La France en vrai

Le lundi soir vers 23h. Un mercredi par mois après Enquêtes de région.
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Séquence émotion avec l'histoire d'Angel

© Stéphane Fernandez
© Stéphane Fernandez

Angel n'est qu'un enfant lorsqu'il se retrouve seul sur les chemins de l'exil, avec son frère et sa soeur de 3 et 6 ans.
Sa mère ? Victime d'un bombardement sous ses yeux. Son père ? Un militant anarchiste dévoué à la cause. Aujourd'hui, 
à 86 ans, Angel retourne sur les traces de sa vie passée... 

Par Guiseppin Marie-France

Tu regardais vers la terre, tu voyais l'enfer,  tu regardais vers la mer, tu voyais la liberté...


À 86 ans, Angel part sur les routes de son passé mouvementé entre France et Espagne. En compagnie de Domingo, il revisite les moments importants de sa vie au long d’un road-movie rempli d’émotions, de rencontres et de souvenirs...

Extrait :
Extrait du documentaire Angel
"Angel, Une enfance en exil"
Un documentaire de Stéphane Fernandez
Une coproduction France Télévisions/Le-LoKal Production


De Barcelone, où sa mère est morte sous ses yeux en 1937 dans un bombardement, à Toulouse, où il vit aujourd’hui...

Angel a découvert l’exil à 10 ans, accompagné de sa sœur et de son frère âgés de 6 et 4 ans, sur les routes catalanes et dans les camps que les Français avaient érigés pour accueillir un peuple en déroute.

« A la fin janvier 1939, lors de la chute de Barcelone, des militaires républicains sont venus nous chercher. On est parti avec eux vers la France. Arrivés à Figueres, on nous a laissés par groupes. Au bout d’un petit moment ils ont lâché des bombes et les murs de la chapelle ont commencé à tomber sur nous. Moi j’ai eu beaucoup de chance, avec mon frère et ma soeur on était juste dans un angle et l’angle résiste davantage. Comme les autres qui étaient encore vivants, on est sorti en vitesse. Là, on est arrivé sur la route et on s’est mélangé avec les autres… avec ce fleuve humain qui allait vers la frontière. »

Ils se retrouvent à Argelès-sur-Mer, en Dordogne puis à Lyon, où la fratrie retrouve le père disparu...

© Le Lokal productions
© Le Lokal productions
Plus tard dans sa jeunesse, Angel retrouvera l'Espagne et notamment l’Aragon, quand, jeune militant anarcho-syndicaliste, il se fait arrêter, torturer et condamner à mort...

© Marc Ménager - Studio La Ménagerie
© Marc Ménager - Studio La Ménagerie
Finalement, sa peine est commuée en 30 ans de réclusion et Angel passera 16 ans dans les prisons de Franco…

"Je regardais par ma fenêtre, à travers les barreaux, je voyais un peu le ciel. Et puis à la fin, je parlais avec ma mère… Donc je ne suis pas devenu fou ! Il est arrivé un moment où ma mère était tout le temps à côté de moi. "

Un voyage sur des lieux de mémoire, à travers le temps et les souvenirs d’un vieil homme qui a vu s’inscrire dans sa chair un bout de l’Histoire du XXe siècle.

© Marc Ménager - Studio La Ménagerie
© Marc Ménager - Studio La Ménagerie

Diffusion le lundi soir 23 mai vers 23h30 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.
Rediffusion le mardi 21 juin vers 8h50 sur les antennes de France 3 Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine et Limousin Poitou-Charentes.

Angel à la Jonquera devant le Mémorial... / © Le Lokal Productions
Angel à la Jonquera devant le Mémorial... / © Le Lokal Productions

Stéphane Fernandez, réalisateur.


Stéphane Fernandez, réalisateur du documentaire Angel, une enfance en exil / © DR Avant de réaliser des documentaires, Stéphane Fernandez a mené une carrière de journaliste.
Il a collaboré avec de nombreux titres de la presse écrite - Ouest France, Télérama, Témoignage chrétien mais surtout avec la presse associative sur des questions internationales.
Il a travaillé en tant que rédacteur en chef adjoint à la revue Messages du Secours Catholique, pendant 10 ans. En 1995, il a obtenu le prix Média environnement décerné par Gaz de France pour un article sur le Tribunal des eaux de Valence en Espagne.
Petit-fils de républicains catalans, il a beaucoup voyagé, et écrit sur l’Amérique latine, de la Colombie des guérillas à la Bolivie indienne, en passant par le Pérou des producteurs de café et le Brésil des Forums sociaux mondiaux. Il a également travaillé sur l’Afrique, des collines sanglantes du Rwanda aux plaines asséchées de Madagascar, des guerres de l’est du Congo aux famines du Sahel.
En France, il a travaillé sur les laissés pour compte du logement, de la santé, de la nationalité. Auprès des personnes âgées, des toxicomanes, des jeunes en galère ou dans les prisons…
Fin 2009, il a suivi à Lussas l’Atelier de réalisation organisé par Ardèche Images.

Domingo (à gauche) avec Angel (à droite) / © Le Lokal productions
Domingo (à gauche) avec Angel (à droite) / © Le Lokal productions

Entretien
 

Pourquoi un film sur la guerre d’Espagne ?
Ce n’est pas tout à fait un film sur la guerre d’Espagne. C’est un film sur le parcours d’un enfant qui subit les conséquences de cette guerre. Les bombardements à Barcelone, les routes de l’exil, les camps, le déracinement. Et qui le découvre seul parce que sa mère est morte et son père quelque part au front. La guerre d’Espagne est la toile de fond de ce drame. C’est aussi une partie de mon héritage. Je ne sais plus très bien quand cette guerre est entrée dans mes souvenirs. Il me semble qu’elle est présente depuis toujours et pourtant on n’en parlait pas beaucoup quand j’étais petit. Ma grand-mère paternelle est morte lorsque j’étais enfant et je n’ai pas connu mon grand-père qui est mort quand mon père avait 10 ans.

Malgré tout, ces histoires de la guerre, j’allais les écouter plus tard chez une amie d’exil de ma grand-mère qui venait du même village catalan. Elle me racontait son enfance misérable, les débuts de la guerre, l’essor de l’anarcho-syndicalisme en Catalogne, l’exil, les camps, les rats… C’étaient toujours les mêmes anecdotes, les mêmes détails que je prenais plaisir à écouter et à réécouter. De retour chez mon père, je passais des heures à fouiller dans un carton de vieilles photos, à essayer de comprendre qui étaient ces visages inconnus, témoins d’un passé qui me fascinait.


Comment avez-vous fait la connaissance d’Angel ?
Depuis plusieurs années, mon père s’est mis à interviewer des anciens de la guerre d’Espagne, des exilés qui racontent leur guerre, leur jeunesse, leurs espoirs d’alors, leurs combats, leurs désillusions, leur exode, les camps… Il recueille cette parole précieuse à défaut d’avoir eu le temps d’écouter celle de ses parents, trop vite disparus. C’est lui qui m’a présenté Angel qui pourrait être ce grand-père que je n’ai pas connu. Et en plus, par le fait du hasard, nous portons le même nom de famille. J’ai eu le grand privilège qu’il m’accorde sa confiance et qu’il accepte de repartir sur les routes de son passé.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’histoire d’Angel ?
Angel a vécu la guerre avec ses yeux d’enfants. Il avait 8 ans en 1936 quand la guerre a commencé, 10 ans quand il s’est retrouvé sur les routes de l’exil, 14 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et à peine 20 quand il repart en Espagne avec un groupe de militants anti-franquistes et se fait arrêter, torturer et condamner à mort. Le film retrace ce parcours d’un enfant devenu homme dans des circonstances si éprouvantes d’exil, de déracinement, d’abandon, puis d’enfermement et de souffrance.
Je suis parti à la recherche de ce regard d’enfant, de cette parole enfouie, de ces souvenirs lointains en l’accompagnant sur les lieux les plus marquants de sa vie. Ce retour sur des lieux de souvenir constitue l’élément central du film. C’est une sorte de road-movie documentaire rempli de rencontres et d’émotions.

Y a-t-il eu beaucoup d’autres enfants exilés comme Angel et ses frères et sœur ?
Il y a peu de statistiques sur l’exil des enfants pendant la guerre. Surtout sur ceux qui sont passés seul, sans parents ou famille. Suivant les cas, on estime leur nombre entre 30 et 50 000. Tous n’ont pas franchi les Pyrénées seuls en plein hiver 1939 comme l’ont fait Angel, sa sœur Maxi et son frère Pépitin. Certains, pris en charge par le Parti communiste, ont été évacués vers l’Union soviétique où les attendaient un destin assez misérable. Les partis ouvriers ou socialistes d’Europe ont aussi organisé le sauvetage d’un grand nombre de ces enfants. Cette histoire reste assez méconnue et plus encore celle des enfants passés seuls en France, sans parents et hors de tout encadrement.

Pourquoi avoir choisi d’ajouter des séquences d’animation ?
L’animation s’est imposée à moi comme mode de traitement indispensable pour aller plus profondément dans l’univers intime d’Angel quand il m’a raconté un jour que sa mère était toujours à ses côtés, qu’il la voyait en permanence.
Je l’ai imaginée comme un véritable support de la narration, faisant le lien entre deux univers, l’un réaliste, l’autre onirique. J’ai voulu qu’elle nous amène au plus profond des fantasmes, des angoisses, de l’imaginaire d’Angel et qu’elle nous fasse voir le monde qui l’entourait alors avec ses yeux d’enfants.
Et puis, un jour Angel m’a montré les dessins qu’il avait fait pour ses petits-enfants : sa maison d’enfance à Barcelone, le travail de son grand-père, les tramways de l’époque. Il s’est aussi représenté sur son vélo avec sa petite sœur. Ce sont ces dessins qui ont inspiré l’animation.

© Marc Ménager - Studio La ménagerie
© Marc Ménager - Studio La ménagerie

A écouter aussi :

Sur France Bleu Roussillon

L'équipe Technique et Artistique du documentaire


Écriture et réalisation : Stéphane Fernandez
Musique originale : Tomas Jimenez, El Comunero
Interprétation et arrangements : Vincent Ruiz, renaud Eychenne
Image : Dominique Tripier-Mondancin
Son : Gwladys Déprez
Création graphique et animation : Marc Ménager, Studio La Ménagerie
Animation et compositing : David Martin

Filière de Post-production France Télévisions
Site de France 3 Toulouse.
Montage
: Xavier Franchomme,
Etalonnage : Aymeric Ayral
Montage son : Jean-Marc Dussardier
Mixage : Audrey Daram

Sound design : KAA Production
Montage teaser : Fabien Daguerre

Une coproduction France Télévisions et Le Lokal productions
Producteur délégué : Philippe Aussel
Pour France Télévisions, dossier piloté par Carlos Bélinchon,
Délégué Régional de France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon


Barcelone / © Le Lokal Productions
Barcelone / © Le Lokal Productions

 

Domingo et Angel / © Le Lokal productions
Domingo et Angel / © Le Lokal productions

 

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