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Ancien directeur de prison, il raconte ses débuts à la maison d'arrêt de Nîmes

Jean-Pierre Ricard a travaillé pendant 40 ans dans les prisons, à tous les échelons. Il publie ses mémoires. / © Lucien Thelus / France 3 Occitanie
Jean-Pierre Ricard a travaillé pendant 40 ans dans les prisons, à tous les échelons. Il publie ses mémoires. / © Lucien Thelus / France 3 Occitanie

Jean-Pierre Ricard, 72 ans, est un ancien directeur de prison. Il publie un livre dans lequel il dévoile les coulisses des établissements pénitentiaires dans lesquels il a travaillé, notamment la maison d'arrêt de Nîmes, à ses débuts, en 1968.

Par Emma Derome et Pascale Barbès

En mai 1968, Jean-Pierre Ricard a tout juste 21 ans. Cet Aigues-Vivois de naissance a un CAP de menuiserie qui "ne mène à rien", alors il se présente à la maison d'arrêt de Nîmes, où l'on manque de surveillants. Il est embauché immédiatement. Il ne sait pas qu'il passera toute sa vie en prison, ou du moins, toute sa carrière dans l'administration pénitentiaire.

D'abord surveillant, puis formateur et directeur d’établissement, le Gardois a travaillé pendant plus de 40 ans dans plus d'une vingtaine d'établissements différents, jusqu'en Réunion ou en Martinique.

Aujourd'hui retraité à 72 ans, habitant à Nîmes, Jean-Pierre publie un livre, Traversières de hasard, mémoires d'un directeur de prison dans lequel il dévoile l'envers du décor des prison dans lesquelles il a travaillé. 
 

Odeurs et promenades dans les douves

L'ancien directeur a assisté à l'évolution du système carcéral et à la mise en place de mesures d'hygiène, déplorables quand il a commencé le métier.

J'avançais un peu à reculons. C’était gris, noir, sale, ça sentait. La prison, c’est une odeur, et à l’époque c’était autre chose, il n’y avait pas d’hygiène… pas de toilettes, les détenus faisaient leurs besoins dans une tinette, un seau hygiénique

 


Après l'ancienne maison d'arrêt de Nîmes, en face des Arènes, il est un tant affecté comme surveillant à Fort Vauban, où se trouve aujourd'hui l'université de Nîmes. Les murs sont très hauts, les cours de promenade se trouvent au fond des douves asséchées.
 

La réforme Amor, d’après-guerre, devait mener à avoir une cellule pour chaque détenu. Aujourd’hui encore, on a ce problème-là. On a créé ce qu’on a appelé des "cages à poules". Ce sont des séparations à mi-hauteur, avec un bat-flanc, de maximum 2m de large.


"J'ai eu envie de me tirer"

À ses débuts, Jean-Pierre a bien failli renoncer à ce métier. Comme lorsqu'un soir, en achevant la tournée des cellules accompagné d'un surveillant, il croise une ombre.
 

On ne savait pas qui c’était, combien ils étaient, et il n’y a que les miradors qui pouvaient être armés, donc on n’avait pas d’arme. Alors le surveillant a mis la main dans la grande poche de sa veste, et a fait semblant d'avoir une arme et de braquer le détenu, qui a eu peur, et s’est couché. Tout ça réuni, vous vous dites "Mais qu’est-ce que je fous là ?". Heureusement, je ne suis jamais parti.


Une passion pour l'humain

Lorsqu'à 33 ans, Jean-Pierre devient directeur de centre de détention, il se passionne pour le management. Pour lui, la vie en détention est un miroir de la société à l'extérieur.

On se passionne pour l'humanité, une humanité en difficulté, mais une humanité qui progresse, des gens qu’on aide à réussir parfois...

Avec ses mémoires, il tourne définitivement la page de l'univers carcéral. Jean-Pierre veut continuer d'écrire, mais des poèmes ou des romans fictifs.
 
► Reportage de Pascal Barbès, Lucien Thelu et Elia Pirosa :

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