Les automobilistes ont-ils été “abandonnés” dans les blocages des agriculteurs à Toulouse ?

Blocage sur la rocade Est de Toulouse mercredi 31 janvier 2018 / © F. Valery / France 3
Blocage sur la rocade Est de Toulouse mercredi 31 janvier 2018 / © F. Valery / France 3

Mercredi, les agriculteurs ont effectués des blocages sur le périphérique toulousain. Pas de déviations, pas de fermeture de bretelles : certains automobilistes ont été pris dans la nasse sans solution de repli. La préfecture conteste tout manque de réactivité et d'anticipation. 

Par Fabrice Valery

Il ne faisait pas bon prendre sa voiture autour de Toulouse mercredi. De l'aube jusqu'à tard le soir, il était difficile de passer à travers les blocages et autres opérations escargots et barrages filtrants mis en place par les agriculteurs.

Mais nous avons aussi constaté que le dispositif d'information en temps réel aux automobilistes avait été sinon défaillant au minimum absent et que le dispositif de déviation ou de fermeture de bretelles d'accès à une rocade totalement engorgée n'a été mis en place que très partiellement. Pourquoi ?

Prenons un exemple : à 7h30, le convoi de tracteurs arrivant de Montgiscard s'installe sur la rocade sud vers le complexe scientifique de Rangueil. A l'arrêt. Là, pendant plus d'une heure, des milliers de voitures viennent s'empiler à l'arrière en provenance à la fois de Labège, du périphérique Est et de l'A61. Aucune déviation n'est mise en place. Il n'y a qu'à espérer que les agriculteurs ouvrent un barrage filtrant (ce qu'ils font de temps en temps) ou partent en convoi vers la rocade ouest (ce qui se produit vers 9 heures).

Autre exemple : à 17h30, les agriculteurs réunis près de la préfecture apprennent qu'ils ont obtenu un rendez-vous avec le ministre prévu vendredi matin. Mais en attendant la confirmation écrite de ce rendez-vous le mot d'ordre est donné de quitter le centre-ville et de regrouper les dizaines de tracteurs sur la rocade Est de Toulouse. A 18h30, heure de pointe du soir à Toulouse, la situation est alors totalement bloquée dans les deux sens sur cette partie de la rocade : des milliers d'automobilistes et des centaines de chauffeurs de camions sont pris au piège comme on le voit sur la vidéo ci-dessous.

Ce qui peut paraître étonnant, c'est qu'en dehors des policiers qui assurent alors la sécurité à l'endroit où ont lieu les blocages, aucun élément d'information et aucune déviation (voire fermeture de bretelles d'accès) ne sont mis en place en amont. Il n'y a alors aucun policier ou gendarmes pour bloquer l'accès à une rocade au bord de l'explosion.

Conséquences : alors que la rocade est complètement congestionnée, des centaines d'automobilistes continuent de s'engager sur les bretelles en amont (au sud pour le périphérique extérieur et au nord sur le périf intérieur). Il faudra donc plusieurs heures après l'évacuation des tracteurs pour permettre à ces kilomètres de bouchons de se résorber. Coincés, des automobilistes auront mis des heures pour faire quelques kilomètres. Peut-être auraient-il gagné du temps s'ils avaient été dévié avant de se retrouver dans cette situation.

Nous avons interrogé la préfecture de la Haute-Garonne à ce sujet et voici ce qu'elle nous a répondu : "le mouvement des agriculteurs ayant duré tout le long de la journée (6h - 23h), il n'était pas envisageable de couper la circulation sur le périphérique durant plus de 15 heures en continu. Il s'agissait d'une action de très grande ampleur (110 tracteurs mobilisés). Par ailleurs, l'action des agriculteurs a été ponctuée par des coupures fermes ainsi que par des barrages filtrants, ce qui permettait aux automobilistes de pouvoir circuler à certains moments. Les coupures se sont faites de manière aléatoire, sans préavis et pour des durées variables.
Une information a été mise en place la veille et tout au long de la journée sur les panneaux à message variable et autres moyens habituels d’information des usagers (médias, compte Twitter préfecture, compte Twitter Vinci Autoroutes, 107,7). Une information dédiée pour les poids-lourds a également été mise en place concernant des déviations spécifiques afin qu'ils évitent le secteur.
Certaines voies d'accès ont par ailleurs été coupées de manière préventive par les forces de police et les gestionnaires routiers".


Reconnaissons que la gestion, tout au long d'une journée, des effets sur la circulation d'un mouvement social mobile et aussi important n'est pas des plus faciles. Il était certes impossible d'éviter les bouchons mais peut-être qu'un niveau d'information et la mise en place de déviation aurait pu permettre à certains de ne pas tomber dans la gueule du loup. 

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