"Les assos vont fermer boutique", la suppression des contrats aidés selon la mission locale de Nîmes

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Écrit par Cathy Dogon

Les missions locales sont les interlocuteurs privilégiés pour les jeunes en mal de travail. Elles étaient notamment chargées jusqu'à maintenant d'attribuer les contrats aidés. A Nîmes, le directeur analyse la situation et s'inquiète au lendemain de la divulgation des chiffres du chômage.

Les associations vont plier boutique. La mesure est dramatique pour les collectivités territoriales. 


Dominique Latour est directeur de la mission locale de Nîmes, dans le Gard. La structure d'état accueille les jeunes de 16 ans à 26 ans, sortis du système scolaire, pour les aider dans leur insertion professionnelle et sociale. Elle est notamment en charge de leur attribuer les contrats aidés (CIE, CAE, et emplois d'avenir).

La ministre du travail Muriel Pénicaud a révélé la suppression des contrats aidés. En 2016, Hollande avait accordé plus de 400 000 contrats aidés. Le gouvernement Philippe, après plusieurs annonces, a finalement décidé de plafonner l'attribution à 310 000, soit une baisse de 90 000. A Nîmes, le directeur de la mission locale se rend compte des dommages que cela pourrait causer. Il témoigne.

Depuis le début de la mesure Emploi d'Avenir, nous avons signé plus de 1 000 contrats


exclame Dominique Latour. Selon lui, les collectivités territoriales mais aussi le milieu associatif va pâtir de ce manque de financements. Les missions locales de la région Occitanie sont encore dans l'attente de directives pour savoir quoi faire, mais pour l'instant, plus aucun contrat CIE ou CAE n'est signé, sauf à destination de l'Education Nationale.

A priori, c'est terminé.


Dominique Latour évoque le chiffre de 150 contrats de ce type dans le seul département du Gard. Et si l'école ne serait a priori pas touchée, les activités annexes, devenues légions depuis l'adoption de la semaine de 5 jours, vont elles être fortement impactées. Exemple à Domesargues, où les maires menacent de retarder la rentrée. 




"On avait senti le coup venir" 


Sa déception s'amplifie, ce jeudi, à l'annonce des chiffres du chômage du mois de juillet 2017 : les demandeurs d'emploi de moins de 25 ans augmentent de +4,1% dans le Gard.

Si le directeur de la mission locale de Nîmes s'insurge de cette décision gouvernementale, il assure avec ses coéquipiers avoir tout fait pour éviter les dégats. 

Avant les élections, on a senti le coup venir. Les emplois d'avenir étaient une mesure très marquée Hollande. Quel que soit le candidat élu, elle aurait été remaniée. Alors nous avons contacté les entreprises qui avaient privilégié des contrats courts, pensant pouvoir les reconduire, pour qu'elles fassent un avenant de modification. Nous nous sommes servis de l'enveloppe du premier trimestre pour pérenniser les emplois durables, menacés par le changement de politique.

S'il avait prévu un manque dans les caisses, il espérait tout de même une proposition politique "équivalente" en terme d'emploi. Mais ce n'est pas ce qui semble se présager. 

Selon ce personnage local, parfait indicateur de l'emploi sur le terrain, Macron aurait sollicité les élus locaux pour connaître leurs sentiments. "Il privilégie désormais les aides à l'implantation des entreprises, mais même plus globalement les entreprises elles-mêmes, plutôt que les emplois" continue le directeur de la mission locale de Nîmes.

"Le gouvernement va mettre l'accent sur la formation, parce qu'il pense que les contrats aidés étaient sujets d'abus". En effet, cette mesure est destinée aux personnes en difficulté sur le marché de l'emploi, mais certains chefs d'entreprise embauchaient plutôt des personnes surqualifiées, alors plus à même de se débrouiller seules. "On tente d'être vigilant. Les emplois d'avenir étaient excellents pour les jeunes non qualifiés. Avec cette aide, au bout de trois, ils avaient une bonne expérience sur le marché du travail et bénéficiaient de formation au cours du contrat. Et économiquement, tout ça gonflait illico la consommation".