La France en vrai

Le lundi soir vers 23h. Un mercredi par mois après Enquêtes de région.
Logo de l'émission La France en vrai

Emma ou le parcours d'une adolescente

Emma / © Laurence Kirsch
Emma / © Laurence Kirsch

Emma, jeune adolescente, est suivie depuis ses 13 ans et pendant 9 ans, par la caméra de laurence Kirsch. Un documentaire où nous vivons en immersion, la période critique de transition entre l'enfance et la vie d'adulte. Ce film interroge aussi une époque, une génération en quête de repères.

Par Guiseppin Marie-France

Revoir l'émission

Emma, jeune adolescente, est suivie pendant plus de 9 ans, sous l’œil de la caméra de Laurence Kirsch. Sur le chemin de la maturité, entre la volonté de s’affranchir de ses carcans et la recherche d’un cadre rassurant, Emma devient une femme. Avec sa mère, elle tisse au sens propre, comme au figuré, le lien qui va lui permettre de quitter la maison familiale. Le film explore ces bouleversements à travers trois prismes : Grandir, chercher un cadre et enfin se libérer. L’apaisement trouvé par Emma est l’aboutissement de tout un cheminement que nous parcourons à ses côtés, un mélange de curiosité et d’incertitudes, qui la pousse à faire un choix, une ultime émancipation qui donne tout son sens au film.

Teaser
Teaser du documentaire Emma, réalisé par Laurence Kirsch

Emma
Un documentaire de Laurence Kirsch
Une coproduction France télévisions et  Aum  Films

A voir sur France 3 Occitanie, lundi soir 14 octobre 2019, vers 23 heures.
Laurence Kirsch, réalisatrice et auteur du documentaire EMMA / © DR
Laurence Kirsch, réalisatrice et auteur du documentaire EMMA / © DR

Paroles de réalisatrice : Laurence Kirsch

J'ai commencé à filmer Emma en 2008, avec 5 autres jeunes. Je continue à filmer 3 de ces autres jeunes.
Conernant Emma, je ne savais pas que j'allais la filmer pendant 10 ans, mais l'idée était de suivre une jeune fille qui devient une femme.
Ce que l'on comprend à travers le film est qu'Emma a un fort désir de liberté, elle se confronte aux limites de ce qu'est le cadre famillial, scolaire, elle tente par tous les moyens et surtour dans le rapport à sa mère d'aller au delà des limites de ce cadre là.

Un portrait qui rentre en raisonnance avec la jeunesse d'aujourd'hui.
L'adolescence est un moment d'épreuve et de renoncement au cours duquel l’être humain avance en tâtonnant vers l'âge adulte. Ce processus remet en cause ses repères et ses valeurs.

Autrefois cette traversée était assurée par des pratiques rituelles soutenues par des mythes, par la religion et les discussions sur les grands mystères qui donnaient du sens aux épreuves insensées de la douleur, de la souffrance. Aujourd'hui, l'absence de ces repères symboliques trouble les jeunes.
Si la jeunesse est souvent considérée comme un “problème”, comme si on ne savait pas quoi faire d’elle, elle semble plus soumise que jamais à un principe de désorientation. On leur dit d'un côté, que ce monde est le seul possible et, de l'autre qu'ils n'y ont pas leur place. Ce qu'il ne trouve plus chez lui, une orientation pour exister, la certitude intérieure que sa vie à un prix et qu'il a sa place dans le monde, le jeune le cherche ailleurs de manière décousue et dans une quête difficile.

C'est cette quête que j'ai filmé auprès d'’Emma.

La première fois que je filme Emma elle me dit de manière très spontanée : « Être moi c'est important ».
Cette quête de sa personnalité devient le fil rouge du film, souligné par ces scènes de tissage, avec ce fil qui se tend, qui se casse, qui se tisse...
Les images de tissage viennent en filigrane tout au long du film. Au son sur ces images, une discussion avec sa mère, Catherine. Celle-ci représente un pilier rassurant, structurant, qu'Emma malmène régulièrement. Elle la sollicite, la questionne, tente de l'ébranler pour trouver ses propres contours.

Recherche d'équilibre
Les films que je réalise sont traversés par cette même quête : filmer des situations en déséquilibre et observer ce qui s'invente, ce qui se construit pour retrouver l'équilibre, souvent fragile, qui maintiendra le désir et la vie. Celle qui est souvent auprès d'elle c'est sa mère, c'est aussi le partit prit du film, de la filmer dans son rapport à sa mère, et comment elle se construit elle devient une femme pour se trouver Elle.

Cette époque 2008 - 2018 est une époque où il s'est passé beaucoup de choses, qui a pu mettre Emma, comme beaucoup d'autres jeunes dans une forme de fragilité, avec des piliers qui ont disparus comme, les idéaux politiques que l'on pouvait avoir avant, ainsi que le pilier de la religion. Aujourd'hui le pilier peut-être le plus important est celui de la consommation. Un pilier peu structurant qui offre des perspectives peu réjouissantes.

Le message du film est de revenir sur cette quête. Quête de soi. Le film pose la question des habitus et des déterminismes, comment on est déterminé dans notre vie à devenir cette personne-là plutôt qu'une autre, comment le contexte familial, le formatage de l'école nous façonne une personnalité.
Finalement, nous sommes surtout ceux avec qui on vit, avec qui l'on travaille, ceux que l'on rencontre. En fait ce sont ceux que l'on rencontre qui fait ce que l'on est.

Rapport filmeur/ filmée
Une connivence s'est instaurée entre Emma et moi au fil du temps. À 15 ans, Emma se déclare peu intéressante et montre quelques réticences à être filmée. Je lui dis que le film que nous fabriquons ensemble doit se nourrir de son quotidien et que tout dans ce qu'elle vit représente un intérêt pour le film, même ces minutes où elle reste silencieuse, avachie dans son lit. À 16 ans, Emma se dirige vers une voie artistique et intuitivement nous savons l'une et l'autre que nous avons un violon d’Ingres commun : moi, la caméra, elle, ses petits carnets. Deux manières différentes qui nous permettent de mettre le réel à distance pour mieux le comprendre, l'interroger et le vivre. Cette présence filmique l'autorise à poser ce cadre rassurant sur ce qu'elle vit. La caméra et les micros deviennent alors des écrans protecteurs qui légitiment la révélation.