"Ici on ne risque pas d'attraper le coronavirus" : des habitants de la Grand-Combe croient être à l'abri de l'épidémie

C'est pour cela que la mairie de cette ville très pauvre du nord du Gard près d'Alès a mis en place des patrouilles de pompiers et de médiateurs sociaux. Plusieurs fois par semaine, ils vont à la rencontre des habitants qui ne respectent pas les règles de sécurité pour les leur rappeler.
La cellule médiation des sapeurs-pompiers du Gard va à la rencontre des habitants de la Grand-Combe deux fois par semaine, pour rappeler à la population les règles du confinement et les gestes de sécurité face à l'épidémie de coronavirus.
La cellule médiation des sapeurs-pompiers du Gard va à la rencontre des habitants de la Grand-Combe deux fois par semaine, pour rappeler à la population les règles du confinement et les gestes de sécurité face à l'épidémie de coronavirus. © P. Trouillet/ FTV
« Bonsoir monsieur-dame- , on fait une petite pause ?". Il fait doux en ce soir de printemps. A la Grand-Combe, petite ville de 5200 habitants, l'adjudant-chef  Samy Ferré des sapeurs-pompiers du Gard s'avance vers un homme et une femme  qui, profitant de la douceur de cette fin de jounée de printemps, finissent de disputer une partie de pétanque sur une place du quartier Trescol au nord de l'ancienne cité minière aux façades grises.
"12-11", sourit Béatrice Brasseur. Elle vient de gagner la partie mais son adversaire n’aura pas droit à la revanche.  Au bout d’un mois de confinement ils se sont accordé une partie de pétanque. Ce qui est strictement interdit même s'ils sont voisins, mangent ensemble, sont confinés dans la même cour et habitent la même maison. " On fait tout sauf dormir ensemble".

Pas de masques

Gentiment, l'équipe de prévention leur rappelle les gestes de sécurité, le lavage des mains, le port du masque.  " On n'en trouve pas en pharmacie". La dame qui se dit très prudente et consciente du danger a réponse à tout et asssure qu'à part son voisin, elle ne voit personne.
"Si vous avez des masques à nous donner, on est preneurs... ». 
 
Pompiers et médiateurs sociaux vont deux fois par semaine à la renontre de la population pour faire de la prévention face au covid-19.
Pompiers et médiateurs sociaux vont deux fois par semaine à la renontre de la population pour faire de la prévention face au covid-19. © P. Trouillet/FTV

Depuis deux semaines, en début de soirée, les équipes de prévention des pompiers du Gard arpentent les quartiers sensibles de la Grand- Combe, une des villes des plus pauvres de France. 80 % des habitants se trouvent en quartiers "politique de la ville", en réseau d'éducation prioritaire et la ville perçoit la dotation de solidarité urbaine. 
Accompagnés de médiateurs sociaux, ceux du SDIS répètent sans relâche les consignes de sécurité qui, consciemment ou pas, ne sont toujours pas respectées.
" Le virus n’est pas qu’à la télé, il y en a aussi sur le secteur grand combien , précise Samy Ferré, adjudant-chef du SDIS 30 chargé de la médiation urbaine. Porter le masque ça sauve des vies. Vous sauvez la vie des autres en portant le masque », assène le sapeur pompier.
C’est une action de prévention menée à la demande de la mairie de la Grand-Combe puisque les règles de sécurité ne sont pas respectées en fin d’après-midi et début de soirée sur le secteur. 

"Le virus, ce n'est pas qu'à la télé"

" L’action a été bénéfique car lors de nos précédents passages , entre deux tournées, nous avons vu des personnes qui s’étaient équipées.
On leur donne des chiffres et des exemples et ils prennent conscience que le virus est aussi à la Grand-Combe », a
joute l'adjudant-chef Ferré.

Au détour d’une conversation avec des connaissances, les pompiers cherchent à savoir comment les habitants de la ville vivent au quotidien, le confinement.  Sur la place centrale, ils croisent Nabilla Djenidi, femme de ménage dans une grande surface. Elle aussi a beaucoup de mal à se procurer des masques. Les pompiers sont aussi là pour lui indiquer comment en trouver.

" Avec la mairie tu peux te procurer des masques et il y a des gens qui en fabriquent", précise Sitki Altinok, pompier volontaire et médiateur...

Mon masque, il peut me faire trois jours et quand je vois qu'il est est à jeter, je mets mon écharpe.

"Au travail on a des masques mais au compte-gouttes. Mon masque, il peut me faire trois jours et quand je vois qu'il est est à jeter, je mets mon écharpe », sourit Nabilla Djenidi qui propose aussi de faire passer l'info par les réseaux sociaux."Les gens confinés chez eux , on devrait leur faire passe l’info par facebook " .
 L'idée est développée par l'association Sésames qui oeuvre dans les quartiers de la Grand-Combe par le biais d'une page facebook dédiée au covid-19.
Un peu plus tard dans la soirée, Sébastien Migliore, d'une autre équipe de prévention nous invite à aller à la rencontre de jeunes. Sur la porte fermée d'un local où ils ont leurs habitudes, une affichette, "fermé pour cause de Covid-19". Sébastien Migliore, pompier et médiateur social est un enfant de la Grand-Combe. Il tape à la porte qui s'entrouve sur une bande de cinq ou six jeunes rassemblés à l'intérieur.

Les jeunes aussi se croient à l'abri

Malgré l’interdiction, les habitués s’y retrouvent encore régulièrement. Ici aussi on essaie de faire passer le message de prévention, car ici aussi les jeunes croient être à l’abri de l’épidémie.
« - Idir comment tu vas ? lance Sébastien au leader du groupe.  Tu as un rôle toi aussi avec les jeunes…
-Oui, mais c’est dur, les jeunes ont du mal à le comprendre… C’est galère et moi je livre toute la journée et j’ai l’impression qu’il n’y est pas ici, le virus. Aux infos, ils nous parlent plus des grandes villes que d’Alès d’Anduze ou la Grand-Combe" , répond Idir Zaïd .  "Je suis chauffeur- livreur et moi, les papys et les mamies que je livre dans les Cévennes et en Lozère vivent comme avant ; ils n'ont rien changé à leurs habitudes, ils font le jardin...", ajoute le jeune homme qui pense qu'ici on est moins exposé qu'ailleurs.

Il y a un dialogue que l’on doit mettre en place avec la population, on voit bien que c’est compliqué

"Avec la mairie et le département nous avons choisi la prévention plutôt que la répression", ajoute Sébastien Migliore, pompier . "Etre un maximum de soirs dans la rue pour sensibiliser les gens, discuter avec eux. On crée ce lien et on essaie au maximum de faire en sorte qu’ils le respectent. Le soir ce sera fermé mais il y a un moment dans la journée où les gens se voient, ils ont droit à une heure par jour et c’est aussi à ce moment-là que l’on fait de la médiation". La médiation plutôt que la répression qui serait ici inutile avec ces populations fragiles. "Il faut se servir de cette difficulté, la surmonter pour créer du lien pour demain, créer des solidarités et effectuer un travail en commun", conclut Sébastien Migliore 

 Pour l'instant les tournées de prévention s'effectuent deux fois par semaine. Elle ne sont pas près de s’arrêter.




 
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