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Qui sommes-nous ? en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

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La campagne de mon père : le combat d'un maire du Gers pour faire vivre son village

© Galéane Leclerc
© Galéane Leclerc

Gaétan Leclerc est maire de Pouylebon dans le Gers. A 78 ans, il continue la lutte contre la désertification rurale et fait tout ce qu'il peut, pour faire vivre son village. Sa fille, Galéane, décide d'agir aux côtés de son père. Elle prend sa caméra et le filme dans son combat quotidien...

Par Guiseppin Marie-France

Rien n'est pire que l'impuissance. L'école va fermer et rien n'y a fait. Il s'agit de l’école maternelle du petit village de Pouylebon dans le Gers.

Gaëtan Leclerc, le maire, réalise que derrière cette vague de fermeture d’école, s'étend dangereusement un problème profond, celui d’une ruralité abandonnée. Le constat est amer, douloureux. Mais nombreux sont celles et ceux qui se battent encore pour faire vivre ou revivre les campagnes.
 
Teaser documentaire La campagne de mon père
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Gaëtan Leclerc est de ceux-là. A 78 ans, il a toujours la force de se battre et de marteler que l’avenir et la richesse de ce pays se trouvent dans la ruralité et non dans sa mort annoncée. 

Un documentaire de Galéane Leclerc. Une coproduction France Télévisions et Ego Productions

Diffusion le lundi soir 29 octobre 2018 à Minuit sur France 3 Occitanie. Rediffusion le vendredi 9 novembre à 8h50.
 
Gaétan et Galéane Leclerc / © France Télévisions
Gaétan et Galéane Leclerc / © France Télévisions
  

A suivre : le débat du doc

Juste après le documentaire, le lundi 29 octobre 2018 vers 00H50, nous vous donnons rendez-vous pour un débat dédié, présenté par Pierjean Frison, depuis l'école du village de Pouylebon dans le Gers.

Qu'en est-il de nos campagnes aujourd'hui ? Comment rendre nos territoires plus attractifs ? Quelles solutions pour s'en sortir et se faire entendre ?

Invités sur notre plateau :

Galéane Leclerc
Réalisatrice du documentaire.

Gaétan Leclerc
Maire du village de Pouylebon.

Kamini Zantoko
Rappeur, scénariste, auteur du film "Bienvenue à Marly-Gomont", humoriste et chroniqueur de télévision.
 
Kamini Zantoko / © DR
Kamini Zantoko / © DR


Parole de réalisatrice : Galéane Leclerc

« Lorsque je revenais de l’étranger, c’était un vrai plaisir de poser mes valises quelques jours par an dans la maison familiale, respirer d’un peu plus près les vallons gersois. Au détour des murs de pierre, à la rencontre des paysans aux bérets aussi gascons que leur accent, j’entendais ça et là, des mécontentements monter :

 « — Désengagement, abandon, désertification, ect…que les gouvernements cessent de nous prendre pour des xxxx ! »
Cet été là, la gronde était plus forte.

C’était révoltant, écoeurant, et les quelques petites actions impulsées par les gouvernements voulaient nous faire croire qu’ils s’intéressaient à nous « la ruralité », c’était nous faire pleurer de tristesse.

Je pensais à Voltaire : « On a trouvé en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. »

« — Je ne veux rien de tout cela », pourrait répondre la campagne française, « —je veux vivre et retrouver ma jeunesse, ma vitalité, et ma générosité, car j’ai tant à donner ! »

Face au désengagement des gouvernements, je compris qu’il était inutile de s’enliser dans des complaintes, la ruralité se doit de retrouver un second souffle, fortement optimiste. Une reconquête ! Car oui, nos campagnes sont une chance pour la France. Je regarde nos collines verdoyantes et au loin les Pyrénées, « là ou il y a de l’horizon, il y a de l’espérance ! »

A cet instant, un peu comme le paysan qui se penche pour saisir une poignée de terre et sentir sa force, il me fallait à mon tour enraciner mes convictions à travers ce qui m’avait été transmis par mon père, mon grand-père et tout les petits fils de Jean Giono, moi aussi je veux être « L’ homme qui plantait des arbres ».
 
© DR
© DR

En décidant de m’installer dans le Gers, je rejoins ainsi tous ceux qui représentent nos campagnes, et souhaitent à travers ce documentaire « la Campagne de mon père », dresser ce constat d’abandon, mais également montrer les actions qui sont aujourd’hui mises en place par des citoyens, volontaires, exigeants, et plein d’espoir ! Et si nos villages étaient des lieux de modernité, ceux où l’on peut expérimenter des solutions pour demain ?
Oui, au pouvoir des campagnes !… bien sûr en le partageant. »

Il s’agit de mon texte de présentation auprès des maires que je vais contacter pour mener l’action « Poser le crayon » en deux mots, la grève des maires, je précise sans couleur politique. Je veux être l’alliée de ceux qui sont des faiseurs sur nos territoires ruraux, porteurs de projets, agriculteurs, artisans, innovateurs, acteurs de la santé, artistes, monde culturel, etc …de ces hommes et de ces femmes de l’audace, bienveillants, courageux, généreux, pour l’honneur et la survie de nos campagnes.

Comme vous l’avez sans doute deviné, j’ai grandi dans le Gers, et je l’ai quitté pour mes études. Scénariste, j’ai travaillé pour la Tv et le cinéma français à Paris, j’ai également voyagé et porté des projets dont la création d’une Ste de productions « Glycerine productions » en UK, puis enfin, l’écriture de romans. Je retrouve quelques années plus tard mon terrain de jeu d’enfance avec beaucoup de plaisir, même si l’univers rural a changé. Il y a tellement à dire et à faire.
 
Galéane et Gaétan Leclerc / © DR
Galéane et Gaétan Leclerc / © DR

Ce documentaire, plus d’un an de tournage, m’a permis de redécouvrir ces territoires. Je partais le matin à l’aube, pour capturer les images de cette nature, comme ces tournesols agonisants et prisonniers des toiles d’araignées à l’image de notre population accablée, ou encore ces champs brûlant et fumant, ou encore ces levers de soleil où explose toute le beauté du monde, presque divin. J’ai une anecdote. Pendant que j’étais au Népal au pied de l’Everest, mon père me disait : « bah moi j’ai les Pyrénées », puis à Machu Picchu, « bah, j’ai Saint Jacques de Compostelle », les eaux cristallines de l’océan indien, « bah, ici la Baïse et nos lacs collinaires ». Un gascon reste un gascon mais il n’avait pas tout à fait tort, la beauté du monde se trouve également dans nos campagnes gersoises et françaises.

Pour revenir au documentaire, j’ai dû également chercher des témoignages, gratter des sujets, convaincre, et surtout ré apprivoiser cette terre et ses hommes après plus de vingt ans « d’infidélité ». Nous étions comme deux étrangers, deux ours à se renifler et cela a pris du temps.

« La campagne de mon père » c’est un petit film, un petit témoignage, une petite action, mais l’élan du cœur et notre investissement était là à 100%.

J’ai juste une frustration, celle de ne pas avoir pu mettre à l’image toutes les personnes rencontrées, passionnées, passionnantes. Je les remercie infiniment pour le temps qu’ils m’ont accordé. Je voulais remercier également mon père que je trouve tenace et courageux, son adjoint et ses conseillers. Ils sont incontournables pour l’équilibre de notre pays, j’ai beaucoup de respect pour eux.
 
© DR
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Pour ce qui est du gouvernement, il ne s’intéresse qu’à la mondialisation et à la rentabilité à tout prix, coincé par l’administration, un Etat dans l’Etat et l’Europe et ses normes hors sol et indéfendables. Je pense qu’ils se trompent de direction. Je crois en un changement de paradigme, à un retour du bon sens, comme nos anciens lorsqu’ils construisaient une maison, ils prenaient le temps d’analyser le terrain, l’exposition, etc…pour ne pas construire une entrée béante plein nord. Je ne veux pas croire que nous sommes sur cette planète pour tout détruire en une fraction de seconde (*je fais référence au calendrier cosmique de Carl Sagan) au nom de la rentabilité à tout prix.

Réunir 80% de la population française autour des métropoles parce que cela coûtera moins cher (en entretien, en aménagement, etc) c’est comme nous encager les uns sur les autres. Il n’y a qu’à voir le résultat dans les élevages intensifs, nous aurons comme eux des yeux rouges, la queue à la place de la tête, et on se bouffera entre nous. Walking dead n’est pas loin. Je ne suis pas nostalgique du passé, je souhaite juste que nous gardions le meilleur de nos expériences pour un avenir plus intelligent. Je crois au progrès, je crois en la recherche, mais toujours pour le bien des habitants de cette planète, animal, végétal, minéral, *humain (*s’il ne fait pas trop de conneries, mais ce n’est pas gagné).

Prochain documentaire ? Si cela est réalisable, « Silicon Valley in Gascogne, lorsque l’innovation pousse aussi dans nos campagnes ! » Je ne veux pas m’enliser dans les complaintes, je crois au pouvoir des campagnes, montrer que vivre sur nos territoires est synonyme de richesse (intelligente) et d’avenir.

Enfin une chanson et son clip pour soutenir nos maires « le blues des maires », notre petit cadeau de noël.

Surtout ne démissionnez pas ! Et ne nous laissez pas tomber !

Galéane
 
© DR
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