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Le documentaire “Gagner sa vie” sur France 3 Midi-Pyrénées, samedi 12 janvier à 15h20

C’est l’histoire d’Isabelle et de Nelly / © Argane Productions
C’est l’histoire d’Isabelle et de Nelly / © Argane Productions

C’est l’histoire d’Isabelle et de Nelly. Elles vivent avec leur famille à Balaruc-les-bains et à Mèze au bord de l’étang de Thau. Chacune à leur manière, elles remettent radicalement en question leur vie professionnelle.

Par Emmanuelle Gayet

C’est l’histoire d’Isabelle et de Nelly. Elles vivent avec leur famille à Balaruc-les-bains et à Mèze au bord de l’étang de Thau. Chacune à leur manière, elles remettent radicalement en question leur vie professionnelle, rompent avec le travail salarié.

Les voilà, devant la caméra complice et attentive de Laurence Kirsch, se débattant avec ce chamboulement existentiel.
Le film retrace, sur quatre années, ce long chemin vers une autre vie, fait de choix, de vertiges et d’incertitudes, qu’Isabelle et Nelly, sans se connaître, partagent d’un côté et de l’autre de l’étang...


Un extrait du film



Un film de Laurence Kirsch
coproduit par France Télévisions et Argane Productions

Les moments forts du tournage
Avec Nelly & Didier


Nelly et Didier sont des personnes que j'ai filmé dans l'action. C'est leur attitude de lâcher prise par rapport aux situation de crise qu'ils vivaient qui m'ont donné envie de me rapprocher d'eux, de les filmer. De construire un récit à partir de leur vécu. Lorsque leur économies sont épuisées et que la vente de la maison devient la seule solution, ils ne sont pas effondrés, ils acceptent le réel. Ils n'ont que cela à faire disent-ils. Didier a toujours cette posture qu'il a dans le yoga : du détachement. Nelly le dit avec humour, "on ne meurt pas de ne pas avoir d'argent, enfin pas brutalement." Cela semble être naturel chez elle ce détachement. Elle travaille à se suffire du minimum pour gagner en liberté.  J'apprend à transformer mon rapport au monde et aux autres en les filmant, en visionnant les images, en construisant du récit avec ces morceaux de vie saisis sur le réel. À mon insu, j'ai changé mon rapport à l'angoisse que génére le manque d'argent. Pourvu que ça dure...

Lorsque Nelly se rend aux puces pour y faire ses courses, je savais qu'il me fallait filmer les détails signifiants. La liste des courses qui atteste qu'elle n'est pas aux puces en balade mais en train de faire ses courses "pour de vrai". Le bout de bois qui remplace le ressort cassé du coffre de la voiture. Mais le coup du klaxonne qui nous a fait être repérées dans toute la ville et sur tout le trajet, ça je ne l'avais pas anticipé. Une bonne partie de rire pour toutes les deux.
La répétition des brouillages sonores qui empêchent Nelly de parler m'a plu.
Lorsque je l'interroge sur la reconnaissance, "est-ce important d'être reconnu? ", le coq vient sans cesse chanter sur sa parole. Lorsqu'elle veut prendre la parole dans la voiture, le klaxonne couvre le son de sa voix.

Avec Isabelle

Les moments forts du tournage sont essentiellement les échanges avec les personnes que je filme. Et comme cela dure plusieurs années ça crée des liens. Le rapport filmeur/filmé se nourrit réciproquement. Voici quelques échanges mail de notre correspondance avec Isa de notre ajustement réciproque pour que le film puisse se tourner en toute confiance. Il me faut avoir la certitude que le tournage est bénéfique à tous pour poursuivre mon travail. Du coup les temps forts sont ces petits passages "d'humanité à humanité", qui nous nous font progresser conjointement. Je filme pour comprendre ce et ceux qui m'entourent. Du coup c'est long, mais c'est bon.

J'ai commencé à filmer Isabelle en 2008, en septembre. Les 1ers 18 mois se sont écoulés tranquillement concernant le fait d'être filmé. Elle me proposais assez régulièrement, tous les mois environ un lieu qui faisait écho à ce qu'elle vivait et pendant une heure ou deux elle déroulait le fil de ce qui se métamorphosait en elle. La présence de la caméra l'y incitait.
À partir de l'hiver 2010, Isa a vécu une phase plus difficile. Moins envie de témoigner dans le sens où ce qu'elle vivait lui semblait inintéressant. Voici un passage de nos échanges mail qui date du printemps 2010.
Le film s'est tourné de septembre 2008 à juillet 2012.

Qui sont-ils ?

Isabelle et Thierry
Isabelle a 36 ans elle quitte sa boite, Microsoft dans laquelle elle a travaillé durant 14 années. Un poste à responsabilité, avec des revenus très confortables. Elle est vive et formule ses idées de manière fluide et engagée. Ce qu’elle livre devant la caméra peut la faire basculer dans l’émotion, mais sa volonté de comprendre la force à poursuivre sa quête de vérité en toute lucidité. Quitter un métier pour elle ce n'est pas seulement quitter un espace, un environnement, c'est également sortir de soi.
Isabelle n’a pas seulement muté, elle se métamorphose.

Elle n’a plus de travail qui structure son temps, qui exige d’elle d’être efficace avec retour sur salaire, mais sa quête intérieure est très exigeante. En quittant sa personnalité sociale Isabelle va-t-elle renouer avec sa vérité profonde et trouver alors sa place ?

Son mari, Thierry est écrivain. Il gagne aujourd’hui en moyenne 1500 € par mois. Il publie des essais au croisement de la technologie, de la politique et de la philosophie – des textes pour « geeks » qui ne dépassent pas les 5 000 exemplaires. Ils vivent dans une maison à l’architecture moderne au bord de l’étang de Thau. Un terrain hérité du père de Thierry, pêcheur. Ils ont deux enfants, Émile et Thimothé, 5 et 6 ans.

Isabelle a créé depuis quelque temps un blog sur l’étang de Thau « ROQUEROL » (Roquerol est le nom d’un rocher qui se situe dans l’étang de Thau ; où Brassens retrouvait ses copains). Elle y publie des articles et des portraits vidéo des acteurs de l’étang. Moyen pour elle de tisser du lien, de faire des rencontres, de maintenir son rôle social et politique. Engagée auprès de la mairie de sa ville, Balaruc les Bains, elle fait partie de l’observatoire qui est chargé d’évaluer les engagements municipaux. C’est un projet de démocratie participative auquel elle tient beaucoup.

Nelly et Didier ont une quarantaine d’années. Ils vivent ensemble depuis 23 ans, ils ont deux enfants Fabien et Magali de 15 et 13 ans. Aujourd’hui, ils vivent de peu, 1 000 euros par mois. La récolte du jardin, les revenus de l’activité de yoga et les aides de l’État représentent l’essentiel de leurs ressources. Ils sont propriétaires de leur maison et d’un terrain de 2 hectares. Ils n’ont bénéficié d’aucun héritage.

Leur principale occupation est celle du jardin. Didier donne ses cours de yoga 3 fois par semaine, puis a entrepris de retaper sa maison en vue de la revendre. Ce capital serait réinvesti sur une maison avec terrain attenant dans l’arrière-pays, pour aller plus loin dans leur quête d’autonomie, et se serait l’opportunité pour Nelly de créer une autre activité.

Drôles et sereins la majorité du temps, ils ne cachent pas leur contrariété lorsque celle-ci se fait trop prégnante. Leur militantisme ne s’exprime pas dans les manifestations, mais par l’application au quotidien d’une vie simple et écologique. La majeure partie de leur temps y est consacrée. Sur leur terrain, des gens de passages, des copains, des curieux, des jardiniers, avec qui ils partagent leur expérience, mais aussi leur terre...Des parcelles sont réservées à ceux qui souhaitent cultiver. Chaque utilisateur verse en fonction de ses moyens, prix libre.

Nelly est déléguée Parents d’élèves au collège de ses enfants dans l’association « Parents Indépendants ». Son implication au sein de l’institution scolaire est importante. Une manière pour elle d’être socialement impliquée et de mettre son temps libre à l’usage de tous.

La bande annonce :
Gagner sa vie - Bande annonce