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Qui sommes-nous ? en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

Le lundi soir après le Soir 3 Un mercredi par mois après Enquêtes de région
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“La philo à bras le corps”, c'est samedi 22 novembre à 15h20 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

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Après 20 ans passés à enseigner la philosophie dans les lycées, Alain Guyard porte sa parole philosophique librement, hors des carcans académiques.

Par Guiseppin Marie-France

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Tel Diogène qui invectivait les gens au cœur de l’espace public, mais aussi en philosophe « forain », toujours sur les routes, il mène un combat pacifique mais pas inoffensif : faire circuler la culture philosophique dans des lieux inattendus, de manière non conventionnelle, et auprès de simples citoyens - paysans, infirmières, détenus, mais aussi des gens de tout bord et de tous milieux ! Le réalisateur l’accompagne au fil de ses pérégrinations philosophiques, revigorantes, décalées et parfois subversives mais accessibles à tous.

Extrait :
Extrait du documentaire "La philo à bras le corps"


Le film amorce aussi une réflexion sur les thèmes philosophiques chers à Alain Guyard, réflexion nourrie bien sûr de ses interventions, et qui prend corps tout au long du film : le dépassement de la morale par une éthique au plus près de son geste, le passage par l'épreuve et par l’ascèse, mais aussi l’immersion dans la précarité de la vie, et plus largement une réflexion politique nourrie de la pensée de Foucaud et de Debord…

Et si la philosophie était avant  tout une façon de se situer au sein d’un espace, physiquement et politiquement ? Comment, ayant côtoyé les abîmes, est-il possible de retrouver une forme d’innocence, en tout cas de s’ouvrir à la création, à la sensibilité, toujours en immersion dans le monde et sans aucune transcendance divine qui nous surplombe ? Comment finalement, débarrassé de la pensée qui nous encombre, de nos oppressions, de nos asservissements et de nos maîtres, la philosophie nous permet-elle de recouvrer notre liberté, au plus près de notre sensibilité et de nos émotions ?

Alain Guyard captive, bouge, allume le désir chez son auditoire, mais sans jamais se départir d'une parole armaturée, soutenue par un très solide bagage intellectuel. Il pense autant avec sa tête qu'avec ses mains et son corps !!
Le film s’attarde aussi sur celles et ceux avec qui le philosophe intéragit, ce public si divers qui manifeste un besoin urgent de penser autrement son travail, son rapport aux autres et au monde.

Au travers de ces témoignages croisés et de cette parole multiple qui se déploie, le film nous  emmène baguenauder avec Socrate, Jankélévitch, Nietzsche, Platon, les stoïciens, Lucrèce, Deleuze, Debord et bien d’autres !

Mais au-delà, ce film porte une parole plus universelle où chacun pourra aller puiser, mais sans espérer y trouver une solution toute faite, clé en main ! Alain Guyard n’est surtout pas un gourou : sa philosophie est absolument « irrécupérable », il n’est investi d'aucune "mission" particulière et ne souhaite surtout pas apporter des idées ou des « recettes » toutes faites aux gens, mais simplement les mettre "en état de penser" par eux-mêmes.

"la philo à bras le corps,
le mauvais garçon de la métaphysique"
Une coproduction France télévisions et Mille et Une productions
Un film de Yohan Laffort


Frédéric Maury (ingénieur du son), Alain Guyard, Yohan Laffort (réalisateur) et Yanick Dumas (caméraman). / © Yanick Dumas
Frédéric Maury (ingénieur du son), Alain Guyard, Yohan Laffort (réalisateur) et Yanick Dumas (caméraman). / © Yanick Dumas
ENTRETIEN AVEC  YOHAN LAFFORT, AUTEUR ET REALISATEUR DU FILM

J’ai connu Alain Guyard par hasard lors d’une émission sur France Inter qui lui était consacrée, au cours de l’été 2011 : je fus tout de suite séduit par ce personnage, hâbleur et impertinent, mais aussi passionné et persuasif, qui rompait avec les discours bien policés des habituels philosophes patentés.Il abhorre - et c'est un mot faible - tout ce prêchi-prêcha philosophique bien pensant autour du "développement personnel", à la recherche béate du bonheur… Il déteste aussi cette espèce "d'entre soi" et de mode philosophique réservée aux classes détenant déjà, soi-disant, un capital culturel (cafés philo, etc…).

Je l’ai ensuite contacté et rencontré sur Montpellier, nous avons longuement conversé et envisagé ensemble ce que pourraient être les grandes lignes d’un film. Je l’ai revu depuis à plusieurs reprises et l’ai accompagné dans nombre de ses interventions.

Comme simple citoyen, je suis convaincu que la pratique philosophique est fondamentale en permettant à chacun de penser par soi-même, d'aborder la complexité du monde d'aujourd'hui avec les outils de la pensée, de la raison, de développer sa propre réflexion, de comprendre le sens de son rapport au monde et à autrui pour tenter d'agir en connaissance de cause et assumer (avec vertu ? sagesse ? ...) son humaine condition.


Comment retrouver du sens dans un monde sans transcendance divine, ni alternative révolutionnaire crédible ? Quelles nouvelles « valeurs » inventer et comment la philosophie peut nous y aider ? Quelles voies pour tenter de dialoguer avec l'Autre, avec l'Etranger ? Comment réinterroger sa pratique professionnelle et son rapport aux autres à l’aune de la philosophie ? Comment se forger des nouvelles « armes » intellectuelles pour analyser sans complaisance notre rapport au politique et élaborer des postures de résistance et de combat ?

Mes longs repérages et ma fréquentation avec Alain m’ont conforté dans le désir de ce film : l’énergie qui se dégageait du personnage mais aussi la façon dont ses interventions résonnaient en moi et me donnaient envie de solliciter ma propre pensée, les quelques échanges avec son public m’indiquaient des pistes fécondes, où il s’agirait, plus largement que de faire un film sur Alain Guyard, de montrer comment la pensée pouvait se déployer tout au long d’un film et devenir sa matière même.

C’est peut-être aussi pour ça que la rencontre avec Alain Guyard m’a à ce point « ébranlé » : elle me parlait aussi de mon rapport à la création et à mes films !!

 

Comme cinéaste, si Alain Guyard m’intéresse, c’est parce que justement il se revendique avant tout comme « philosophe forain » au plus près du peuple : Cette philosophie foraine, buissonnière, itinérante, proche des citoyens, devient peu à peu un voyage, une aventure philosophique, mais aussi initiatique et cinématographique, où j’ai souhaité rendre compte d’une pensée en mouvement, filmer cette parole, être au plus près de cette énergie et de la façon dont elle se diffuse dans l’espace social.




Le tournage en Belgique et l’immersion en prison, le contact avec les détenus mais aussi la discussion qui s’en est suivie avec Alain m’ont profondément touché.

Avec les détenus, je découvrais des hommes et des femmes sensibles, intelligents, ayant envie de parler, de partager avec simplicité, ouverts à la philosophie, touchants et profondément humains.

Avec Alain, il me semblait que son « métier » prenait alors tout son sens, et je comprenais vraiment sa posture, sa façon de se situer, sa rigueur, et la philosophie qu’il défendait et qu’il incarnait, loin de cultiver « l’entre-soi », mais au plus près d’une vérité, d’une parole brute, auprès de personnes qui incarnaient un rapport à l’existence, sans fard, douloureux mais aussi authentique.

J’ai compris en quoi cette philosophie prônée par Alain Guyard était avant tout une façon de se confronter à l’existence, une ascèse, un âpre chemin où il s’agissait de s’engager physiquement, une posture éthique et politique.

Le tournage auprès des personnes qui se formaient pour devenir accompagnants en soins palliatifs m’a aussi beaucoup ému. Car le thème de l’intervention d’Alain Guyard  tournait quand même autour de la mort ! Et tous les discours philosophiques que j’avais pu lire autour de ce thème restaient très convenus et plutôt mortifères.

Et au lieu de ça, j’ai senti passer au cœur de la petite assemblée un sentiment qui s’apparentait plus à de la joie ! La joie peut-être d’entendre quelqu’un qui parlait d’athéisme, d’agnosticisme, sans pour autant dénigrer les religions, mais qui surtout, s’appuyant sur la pensée de Jankélévitch (que je découvris ce soir là) arrivait à redonner à la Vie, dans sa précarité et sa fragilité, et sans être surplombée par aucune divinité, son coté miraculeux et extraordinaire, qu’il s’agissait de savourer jusqu’à son dernier souffle !

Les lieux
Nous avons, avec l’équipe de tournage, suivi Alain Guyard dans le Grand Sud (du Gard à L’Hérault, en remontant jusqu’en Aveyron, à la rencontre de petits paysans).
Si Alain Guyard intervient aussi dans les grandes métropoles de la région (Nîmes et Montpellier), l’essentiel de son public se trouve en campagne, et il n’a de cesse d’arpenter « son » territoire : nous l’avons accompagné à Ganges, Saint Bauzille de Putois (où se trouve la grotte des Demoiselles), au Cailar (bourgade en petite Camargue) à Nuces (village aveyronnais au nord-ouest de Rodez) et jusqu’au Grau du Roi, sur la magnifique plage de l’Espiguette.
Mais nous l’avons aussi accompagné en Belgique, au centre de détention de Marche-en-Famenne, près de Liège.

Les intervenants principaux
L’intervenant principal du film reste bien  sûr Alain Guyard, même si toute une constellation d’autres personnages prend toute sa place dans le film : Il s’agit d’étudiants en formation de puériculture ou se formant aux métiers du social, de bénévoles se formant en accompagnement de soins palliatifs, de paysans, de détenus, mais aussi de simples auditeurs de ses nombreuses interventions ou de quelques-uns de ses proches, connaissant son travail depuis de nombreuses années.

Les structures présentes
L’ASP (Association pour le Développement des Soins Palliatifs) de Montpellier.
L’IFME (L’Institut de Formation aux Métiers Educatifs) de Nîmes.
L’Institut de Formation des Puéricultrices du CHU de Nîmes.
Le CHU de Nîmes (service maternité).
La médiathèque de Ganges.
La grotte des Demoiselles.
Le Panier Paysan (groupement de paysans) de Nuces.
Le Centre de détention de Marche-en-Famenne (Belgique).

Mon parcours
Après des premières études en urbanisme et un travail de quelques années dans des quartiers dits « sensibles » comme chef de projet, je retourne à l’Université pour y suivre les cours de licence puis de maîtrise en filmologie (Lille III).
Je commence alors à réaliser, en 1995, et sans réelle production, mon premier film (Moulins, du gauche au Droit, diffusé ensuite sur Planète), un documentaire interrogeant, au cœur d’un quartier populaire de Lille, le sens que prend l’implantation d’une fac de Droit, en lieu et place de la dernière filature de la ville.

En parallèle, je crée avec des amis une association de production audiovisuelle, « Du Film à Retordre », qui me permettra de produire et réaliser une série de documentaires autour de portraits d’artistes liés à l’art brut et de personnages hors-norme, et de commencer à travailler à la constitution d’une mémoire régionale, notamment au travers de l’histoire de l’immigration, et plus largement autour des enjeux liés au travail.

Je rejoins ensuite l’association « Vidéorème », avec laquelle nous développons, parallèlement à l’organisation de temps forts / festivals autour de cinématographies peu connues (Algérie,  Palestine-Israël,…), des interventions en direction des établissements scolaires, des villes, des cinémas, des structures sociales et culturelles, …

Je deviens co-responsable, pendant deux ans, de l’Atelier Documentaire Permanent que nous développons sur Roubaix, et j’interviens régulièrement comme responsable d’atelier, intervenant artistique, formateur auprès des enseignants, des responsables culturels…

Depuis une dizaine d’années, je me consacre quasi exclusivement à la réalisation de documentaires en association avec des producteurs patentés et en coproduction avec la télévision de service public (France Télévisions).
Dans les films que je réalise, mes thèmes de prédilection restent liés aux questions du travail, de la mémoire, de l’immigration et de l’exil, de la création (artistique mais pas seulement...), interrogent les territoires, souvent ancrés dans la terre, la ruralité.

Toujours au plus près de mes personnages, mes films questionnent les notions d'identité, de culture, d'altérité, interrogent les formes politiques et poétiques de résistance qui s’incarnent dans des personnages et des façons de vivre toujours singulières, humaines, respectueuses de l’autre, mais toujours en prise avec la Vie…

Mes films essaient de proposer des regards toujours aiguisés sur le monde, avec le volonté de témoigner des points sensibles, des mutations qui traversent notre monde contemporain, et de mettre en lumière des personnages souvent méconnus, modestes, mais toujours dignes, humains et profondément attachants.

ALAIN GUYARD ET SA PHILOSOPHIE  :

ALAIN GUYARD ET SA LITTERATURE
Les deux derniers livres de notre philosophe forain :

"33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons", Editions La Dilettante, 201333 leçons de philo où les philosophes sont révélés sous leur vrai jour : des mauvais garçons, en butte à l'autorité religieuse, politique de leur temps, en bagarre constante contre la bêtise, parfois en fricotant furieusement avec les limites de la légalité. 33 leçons pour dépoussiérer la philosophie suivies d'exercices pratiques et métaphysiques cocasses, surprenants et/ou cochonesques. 33 leçons pour rendre à la philosophie, aujourd'hui si populaire mais si inoffensive son maquis et sa bonne odeur de poudre, de fer chauffé à blanc, et de vin rouge.

"La Zonzon", Editions La Dilettante, 2011. Prix Georges Brassens 2011
La Zonzon est une plongée dans l'univers carcéral dont on ne ressort pas indemne.
Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s'en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards. 
Nietzsche avait annoncé qu'il allait philosopher à coups de marteau. Portée par un style goûteux et argotique, voilà maintenant la métaphysique à coups de mandales.

QUELQUES LIENS A CONNAITRE


 

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