La France en vrai

Le lundi soir vers 23h. Un mercredi par mois après Enquêtes de région.
Logo de l'émission La France en vrai

Le film “Victor Jara n°2547”, chanteur, victime du dictateur Pinochet, samedi 14 septembre à15h20

Tombe de Victor Jara / © INTHEMOOD
Tombe de Victor Jara / © INTHEMOOD

Parmi les premières victimes, Victor Jara, le chanteur populaire engagé le plus en vue de son époque, figure incontournable au Chili. 

Par Emmanuelle Gayet


Ambassadeur culturel du président Allende, ses textes sont marqués par la lutte des classes et la dénonciation publique des violences commises par les pouvoirs autoritaires sur le continent.
Il a été le directeur artistique de quilapayun, les célèbres interprètes de "el pueblo unido jamàs sera vencido" (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) que le monde entier scandera. Sa mort violente fait de lui un martyr, une icône de la lutte dans toute l’Amérique Latine.

Au Chili, quelques jours après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, le jeune fonctionnaire Hector Herrera, se retrouve face au corps du célèbre chanteur engagé, Victor Jara. Refusant de voir ce corps disparaître comme les autres, il parvient, au péril de sa vie, à l’enterrer légalement. Après 40 ans d’exil en France, Hector Herrera sort de son silence et revient sur les étapes de cet acte de désobéissance.

Une production INTHEMOOD avec la participation de France Télévisions
Une film de Elvira Diaz

Deux questions à Elvira Diaz, la réalisatrice :


  •  Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?
Hector Herrera, le personnage principal de ce film est un ami de mon père, qui est lui aussi un ancien réfugié politique chilien. Je suis née en France en 1975 et j’ai grandi dans un milieu latino très militant et musical. Dans les années 80, mon père et ses frères chantaient du Victor Jara dans des concerts de soutien à la résistance chilienne. J’ai grandi bercée par son répertoire engagé et poétique. Je suis monteuse pour la télévision depuis 16 ans et passer à l’écriture et à la réalisation pour faire des films sur le coup d’Etat au Chili en 1973 et sur ses conséquences est pour moi une évidence, mais aussi un besoin de revisiter cette fracture dont je suis issue. Pour mon premier film, “Y volveré”, qui sort aussi cette année, pour les 40 ans du coup d’Etat, j’ai filmé le retour d’exil de mon oncle après trente ans passés en France. Pour “Victor Jara N° 2547”, il était évident pour moi qu’il fallait mettre en lumière cet acte de désobéissance qui résonne jusqu’à aujourd’hui car le procès de l’assasinat de Victor Jara est toujours en cours. Des centaines de plaintes pour crime contre l’Humanité sont déposées au Chili. De nombreux procès contre la junte de Pinochet sont au point mort. Beaucoup de tortionnaires sont encore en liberté. La justice peine, les familles recherchent encore les corps de leurs proches. La mise en évidence de ce Chili d’aujourd’hui, toujours très divisé politiquement, est aussi un moteur pour moi.

  •  Avez-vous une anecdote de tournage ?
En partant au Chili, nous espérions retrouver Kiko, son collègue qui avait reconnu le visage de Victor Jara à la morgue et qui avait alerté Hector. Malgré nos recherches, nous n’avons pas retrouvé cette personne, don’t nous n’avons que le surnom. De plus, il n’était que stagiaire à l’Etat civil à cette époque. Nous supposons qu’il s’appelle Enrique. Aucun registre ne nous a permis de le retrouver, ni le souvenir des employés de l’époque. Avec Hector, nous avons donc décidé de lui dédier le film car tout est parti de lui. Grâce à lui, aussi, Victor Jara n’a pas disparu.

Vidéo : "Salvador Allende en campagne en 1970" et "Hector Herrera consultant les archives dans la bibliothèque nationale de Santiago".



Hector Herrera / © Inthemood
Hector Herrera / © Inthemood
 / © Inthemood
/ © Inthemood