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Avec Jacques Barsony dans le documentaire “Un médecin dans la ville” samedi à 15h20

« Allez donc voir le Docteur Barsony », aiment à dire ses confrères peu enclins à soigner une clientèle défavorisée, la plus souvent bénéficiaire de la CMU (couverture maladie universelle). / © Bienvenue !
« Allez donc voir le Docteur Barsony », aiment à dire ses confrères peu enclins à soigner une clientèle défavorisée, la plus souvent bénéficiaire de la CMU (couverture maladie universelle). / © Bienvenue !

Jacques Barsony, Médecin généraliste à Toulouse, il a vu défiler dans le cabinet de son père les réfugiés républicains, puis les Harkis dans les années 60, avant de prendre en charge, les malades du sida toxicomanes 

Par Emmanuelle Gayet

Jacques Barsony a toujours ouvert sa porte au tout venant. Médecin généraliste à Toulouse, il a vu défiler dans le cabinet de son père les réfugiés républicains de la guerre d’Espagne, puis les Harkis dans les années 60, avant de prendre en charge, lui-même, les malades du sida toxicomanes dans les années 90. « Ce n’est pas nous qui les avons choisis, aime-t-il a préciser. Ce sont eux qui nous ont trouvés ».
Installé depuis 30 ans sur les allées Jean Jaurès à Toulouse, dans un quartier populaire et de passage, il a vu défiler, dans son cabinet, tous les laissés pour compte de la ville rose et au-delà.

« Allez donc voir le Docteur Barsony », aiment à dire ses confrères peu enclins à soigner une clientèle  défavorisée, la plus souvent bénéficiaire de la CMU (couverture maladie universelle). Une clientèle qui fait fuir les « bons clients ».
Agée de 67 ans, Jacques Barsony aspire aujourd’hui à la retraite ; mais que faire de ces deux cents patients en difficulté que très peu de confrères acceptent de lui prendre ? Nous l’avons suivi dans sa quête, durant près de deux ans. L’occasion de découvrir que le profil du médecin généraliste a bien changé.

Autrefois médecin de première urgence, « médecin de famille », ne lésinant ni sur son temps, ni sur son écoute, le généraliste d’aujourd’hui a désormais tout d’un salarié lambda : calibrant le temps de ses consultations, ne se rendant plus à domicile, refusant les gardes et surtout grand adepte d’une médecine de confort (contrôle du cholestérol, du diabète et de la tension), beaucoup plus facile et rentable à prodiguer. Une nouvelle médecine généraliste qui n’attire plus les vocations. Seuls 10% des étudiants choisissent désormais cette spécialité.
Autant de paramètres qui laissent inévitablement sur le bord de la route de nombreux patients. Les plus défavorisés, bien entendu, ceux qui ont au moins autant besoin d’écoute que de médicaments : les cas sociaux, les SDF, les toxicomanes, les prostitués, les immigrés, pour ne citer qu’eux. Qui les recevra demain ?

Réalisé par Philippe Bachmann & Dimitrie Iordanesco
Une production Bienvenue ! avec la participation de France Télévisions

 

 

Deux questions à Philippe Bachmann


Pourquoi ce film ?

J’ai rencontré Jacques Barsony grâce à un ami toulousain. Jacques venait d’écrire un livre : Lettre ouverte aux drogués & aux autres s’il en reste (JBz & cie).
Dès que je l’ai rencontré, j’ai compris que je tenais un personnage au charisme incroyable. Mais au-delà du personnage, son histoire et celle de son père, avant lui, racontaient une médecine en train de disparaître. Jacques et son père Stéphane étaient de véritables médecins de famille. des médecins corvéables à merci et qui recevaient le tout venant ; de vrais médecins de premier recours.
Aujourd’hui les nouveaux médecins, que l’on n’appelle pas libéraux par hasard, ne reçoivent plus qu’une clientèle triée sur le volet, à la recherche d’une médecine de confort, à heure fixe. Plus de gardes, plus de visite à domicile, plus d’urgences, 10 mn par client maximum et des vacances calquées sur les rythmes scolaires.
Une médecine où les laissés pour compte de notre société, pourtant chaque jour plus nombreux, n’ont plus leur place.  La CMU (couverture maladie universelle) devait aider à leur prise en charge, elle s’avère stigmatisante.
Que vont devenir ces cas sociaux, ces SDF, ces prostitués, ces toxicomanes, ces immigrés et bien d’autres, quand les derniers « Docteurs Barsony » encore en activité partiront à la retraite ? C’est toute la question que pose ce film.

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur le tournage ?

Pour cerner un personnage quel qu’il soit, il ne faut pas se contenter de donner la parole à ses amis, il faut aussi cerner ses « ennemis «  si l’on veut donner du corps au personnage, vous répètent sans cesse vos professeurs en journalisme.
Jacques Barsony, on l’imagine, ne s’est pas fait que des amis dans sa profession en recevant dans son cabinet le « tout venant ». Il met forcément en lumière les manques de ses confrères …et ce sont les plus culpabilisés qui sont souvent les plus virulents. « Allez donc voir le Docteur Barsony » disent-ils invariablement aux défavorisés qui réussissent, malgré les codes et les barrages de leur secrétaire à se glisser jusqu’à leur salle d’attente.
Je voulais, bien entendu, rencontrer quelques-uns de ces médecins « libéraux ». Des médecins établis dans ce même quartier populaire, le quartier Matabiau, où est installé Jacques Barsony afin de comprendre, leurs réticences à recevoir le tout venant, comme leur enjoint pourtant le serment d’Hippocrate. 
J’en ai contacté une bonne trentaine. Beaucoup m’ont raccroché aux nez, me laissant la fâcheuse impression d’être un vendeur d’encyclopédie faisant du porte-à-porte.
En insistant auprès de quelques-uns, j’ai tout de même obtenu deux rendez-vous. Le jour du tournage, quand nous sommes arrivés, à l’heure dite, avec l’équipe, le premier avait sa femme malade (ça ne s’invente pas pour un médecin !) et avait dû s’absenter, quant au second sa secrétaire nous reçu sèchement en nous disant que le Docteur avait appelé France 3 pour annuler le rendez-vous. Je m’étonnais du fait qu’il ne m’ait pas appelé, en direct, puisque je lui avais laissé mon numéro de portable. J’eu pour réponse que de toute manière, l’ordre des médecins lui avait interdit de répondre à mes questions. « Mauvaise pioche » me suis-je contenter de répliquer, le patron de l’ordre des médecins nous avait accordé une longue interview quinze jours plus tôt !
C’est donc en désespoir de cause que nous nous sommes livrés à deux caméras cachées pour démontrer que certains médecins, bafouant le serment d’Hippocrate, refusaient bien de recevoir les laissés pour compte et s’empressaient de leur dire « allez donc voir le Docteur Barsony » !
 

Philippe Bachmann

Extrait du documentaire

DMCloud:54673
Extrait du documentaire "Jacques Barsony, un médecin dans la ville"



 


 






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