La France en vrai

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L'harmonie, samedi 22 juin à 15h20

© After prod/France3
© After prod/France3

Ce documentaire propose une immersion d'une année scolaire dans le collège Bellefontaine, quartier du Mirail à Toulouse, pour partager une expérience audacieuse: la création et l’évolution d'une classe orchestre de 6ème.

Par Emmanuelle Gayet

Ce documentaire propose une immersion d'une année scolaire dans le collège Bellefontaine, quartier du Mirail à Toulouse, pour partager une expérience audacieuse: la création et l’évolution d'une classe orchestre de 6ème.

Extrait du documentaire :

Les enfants, dont certains en difficulté scolaire et sociale, sont mis en situation de réussite par l’apprentissage de la musique et des disciplines qui l’accompagnent. Ils y trouvent un épanouissement et une motivation souvent absents des cours traditionnels, avec à la clé, de meilleurs résultats scolaires et un concert de fin d’année au Rio Loco.

Ecrit et réalisé par Virginie TUMORTICCHI
Une coproduction France Télévisions, After Prod. & La loca Cie

Interview de Virginie  Tumorticchi


Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Je suis moi même musicienne, je pratique le piano et la flûte traversière en amateur, depuis l'enfance. J'ai personnellement expérimenté à de multiples reprises, les bienfaits que l'on peut retirer de la pratique musicale. Combien de fois suis-je arrivée à une séance de musique,  fatiguée, énervée par le boulot, stressée voire déprimée...deux heures plus tard, après  avoir joué en groupe, je ressors légère, souriante, avec une pêche d'enfer. Faire de la musique me fait du bien en me permettant de m'exprimer, d'échanger avec les autres musiciens, de prendre confiance en moi...
Forte de cette expérience personnelle, j'ai commencé à m'intéresser aux différents usages de la musique: usage médical (musicothérapie) , usage social... et j'ai découvert El Sistema. Un programme de créations d' orchestres à l'école au Venezuela, pour sortir les enfants des bidonvilles et de la délinquance. Un programme impressionnant par son efficacité et sa pérennité.
Et puis j'ai appris que des expériences plus ou moins similaires existaient en France. J'ai pris contact avec l'association « Orchestres à l'école » qui m'a mise en relation  avec différents projets dans différentes écoles et collèges. Mon choix s'est arrêté sur le collège Bellefontaine à Toulouse, pour plusieurs raisons. D'abord le chef d'établissement était d'accord pour m'ouvrir totalement les portes, tout au long de l'année. Ensuite le quartier Bellefontaine, au sein du Mirail, est assez populaire pour être représentatif des quartiers sensibles de France, mais également assez tranquille et entretenu pour ne pas tomber dans les clichés accablants habituels, concernant les cités. Enfin, le collège Bellefontaine connaît toutes les difficultés contre lesquelles un orchestre à l'école tente de lutter: absentéisme, problème de concentration et d 'autonomie des élèves, décrochage scolaire, violence, parents qui parlent peu français et s'occupent peu de la scolarité de leurs enfants... la mission de cet orchestre est donc ambitieuse. J'étais vraiment impatiente de pouvoir la partager, et constater dans les faits son efficacité réelle.


Une anecdote en lien avec le  tournage.

Un jour de tournage, je décide de suivre à la cantine trois élèves de la classe de 6ème 1 que j'ai filmée toute l'année,  et de filmer notre discussion informelle au cours du repas. Une discussion qui est d'emblée très naturelle malgré la présence de la caméra.
J'ai été frappée par la piètre estime d'eux même de ces adolescents: les mots sont directs et francs « on est des racailles ». Il se considèrent comme différents des ados du centre ville, car ils ne savent pas parler un français soutenu mais juste un langage vulgaire. Ils sont agressifs spontanément. A la question « pourquoi vous vous comportez comme ça ? », ils répondent du tac au tac : « on nous parle comme ça alors on fait pareil ». Mes trois compagnons de cantine expriment à l'unanimité un désamour pour cet établissement, l'envie d'aller dans un collège en ville, « parce que c'est mieux là bas », sans vraiment savoir expliquer pourquoi, puisqu'il n'y sont jamais allés...
Ce complexe d'infériorité exprimé aussi ouvertement me surprend. Ils se collent eux mêmes les étiquettes que leur collent si souvent ceux qui habitent hors de la cité. Ce complexe  peut facilement expliquer l'échec scolaire de ces jeunes qui ne croient pas du tout en eux et en leurs chances de réussite. Parce que c'est comme ça... ils habitent au mauvais endroit.
D'où l'importance de projets tels que l'orchestre. Cela  leur montre qu'ils sont capables de faire des choses qui leur semblent inaccessibles a priori, qu'ils sont capables de réussir (un concert), qu'ils méritent d'être félicités.
J'espère que l'orchestre leur a apporté cela. Je le crois.

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