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La France en vrai

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Un toit sur la tête, un documentaire diffusé samedi 10 octobre vers 15h20

© Narratio Films
© Narratio Films

A Toulouse comme ailleurs, faute de financement public, la situation du logement d’urgence est catastrophique et de nombreuses personnes sont à la rue. Ce film est le récit d'un collectif toulousain qui se démène pour apporter des solutions concrètes d'hébergement aux plus démunis...

Par Guiseppin Marie-France

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Au 115, numéro d’appel d’urgence pour les personnes sans abri, 95% des appels aboutissent à des refus qui conduisent la plupart des demandeurs à camper dans la ville.

Extrait :
Extrait du documentaire "Un toit sur la tête"

Un film d'Olivier Cousin

Une production Narratio Films
Avec la participation de France Télévisions


Diffusion le samedi 10 octobre 2015 vers 15h20 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

Rediffusion le 15 octobre 2015 vers 8h50 sur France 3 Midi-pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes.


Cette situation, notamment parce qu'elle touche beaucoup d’enfants, est devenue insupportable pour quelques uns des travailleurs sociaux du 115 de Toulouse ; elle les a conduit à s’organiser en collectif, le GPS (Groupement pour la défense du travail social).

Avec l’aide de nombreux bénévoles, ils se sont mobilisés pour apporter des solutions concrètes aux laissés pour compte, mettant en place des solutions alternatives d’hébergement, puis interpellant l’Etat pour les faire reconnaître.

Depuis 3 ans, le collectif aide et héberge clandestinement trente familles dont une quarantaine d’enfants. Au moment du tournage, ils sont installés dans un immense bâtiment public vide, quai St-Pierre.

S’il est assigné par l’Etat propriétaire du bâtiment et obligé de se rendre au tribunal, le collectif a prévu une ligne de défense claire : placer l’Etat face à sa propre inaction et à son incapacité à appliquer le droit au logement pour tous, pourtant inscrit dans les lois de la République.

Cet hébergement sauvage, cette « réquisition », a un temps été tolérée par les pouvoirs publics. Mais en juillet 2014, le couperet tombe, ils doivent quitter le bâtiment.

Trouveront-ils un autre lieu pour ces 30 familles ? Où iront-ils ? Le nouveau lieu sera-t-il démantelé rapidement ? Résistera-t-il ? Comment sortir du cycle infernal des expulsions ?

Un toit sur la tête est l’histoire d’un lieu remarquable, d’une lutte contre une réalité sociale révoltante et le récit d’un engagement collectif mené par des agents publics hors du commun.

Une lutte citoyenne.

 / © Narratio Films
/ © Narratio Films

Paroles de réalisateur, Olivier cousin


Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Serge, mon oncle, s’emballait alors pour une lutte bretonne, à Carhaix, tenue à bout de bras par des sages-femmes d’un hôpital condamné au nom de la rentabilité. Bravant tous les interdits, elles pratiquaient encore des accouchements clandestins afin de permettre aux femmes de mettre au monde des enfants à proximité raisonnable de lieux d’habitation.

Son enthousiasme m’avait gagné et j’entamais très vite des repérages auprès de ces femmes dénonçant le désengagement massif de l’Etat dans un service public de santé. Leur lutte était belle, approuvée par l’ensemble de la population locale mais les dés étaient déjà jetés. Irrévocable, l’arrêté de la fermeture de l’hôpital écrasait vite une résistance peu organisée.

Le pot de terre contre le pot de fer…

Cette expérience au goût d’inachevé m’avait bouleversé et surtout m’avait fait rencontrer des fonctionnaires de l’Etat révolté(e)s et se déclarant volontiers en résistance, en désobéissance, non pas pour leur propre personne mais pour le bien commun.

En cherchant, en lisant, je découvrais alors le livre d’Elisabeth Weissman, La désobéissance éthique  (Ed. Stock, 2010), présentant 25 portraits de fonctionnaires opposés à la réorganisation - qu’ils considèrent comme néfaste - des services publics.

Parmi eux, celui d’Isabelle de Léon en grève de la faim au Pôle Emploi de Toulouse, attirait mon attention. Son accueil fut amical, direct. Elle avait cessé sa grève, brisée par la « machine » mais me conseillait d’aller voir du côté d’un collectif de travailleurs sociaux du 115 (le numéro d’appel d’urgence pour les personnes vivant à la rue), le G.P.S qui, à Toulouse, menait une expérience nouvelle.

Je sautais dans un train.

Annabelle Quillet, une des fondatrices du G.P.S m’invitait aussitôt à venir visiter la réquisition du Quai St-Pierre pour les familles.   Je me souviens, elle était en face de moi, et la calme détermination de son refus à laisser les gens à la rue, sa lutte obstinée contre la dévalorisation de la mission de service public dont elle s’affirmait investie ont tout de suite forcé mon respect et mon admiration.

Les membres du G.P.S ne se contentent pas de critiquer et de faire connaître les manquements des services publics sociaux. Ils ont su se démarquer de la contestation en imaginant de nouvelles formes de solidarités. En les faisant acter par l’Etat, ils en assurent la continuité et la stabilité.









 

Olivier Cousin, auteur et réalisateur du film / © O.C.
Olivier Cousin, auteur et réalisateur du film / © O.C.


Pourquoi avez-vous eu envie d'évoquer cette thématique?  Pourquoi Toulouse ?

Ils sont de plus en plus nombreux à être à la rue à Toulouse, comme partout en France. Les chiffres donnent froid dans le dos. 44% d’augmentation en 11 ans. Il y a quelques années c’était encore des hommes et aujourd’hui ce sont aussi des femmes, des familles, des enfants, des migrants, des travailleurs pauvres. 112 000 personnes dorment dehors, il y aurait 31 000 enfants dehors, c’est un chiffre extravagant.

Les 115 sont débordés, il n'y pas assez de place. Heureusement, il y a les restos du coeur, la fondation Abbé Pierre, la Croix rouge qui tentent de pallier les faiblesses de l’Etat.

Pourquoi autant de pauvreté ? Autant de gens a la rue ?  Dans une société opulente, très opulente... Selon les chiffres de l’INSEE, les riches n’ont jamais été aussi riches, les 10% des personnes les plus riches en France ont gagné 24 milliards d’euros. Et ils ont reçu 70 % de la croissance.


Que fait l’Etat ? Quel est son rôle ? A-t-il démissionné face à ce manque de logement ?

On ne peut pas continuer comme cela. Au nom de quoi aujourd'hui en France, laissons-nous des gens, des enfants dormir dehors, dans des tentes, dans des voitures ? Leur droit (vivre en sécurité, droit à la dignité et à l'éducation....) sont bafoués. Comment est-ce possible dans une démocratie?

Je suis choqué par la présence croissante de gens à la rue et le cruel manque de places en centres d’hébergement, j'ai donc eu envie de rendre compte des action du GPS, à Toulouse, car il apporte des solutions concrètes. 

Une lutte qui pour moi se démarque des luttes traditionnelles en faveur du logement car elle rappelle à l‘Etat ses responsabilités.

Avec le GPS, j ai aussi découvert qu’une lutte pouvait être menée autrement, hors syndicats, hors partis. Qu’une lutte pouvait être citoyenne, positive, constructive, et au final réussie.


Un toit sur la tête n’est  pas seulement l’histoire d’un lieu remarquable - la rue d’Alès ou d’une lutte contre une réalité sociale préoccupante, c’est aussi le récit d’un engagement collectif mené par des femmes et des hommes exemplaires à mes yeux. Annabelle bien sûr mais aussi Michel Le Roy , Thomas Couderette , Virginie Garnier, Sylvie Fernandez, Emilie Bonhoure, Elisona Hysaliu , Corinne Lakhadari, Julien Brel et tous les militants de la rue d’Alès.

Existe-t-il un collectif similaire en France ? 

Le G.P.S n’est certes pas la seule association qui vient en aide aux populations les plus fragilisées en leur ouvrant un accès à un logement décent. Il est, néanmoins, le seul collectif à être majoritairement composé de travailleurs sociaux, agents de l’Etat venant de divers horizons : acteurs sociaux, professions de santé…

Le collectif réunit toutefois des personnes aux profils très variés. Il regroupe entre 40 et 200 personnes selon les actions.

Dans le film, il est aussi associé à un autre collectif, le CEDIS, qui s'occupe de la réquisition rue d'Alès.

Le GPS est le seul collectif  à avoir obtenu la régularisation et la pérennité d'un squat, "la Maison Goudouli".
Unique en France, souple et adapté aux problématiques de chacun, ce lieu est, aujourd'hui, reconnu comme modèle par tous les partenaires sociaux. Une vraie réussite. Un modèle qui pourrait être reproduit.

Les membres du G.P.S sont extrêmement déterminés. Il n’y a plus de places, on en crée ! Hors des voies officielles et sans consentement de l’Etat, s’il le faut.
Les actions naissent dans l’illégalité. Les lieux inoccupés, toujours choisis publics, sont « réquisitionnés ».
Sans aucune autorisation, les bâtiments publics, sont investis, équipés en eau, lumière, électricité. Des consignes de sécurité, appelées « réquisitions citoyennes », principal bouclier contre les expulsions, sont tout de suite installées.

Une fois les lieux équipés, les plus démunis y sont accueillis. Un suivi social, médical, scolaire capable de les accompagner au quotidien est mis en place.
Cette manière d'agir est à notre connaissance unique en France.

Les “squats”  Saint-Pierre et rue d’Alès que vous verrez dans le film sont peut être des gouttes d’eau mais aussi des lieux tout en chaleur, en partage, en tolérance. Reproductibles partout en France.

Voir aussi ICI



Pour rappel :
1ère diffusion le samedi 30 mai 2015 à 15h25 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.
1ère Rediffusion le lundi 15 juin vers 8h50 sur les antennes de France 3 Sud-Ouest : Midi-pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes.

Interview de Vincent Zielinski sur son grand-père Jean, résistant.