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Gérard et les indiens, activisme politique et militantisme

© LE LOKAL PRODUCTION
© LE LOKAL PRODUCTION

Issu de la génération 68, Gérard a aujourd'hui la soixantaine passée. Lui et sa tribu nous ramènent dans les années 80 à Toulouse, lors des luttes contre l'extrême droite. Nico, lui, a juste 40 ans. Marqué par les mentalités résistantes de l'époque, il se sent différent, culpabilise et s'interroge.

Par Guiseppin Marie-France

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Toulouse, entre les deux tours de l’élection présidentielle, dans une tribu d’Indiens qui n’est pas habituée à participer au scrutin. Nico, qui n’est même pas inscrit sur les listes électorales, culpabilise et craint la victoire de la fille « N’a-qu’un-œil ». Cette issue serait terrible pour l’avenir de son peuple. Il a 40 ans, une fille et se dit que c’est à son tour d’agir.

Il décide de se tourner vers les Indiens les plus expérimentés, dont Gérard, issu de la génération 68. Dans les années 80, Gérard a participé activement à la lutte contre le parti de « N’a-qu’un-œil » avec de nombreux jeunes Indiens à Toulouse. Ensemble, ils ont créé le SCALP (Section Carrément Anti Le Pen).

En écoutant cette histoire, Nico se rend compte de la puissance de l’Homme blanc, des Tuniques bleues et de la télévision. Il se demande si la survie de son peuple n’est pas conditionnée par le partage et la transmission d’une culture, autant que par la dynamite.

Extrait
Extrait documentaire Gérard et les indiens

Gérard est le personnage central du film. Il a le mental d’un grand résistant, celui qui ne renonce jamais et qui ne dénonce personne. Il est un indien.
Gérard / © Le LOKAL PRODUCTONS
Gérard / © Le LOKAL PRODUCTONS
Ses compagnons de lutte eux aussi, sont des indiens. Ils composent la tribu.

L’histoire se passe à Toulouse. Gérard a aujourd’hui la soixantaine passée et, avec Nico (le réalisateur), ils remontent le temps.

C’est Gérard qui raconte. Il raconte comment il s’impliqua corps et âme dans les années 80 à Toulouse, dans le militantisme et l’activisme politique.

Tout au long du film, on retrouve les témoignages de ses compagnons de route et à travers les archives, on revit les évènements.
Gérard et les siens / © LE LOKAL PRODUCTIONS
Gérard et les siens / © LE LOKAL PRODUCTIONS
Gérard participa activement à la lutte contre l’extrême droite. De nombreux évènements (transformateurs et bâtiments vides dynamités à Toulouse) l’ont conduit en prison. 4 ans dont deux avec sursis...

Aujourd’hui, Nico a tout juste quarante ans et son enfance a été bercée par les aventures de Gérard et de ses compagnons.

Pourtant, il dit ne pas avoir du tout le même mental. Il dit ne pas correspondre a ce qui avait été prédit. Il se sent démuni, pétri d’incertitudes. Il dit faire partie de la « génération Mitterrand ». Bref, il s’interroge...
Nico (le réalisateur) et Gérard / © LE LOKAL PRODUCTIONS
Nico (le réalisateur) et Gérard / © LE LOKAL PRODUCTIONS
Documentaire Gérard et les indiens
Un film de Nicolas Réglat
Une coproduction France Télévisions (France 3 Occitanie) et Le-loKal Production


A voir sur France 3 Occitanie le lundi soir 2 octobre 2017 à 23h40.
A revoir sur France 3 Occitanie et sur France 3 Nouvelle Aquitaine le mercredi 4 octobre 2017 à 8h50 

Paroles de réalisateur, Nicolas REGLAT


Après un bac d’Arts Appliqués et trois ans d’études aux Beaux-Arts, Nicolas Réglat suit des études de cinéma à l’École supérieure d’audiovisuel de Toulouse, l’ESAV.  ¡ G.A.R.I ! est son premier documentaire. Le film retracait l’aventure, peu commune, de groupes d’action anti-franquistes qui se sont unis en France en 1974 pour sauver descamarades emprisonnés en Espagne sous la dictature de Franco. GERARD ET LES INDIENS viendra ensuite....

Nicolas Réglat (Nico), auteur et réalisateur du documentaire Gérard et les indiens / © DR
Nicolas Réglat (Nico), auteur et réalisateur du documentaire Gérard et les indiens / © DR
  • Quel est le point de départ de Gérard et les indiens ?

Dans les années 80, après avoir fait grimper le béton toujours plus haut, l’Homme blanc s’est mis à l’étaler. Il a semé des hectares et des hectares de « parcs à Simpson », des kilomètres carrés de pauvres gars de troisième zone qui ne croisent jamais ceux de la seconde, plombés de crédits et tous plus ou moins jaloux de la BM du voisin. Ils regardent la télévision, s’ennuient à mourir, certains votent FN, ils sont terrorisés par le chômage, mais ne sont pas responsables de grand-chose.

Je suis de cette génération mais je me sens complétement étranger à tout ça comme un indiens ou un gosse. Je suis influencé par l’histoire de mes parents, nés dans le Sud-Ouest de la France, très engagés dans les années 70 contre le franquisme. Mon premier documentaire ¡ G.A.R.I !, racontait au présent leur histoire et celle de ces jeunes femmes et hommes qui se sont mobilisés en solidarité avec les prisonniers politiques espagnols.

Gérard et les Indiens, c’est la suite de l’histoire de ma famille. Mais à l’époque des GARI, je n’étais pas né, c’est une histoire que j’ai découverte quand j’avais 13-14 ans. Paradoxalement je la connaissais mieux, j’y avais beaucoup réfléchi, je l’avais fantasmée. Là j’étais né, j’avais vécu ces événements, mais de loin, avec un regard d’enfant.

  • Quel est le lien de cette génération avec les Indiens ?

68 a été extrêmement déterminant pour toute la génération de mes parents, qui est née en quelque sorte à ce moment. C’était une période faste, les Trente Glorieuses, la guerre avait détruit pas mal de choses en France et du coup l’industrie marchait bien parce qu’il fallait tout reconstruire. Les mouvements syndicaux traditionnels, entre guillemets « productivistes », étaient très forts. Et là, une nouvelle génération arrive en disant : « On ne va pas continuer à produire à perte vue », et commence à se préoccuper de la planète.

C’est un nouvel élan, une nouvelle façon de voir les choses, qui ressemble beaucoup à la façon de voir des Indiens d’Amérique.

En 68, puis avec les luttes comme le Larzac, les premières luttes contre le nucléaire, l’après-Vietnam aux Etats-Unis, un rapprochement se fait entre la jeunesse occidentale et les Indiens d’Amérique. Il y a plusieurs tribus avec des priorités différentes.

Les Indiens, c’est un symbole de résistance de longue date. Il n’y a pas vraiment d’équivalent, mais sur des générations et des générations leur résistance a été de faire vivre leur culture.

Les Indiens, c’est aussi comme ça que l’Homme blanc nomme les gens qui sont en dehors de la société. Ils ne sont pas réellement en dehors, parce qu’ils sont très nombreux.

Dans ces années-là, il y en a à Toulouse, Nantes, Paris et dans pas mal de grandes villes. Ils sont plus ou moins organisés en dehors des partis et des syndicats qui restent bloqués sur les problématiques employeurs/employés et ne semblent pas se préoccuper de l’impact du productivisme sur la planète.

Les Indiens pensent que l’avenir de nos enfants ne repose pas uniquement sur trouver du boulot ou non. Ils sont rarement d’accord sur les méthodes de résistance, du coup ca les rend moins efficaces mais plus sympathiques. Depuis, cette façon de voir les choses a beaucoup été remise en question, notamment sous le quinquennat de Sarkozy, qui disait qu’il voulait rompre avec la culture de 68, que la page était tournée.

Moi, je pense que cette façon de voir les choses ne va pas disparaître et qu’il faut arrêter de construire des bagnoles, des centrales nucléaires et des bombes sous prétexte que cela crée des emplois.

Et puis je me suis vraiment aperçu que j’étais « en dehors » au moment où j’ai eu un enfant.

À deux ou trois ans, ma fille a commencé à demander « pourquoi ? » comme tous les enfants. C’est devenu très compliqué de lui répondre, parce que tu lui expliques que respirer les pots d’échappement, c’est pas bon, manger des bonbecs et n’importe quoi, c’est pas bon, que la télévision, c’est pas bon, que les écrans toute la journée, c’est pas bon, que les centrales nucléaires un jour, vont péter… Tu te demandes comment t’as pu en arriver là.

J’ai quarante ans et je me pose réellement la question « pourquoi ? ». C’est l’enfant qui te fait comprendre des choses plus que tu ne lui en fais comprendre. Si les choses sont mauvaises, l’enfant se demande pourquoi elles existent et pourquoi on les fabrique. Pour les Indiens, tout cela a été imposé par l’Homme blanc, cela fait des siècles qu’ils le répètent. Le problème, c’est de parvenir à ce que l’Homme blanc écoute.

  • Que nous apprend l’histoire de Gérard sur la résistance ?

Gérard s’est posé les mêmes questions que moi il y a bientôt 30 ans.

Ses réponses furent différentes mais d’après moi son problème était le même : que faire pour endiguer le racisme, la montée de l’extrême-droite ? Que faire pour construire ensemble quand on se sent dépossédé de tout ? Que faire pour avoir le seul plaisir de se sentir utile ?

Le désir de ne pas être de ceux qui ont laissé faire a été́ transmis à Gérard dès son plus jeune âge. Il a voulu marcher dans les traces de son père, qui était résistant pendant la Seconde Guerre mondiale. Je pense qu’il est parti d’un fantasme. Des gens lui ont parlé de son père, on sait qu’il a été dans un réseau de résistance, mais son père ne lui en a jamais rien dit. Gérard est resté un enfant, et c’est ça qui selon moi en fait un sage. C’est quelqu’un d’assez désinvolte, avec lui tout semble un  jeu et quand il y a un problème, il suffit de le résoudre clairement et sincèrement, sans tourner autour du pot.

Quand JM Le Pen a pu accéder à la télévision et a pu faire des meetings, il ne s’est pas posé dix milliards de questions – fallait-il s’inscrire sur les listes, aller voter, etc. Lui, il a voulu passer du fantasme à la réalité, il a voulu le vivre. Il est allé chercher la dynamite et puis voilà. Il entre en résistance pour ne pas trahir sa culture, son histoire, sa famille ; pour pouvoir se regarder dans une glace et dans les yeux de ses enfants. Il sait le risque, il a conscience de tourner autour de la case prison.

Aujourd’hui, je ne pense pas qu’on fantasme la résistance de la Seconde Guerre mondiale comme Gérard a pu la fantasmer. Nous sommes la génération d’après, nous fantasmons depuis des lunes la révolution culturelle qu’a été mai 68. Nous avons vécu la contre-révolution avec les années Mitterrand, les années du chômage et ce qui a suivi. J’espère que nous allons réussir à passer du fantasme à la réalité grâce à de nouveaux outils, grâce à une prise de conscience de l’état de la planète, à changer nos modes de vies et à revenir à quelque chose de plus humain.

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