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Le Kaddish des orphelins, France 3 Occitanie rend hommage à l'écrivain Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld / © Dublin Films
Aharon Appelfeld / © Dublin Films

Immense écrivain Israëlien, Aharon Appelfeld nous a quitté le 4 janvier 2018 à 85 ans. France 3 Occitanie lui rend hommage avec un documentaire où, entouré de Valérie Zenatti, traductrice de ses versions françaises, l'auteur nous parle de sa vie et de son oeuvre, profondément marquées par la shoah.

Par Guiseppin Marie-France

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Aharon Appelfeld nous a quitté le 4 janvier 2018 à l'âge de 85 ans. Immense écrivain, plusieurs fois couronné de prix littéraires, il laisse derrière lui une oeuvre d'une quarantaine de livres traduits en plus de 40 langues. Son oeuvre, profondément marquée par la Shoah, est inspirée de sa vie et de son histoire, lui, qui a connu le destin tragique des juifs de sa génération.

France 3 Occitanie lui rend hommage en diffusant le documentaire "Le kaddish des orphelins" lundi soir 8 janvier 2018 vers minuit trente. Entouré de l'écrivain et traductrice, Valérie Zénatti, l'auteur se dévoile sur sa vie et sur son oeuvre. C'était en 2015...

***

A Jérusalem, l’écrivain israélien Aharon Appelfeld murmure et chantonne ses textes, « saga d'un siècle de solitude juive ». Son ouvrage quotidien se suspend lors de la visite de sa traductrice française, Valérie Zenatti, à l’occasion de la traduction des Partisans, son dernier livre.

Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice avec Aharon Appelfeld / © Dublin Fims
Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice avec Aharon Appelfeld / © Dublin Fims

Entre deux séances de travail, l’écrivain fait un retour sur lui, sur sa trajectoire d’enfant de la Shoah, sur son rapport à la vie, aux femmes, aux mots qui rythment le silence, aux visages des disparus invités à vivre encore.

Extrait
Extrait du documentaire Le kaddish des orphelins
Un film de Arnaud Sauli
Produit par Fabrice Main
Une production Dublin Films avec la participation de France Télévisions


Sous nos yeux, le lien profond entre musique et littérature prend forme, par le murmure et l’écriture à la main d’Aharon Appelfeld.

"C'est la musicalité des mots qui te dis si tu fais bonne route. C'est elle qui m'aide à choisir les mots justes. Sans musique, je ne peux pas écrire, je ne suis pas un écrivain."

Le portrait intime prend la tournure d’un dialogue ouvert sur le monde, lorsque la jeune femme questionne le mystère de la création. 

Comment ce mystère s’articule à l’homme qui demeure un enfant rescapé de la Shoah ? Comment la littérature a sauvé cet homme et l’a rendu à l’humanité ? Comment la fiction permet-elle inlassablement à l’écrivain, livre après livre, de rendre un monde disparu à la vie et, ainsi, de réparer « un peu » l’histoire ?

Aharon Appelfeld et Valérie Zénatti / © Dublins Films
Aharon Appelfeld et Valérie Zénatti / © Dublins Films
Le Kaddish des Orphelins dessine le portrait d’un écrivain dans l’intimité de son geste créateur.

Diffusions :

Le lundi 8 janvier vers minuit et demi sur France 3 Occitanie
Le lundi 6 juin 2016 vers 23h25 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon 
Le jeudi 9 juin 2016 vers 8h50 sur France 3 Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes
Le lundi 24 octobre 2016 vers 23h25 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon
Le jlundi 7 novembre 2016 vers 8h50 sur France 3 Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes


ARNAUD SAULI, réalisateur

Arnaud Sauli, auteur et réalisateur du film / © Dublin Films
Arnaud Sauli, auteur et réalisateur du film / © Dublin Films
Arnaud Sauli est né en 1972 en Corse. Il vit entre Paris et Bordeaux. Dans une vie précédente, il a étudié et enseigné l'histoire de l'Inde coloniale. Aujourd'hui, il écrit et réalise des documentaires.
 

Un peu d'histoire

Aharon, de son prénom originel, Erwin, est né à Jadova près de Czernowitz le 16 février 1932.

Czernowitz se situe aujourd'hui en Ukraine et porte le nom de Chernivtsi ou Tchernovitsi

Voir sur la carte Tchernovitsi en Ukraine (anciennement czernowitz sous l'Empire Austro-Hongrois)) / © Wikipedia
Voir sur la carte Tchernovitsi en Ukraine (anciennement czernowitz sous l'Empire Austro-Hongrois)) / © Wikipedia

Avant le partage de 1918, cette province de Bucovine appartient à l'empire Austro-Hongrois des Habsbourg et devient en 1849, la capitale du Duché de Bucovine. Ville de renommée cosmopolite, le début du XXème siècle lui consacre un attrait considérable. Au carrefour de l'Europe centrale et occidentale, ouverte sur le monde, Czernowitz voit à cette époque se développer une grande diversité linguistique et culturelle. Berceau de nombreux artistes, la créativité y est florissante ! Bien que multiculturelle et multilingue, la langue officielle parlée est l'Allemand.

A partir de 1918 et après l'effondrement de l'Empire Austro-Hongrois, Czernowitz devient Roumaine et prend le nom de Cernauti (La langue officielle roumaine fut déclarée obligatoire en 1924).

Il faut savoir qu'en 1910, la ville compte 85 000 habitants contre 200 000 en 1930 dont la moitié est de culture juive.

Dans les années 30, le ciel de Czernowitz commence à s'obscurcir, l'ombre de l'Allemagne nazie et celle d'Antonescu, se fait sentir...
Bientôt, les intellectuels sont réduits au silence et les populations juives persécutées.

Lors du pacte Germano-Soviétique, la ville devient soviétique. Débutent alors en 1940, des transferts de populations.
Les Allemands et les autrichiens sont rapatriés en Allemagne, les juifs de la ville, eux, sont déportés dans les camps en Transnistrie...

La conquête de l'Est de l'Europe par l'Allemagne nazie :

Très vite en 41, L'Europe de l'Est devient l'épicentre de la Shoah

Dans l'émission de France Cuture, la Fabrique de l'histoire du 12 octobre 2016, "La guerre a ses raisons", Emmanuel Laurentin avec ses deux invités Timothy Snyder et Christian Ingrao, exposent cet épisode de conquête des territoires de l'Europe de l'Est par l'Allemagne nazie. 


Extraits choisis :
"(...) L'Allemagne nazie était un état, qui selon sa propre idéologie, détruisait les autres états. En détruisant la Pologne et en essayant de détruire l'Union Soviétique, l'Allemagne nazie a crée un espace où la Shoah était possible (...)"

"(...) Un rêve qui conduit les nazis à aller conquérir les territoires de l'Est dans l'Espérance d'un reich millénaire. Ils espéraient construire leur nouvelle société dans ces territoires"(...). L'Ukraine était une terre où l'on pouvait batir une colonie avec laquelle on pouvait nourrir l'Allemagne et par hasard, c'est aussi la-bas qu'une grande majorité de juifs habitaient (...) Les allemands ont compris ce qui est possible dans l'Est..."

La machine de destruction totale n'a qu'un seul objectif : poursuivre l'espérance nazie dont un des buts est de rassembler une population d'allemands ethniques (Volksdeutsche) dans ces pays de l'Est. Pour cela, il faut éliminer la population vivant sur ces terres en les tuant brutalement, en les déportant ou en les affamant pour les faire mourrir.

La Bielorussie perdit 25% de sa population, l'Ukraine, 16,3 %.
Sur le seul territoire d'Ukraine, près d'un million et demi de juifs ont été assassinés de 1941 à 1944.

France Culture - La Fabrique de l'Histoire - Emission du 12-10-2016

Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld est profondément marqué par une petite-enfance heureuse entouré de ses parents et de sa famille. Ses parents sont des intellectuels, juifs assimilés ayant rompu avec les pratiques religieuses. Ses grands-parents, en revanche, sont restés attachés à une culture plus traditionnelle. Ils sont paysans, religieux pratiquants et parlent le Yiddish

Aharon revoit encore ses vacances d'été passées auprès d'eux, dans les Carpates. Ses moments heureux, privilégiés, vécus avec ses grands-parents, reste son unique lien à la tradition Hassidique;

A Czernowitz, Aharon vit dans un foyer bourgeois et germanophone. L'Allemand est sa langue maternelle.
Ses autres langues ont été aussi le Roumain et l'Ukrainien, mais aussi le Yiddish, le Russe, Polonais...

L'amour de ses parents reçu dans les premières années de sa vie le marquera à tout jamais. Cet amour le nourrira, l'inspirera et lui donnera la foi et la force de vivre pour devenir l'homme qu'il est devenu aujourd'hui...

(...) l'amour de mes parents que je ressens jusque dans mes os, aujourd'hui encore. Ils m'aimaient et par leur amour, ils ont donné un sens à ma vie.


Aharon Appelfeld / © Dublins Films
Aharon Appelfeld / © Dublins Films

En 1940, Aharon a huit ans. L'armée nazie envahie la ville...

La peur a commencé, lorsque j'ai su, entendu des coups de feu et des cris, lorsque ma mère et ma grand-mère ont été assassinées. Moi, je me suis enfui par la fenêtre de la maison, dans le champ de maïs. J'ai sauté par la fenêtre. Mon père m’a cherché et m'a trouvé dans le champ de maïs et nous sommes rentrés tous les deux à Czernowitz.

Ensuite, on nous a envoyé à pied vers les camps. D'abord, nous avons été en train jusqu'à un certain lieu. Puis, nous avons marché. C'était une marche de la mort (...)


Puis, le père et le fils sont séparés. Aharon comprend vite l'issue qui lui est réservée et réussi à s'enfuir du Ghetto. Commence alors des années d'errance...

Le panorama à la lisière de la forêt était immense et exaltant, des champs et des champs de maïs à perte de vue (...)

Parfois, je restais immobile pendant des heures à attendre mes parents. Au fil des jours, je m'étais inventé des signes présageant leur retour. Si le vent était fort, si je voyais un cheval blanc, si le soleil n'était pas incandescent.

Ces signes me décevaient et pourtant, je ne désespérais pas. J'inventais d'autres signes, trouvaient d'autres chemins. Je restais assis au bord du ruisseau et rêvais, les yeux ouverts, de leur retour (...)


Vue sur les Carpates... / © Dublins films
Vue sur les Carpates... / © Dublins films
(...)

Israël : sa vie, son oeuvre

Aharon appelfeld est accueilli en Israel en 1946, après la guerre, comme de nombreux survivants de la Shoah. Il débarque à Tel Aviv, orphelin, à 13 ans et demi, sans personne, ni parole.

Photo prise en israël... / © Dublin Films
Photo prise en israël... / © Dublin Films

La parole, il l'avait perdue pendant la guerre et ne l'a retrouvée que plus tard. En arrivant en Israel, il n'avait pour bagage, que son expérience, déjà si lourde à porter pour un enfant de son âge...

C'est à partir de ce moment là que l'Hébreu, langue officielle d'état d'Israel, entre dans sa vie. Il évoque dans le documentaire son rapport particulier à sa nouvelle langue...

Puis, un peu plus tard, viendra l'écriture...

"J'ai toujours aspiré à écrire le bien, l'humain."

Aharon Appelfeld et sa plume... / © Dublin Films
Aharon Appelfeld et sa plume... / © Dublin Films

Aujourd'hui, Aharon appelfeld s'est ancré dans son nouveau pays. Il vit dans la banlieue de Jérusalem. Il se définit lui-même comme un "écrivain juif". Il vit dans la culture juive ancienne et présente

Aharon Appelfeld est aujourd'hui considéré comme le dernier héritier des pères fondateurs de la littérature moderne hébraïque. Ses ouvrages sont traduits en 46 langues.

Aharon Appelfeld / © Dublin Films
Aharon Appelfeld / © Dublin Films

L'homme nous touche profondément. C'est avec grande modestie qu'il écrit :


Je ne peux pas m'occuper de toute l'humanité car elle ne peut pas contenir dans une petite tête alors je m'occupe que de quelques humains que je connais...

 

Dans tous ses livres, ses mots résonnent en nous comme un écho permanent dans ce monde sans cesse bousculé. L'histoire, ô combien souvent se répète ! Ne jamais oublier, ne jamais perdre de vue que l'homme peut développer le meilleur en lui, mais aussi le pire...

L'héritage d'Aharon Appelfeld, à travers ses oeuvres, nous aidera aussi à cela : vivre, savoir et ne jamais oublier !

© Dublin Films
© Dublin Films


Sa dernière oeuvre, "Des Jours d'une stupéfiante clarté", paraîtra aux éditions de L'Olivier en février 2018.
 

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