A Auzeville-Tolosane près de Toulouse, l'éclairage public est désormais éteint de 23 heures à 6 heures du matin

Depuis le 21 juin, la petite commune d'Auzeville-Tolosane, dans l'agglomération de Toulouse, procède à l'extinction des éclairages publics toutes les nuits, de 23 heures à 6 heures du matin, dans un souci d'économie et d'écologie. Une expérimentation d'une année, amenée à devenir pérenne.

A Auzeville-Tolosane, près de Toulouse, les lampadaires s'éteignent désormais à 23 heures. Archives.
A Auzeville-Tolosane, près de Toulouse, les lampadaires s'éteignent désormais à 23 heures. Archives. © Mairie d'Auzeville-Tolosane

La commune d'Auzeville-Tolosane vient de s'engager dans une expérimentation vertueuse. Depuis le 21 juin, tous les lampadaires, à l'exception notable de ceux qui bordent la route départementale 813, s'éteignent à 23 heures, pour ne se rallumer qu'à 6 heures du matin.

Pourquoi ?

En France, la production de lumière artificielle a quasiment doublé en 25 ans. Le ciel nocturne n'existe pour ainsi dire plus dans les villes. Quand certains magasins s'éclairent de mille feux la nuit pour... personne, c'est au détriment de la vision des étoiles.

Mais pas seulement. La pollution lumineuse nocturne a des conséquences - scientifiquement mesurées - sur la biodiversité. L'impact sur les animaux et les plantes est important : en France, plus de 60% des invertébrés et mammifères, 90% des amphibiens et 95% des papillons sont nocturnes. Or la lumière artificielle perturbe leur orientation, leur alimentation et leur reproduction.
De la même façon, la lumière artificielle affecte le rythme biologique des végétaux. Par exemple, les bourgeons des arbres en ville s'ouvrent plus tôt qu'ailleurs, les exposant au risque de gel.

Les humains aussi

A l'instar des animaux, les humains aussi se déclarent gênés par la pollution lumineuse nocturne. 24% des Français reconnaissent être gênés par l’éclairage public, selon les résultats de l’enquête de la 13ème journée du sommeil de l’Institut National de la Santé et de la Vigilance (INSV). Cette lumière artificielle s'invite dans nos chambres à coucher et peut diminuer la production de mélatonine déclenchée normalement dans l’obscurité ce qui peut provoquer des insomnies, de la fatigue et du stress.

Pour le climat

En plein débat sur le changement climatique, il est important de souligner que l'éclairage public participe à l’augmentation des émissions de CO2 dans l’atmosphère responsable de la production des gaz à effet de serre. L’ADEME (agence de la transition écologique) et EDF estiment entre 30 et 40% la perte d’énergie pour les communes du fait d’une mauvaise qualité, d’une surpuissance des sources ou de la vétusté des installations dédiées à l’éclairage public.

L'argument économique

Enfin, et il n'est pas des moindres, il y a l'argument économique. Dans la commune d'Auzeville-Tolosane, un peu plus de 4 000 habitants, le coût annuel de l’éclairage public représente 1,5% du budget de fonctionnement de la commune, pour 4 100 heures d’allumage. Soit 64.297 euros en 2020. 

En pratiquant l'extinction de l'éclairage public de la ville, tout en maintenant celui de la RD.813, Auzeville va réaliser une économie de 27.000 euros. Non négligeable quand on sait que la commune connaît des difficultés de trésorerie qui l'obligent à "envisager des économies à tous les niveaux", explique Claire Maylie, adjoint en charge de l'environnement à la mairie d'Auzeville-Tolosane.

Des résultats

L'expérimentation, lancée le 21 juin dernier, va durer un an. A l'issue duquel un questionnaire sera remis aux habitants et un bilan sera dressé. Les économies réalisées pourraient être affectées à la modernisation du parc des candélabres de la commune.

Pour accompagner cette initiative, la municipalité envisage plusieurs actions : une balade nocturne sera proposée aux habitants, l'occasion d'apprécier une vraie nuit noire. Deux conférences auront lieu, l'une sur le thème de l'astronomie, l'autre sur la biodiversité. Enfin, des boîtes à outils seront mises à disposition des Auzevillois désireux d'observer la faune nocturne.

Le projet, en tout cas, n'a pas suscité de réticences particulières. "Cela est très bien accepté. Il y a bien quelques craintes liées à la sécurité mais globalement, tout le monde a l'air de penser que c'est dans l'air du temps", poursuit Claire Maylie.

Je m'attendais à des appels en mairie mais, non, il n'y a pas eu de réactions hostiles. Certains habitants nous ont même dit : "Pourquoi ne l'avez-vous pas fait avant ?". Il y avait une attente.

Claire Maylie, adjointe chargée de l'environnement à la mairie d'Auzeville-Tolosane

En France, 30% des communes pratiquent déjà une extinction partielle ou totale de leur éclairage public. Dans la région toulousaine, on trouve notamment Pechabou, Pompertuzat, Corronsac, Colomiers, Auzielle et Lacroix-Falgarde. Partout, il semble qu'il n'y ait pas d'impacts négatifs à ces pratiques. Ni sur la sécurité routière, les automobilistes ayant alors le réflexe d'accroître leur vigilance voire de diminuer leur vitesse, ni sur les incivilités, la délinquance et les tapages nocturnes semblant baisser à la faveur de ces extinctions.

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