Avec "Les Ogres", la réalisatrice toulousaine Lea Fehner célèbre la vie de saltimbanque

"Les Ogres" sort mercredi dans les salles. Avec ce second long-métrage, Léa Fehner, jeune réalisatrice toulousaine, signe un hommage chaleureux au monde du théâtre itinérant. Une histoire directement inspirée de son enfance.

La réalisatrice toulousaine Léa Fehner en 2010.
La réalisatrice toulousaine Léa Fehner en 2010. © Max PPP
Avec "Les Ogres", Léa Fehner signe à 34 ans un film chaleureux et fantasque sur la vie de saltimbanque qui rappelle la fameuse chanson "Les comédiens" d'Aznavour, avec de formidables acteurs dont Adèle Haenel.
Le chapiteau et son cercle de caravanes, les bandes de gosses laissés à eux-mêmes, les adultes festoyant jusque tard dans la nuit... Les "Ogres"
de Léa Fehner ont bien de l'appétit de vivre. Quitte à écrabouiller leurs proches, sommés de participer coûte que coûte au spectacle.

Une enfant de la balle

La caméra s'attarde souvent sur les gamins de la troupe, et ce n'est pas un hasard : Léa Fehner est une enfant de la balle. Elle a grandi dans le giron du théâtre itinérant de papa et maman, l'Agit créé il y a 25 ans à Balma. Ses parents jouent d'ailleurs dans le film le rôle du patriarche et de sa femme.
"C'est un film qui est inspiré de la façon dont j'ai grandi, avec l'envie de retranscrire un souffle plutôt que d'être exact avec une réalité", explique-t-elle. "Mes parents ont décidé dans les années 90 de tenter cette aventure-là, de se dire on prend les chapiteaux, on prend les caravanes, on prend les enfants et on va sur les routes amener le théâtre là où il n'y en a pas."
A l'adolescence, c'est la rupture: "le panache, la flamboyance de ces personnages prenaient beaucoup trop de place pour que moi j'arrive à grandir et je me suis mise à distance".

Un premier film couronné du Prix Louis-Delluc

Après des études de cinéma à la Femis, Léa Fehner signe un premier film remarqué en 2009.  "Qu'un seul tienne et les autres suivront" sera couronné du couronné du Prix Louis-Delluc cette année-là. "C'était un film sombre, grave. On a besoin aujourd'hui d'autre chose, d'être lucide sur le monde mais de faire des histoires avec de l'énergie, violentes, gaies", dit-elle.

2h30 d'énergie touffue et généreuse

Léa Fehner est généreuse, et son film aussi. Pendant 2h30, elle y traque avec justesse les états d'âme de chacun dans cette communauté où l'intime est exposé au regard de tous. Rien n'est caché, même aux yeux des enfants : amours et histoires de fesses, bagarres homériques. Un excès qui sue la vie par tous les pores, même -et surtout- lorsqu'il est question de la mort d'un enfant de leucémie.

Une utopie fragile

Les comédiens, dont les parents (François Fehner et Marion Bouvarel) et la soeur de Léa Fehner Inès, sont pour partie issus du théâtre et pour partie du cinéma (Marc Barbé). "J'avais cette ambition d'essayer de faire troupe avec des gens qui viennent de partout. C'était une espèce d'utopie fragile et poétique d'essayer de rassembler des gens qui n'ont rien à voir les uns avec les autres".
Adèle Haenel incarne avec sa solidité habituelle le rôle de la jeune Mona, alias "microbe", enceinte jusqu'au cou de l'incertain "Monsieur Déloyal" (Marc Barbé). "J'ai embarqué Adèle parce que c'est une comédienne complètement incroyable et que ce personnage de gamine mélangeait des choses terriblement difficiles à incarner, d'insolence et de coté solaire, de grande sagesse et de grande immaturité en même temps. Et ça, Adèle, avec son côté très puissant, était capable de l'incarner".
Contactée pour le film avant le succès des "Combattants" qui lui a valu le César de meilleure actrice, Adèle Haenel a été séduite par l'ambiance de troupe qui émane du film.

Voir ici la bande-annonce du film :


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