des machines à l'arrêt. C'est un silence inhabituel qui règne en cette fin d'année dans la Compagnie des desserts. Normalement à cette période, une douzaine de salariés s'active autour des bûches et autres crêmes glacées qui accompagnent les réveillons. Mais aujourd'hui la fermeture prolongée des restaurants se répercute sur les commandes. Ils constituent en effet l'essentiel de la clientèle de la Compagnie des desserts, soit 98% des ventes.
On devrait avoir douze personnes qui travaillent à décorer les bûches, les omelettes norvégiennes et les poires Belle-Hélène..Tout ce que nos clients nous demandent au dernier moment pour le repas de Noël.
D'habitude l'atelier tourne à plein régime jusqu'au 23 décembre. Là, ça fait dix jours qu'il n'a pas tourné.
Vente en ligne au ralenti
Le seul secteur encore actif, quoique fortement ralenti, de l'entreprise, c'est le plateau de ventes en ligne, seule solution, depuis fin octobre et la fermeture des restaurants, pour garder une clientèle. Mais à Lézignan-corbières, sur la plate-forme, le brouhaha habituel n'est plus qu'un murmure: au lieu des 1000 appels quotidiens, les commerciales n'en traitent qu'une centaine au mieux.
"On est obligés de gérer au jour le jour" explique Nancy Pierron, manager des télé-ventes. Du coup, l'effectif est très réduit.
Normalement on est à peu près une trentaine entre le 1er et le second plateau, et là....on est 4!
L'incertitude coûte cher
Cet été, l'entreprise a pu rattraper une partie des ventes perdues lors du premier confinement. Mais le nouvel arrêt aura des conséquences : la compagnie des desserts anticipe un chiffre d'affaire de 45 millions d'euros au mieux en 2020, moins de la moitié de celui réalisé en 2019. Et chaque nouvelle reprise d'activité a aussi un coût.
Ainsi, à chaque fois que la chaîne de fabrication est arrêtée, son redémarrage prend du temps, et donc de l'argent, d'autant plus que les normes d'hygiène, déjà très strictes dans les ateliers de fabrication de produits alimentaires, ont encore été renforcées avec la Covid. "On est sur une hygiène poussée qui demande du temps" précise le directeur de la production.
Pour redémarrer cet atelier, on a besoin de trois jours de nettoyage et de désinfection.
L'entreprise audoise touchée mais pas coulée
En temps normal, 130 personnes travaillent pour la Compagnie des desserts en Occitanie, 300 sur toute la France et 700 dans le Monde. Pendant les confinements, la direction a eu massivement recours au chômage partiel. Et a fini par utiliser le prêt garanti par l'Etat.
"Cet été nous l'avons quasiment pas touché", précise le directeur général de l'entreprise. "Mais depuis le mois d'octobre, c'est vrai que nous puisons dedans..."
Aujourd'hui nous pouvons encore continuer, même si rapidement il va falloir qu'on ait une visibilité.
La Compagnie des desserts espérait se développer en 2020, mais le COVID en a décidé autrement. Aujourd'hui l'entreprise audoise réfléchit à une diversification pour ne pas être uniquement dépendante des restaurants. Une démarche encore plus nécessaire depuis l'annonce d'une troisième vague épidémique.
Le reportage à Lézignan-Corbières d'Alexandre Grellier et Frédéric Guibal pour France 3 Languedoc-Roussillon.