AZF : commémoration en ordre dispersé à Toulouse du 13 ième anniversaire de la catastrophe

La commémoration autour du Mémorial dédié aux victimes / © Stéphane Compan/France 3 Midi-Pyrénées
La commémoration autour du Mémorial dédié aux victimes / © Stéphane Compan/France 3 Midi-Pyrénées

13 ans après la catastrophe d'AZF, de nouvelles commémorations se sont souvenues, toujours sur fond de divisions, des 31 morts, des 2500 blessés et de la ville de Toulouse ravagée par l'explosion de l'usine 

Par VA.

21 septembre 2001, 10h17, une terrible explosion, ressentie à des dizaines de kilomètres à la ronde, détruisait entièrement l'usine AZF (AZote Fertilisants, filiale de la société Grande Paroisse, elle-même filiale du groupe Total) et ravageait la ville de Toulouse. Avec un bilan humain (31 morts, 2500 blessés) et matériel très lourd.

Pour le 13 ième anniversaire, un nouveau mémorial, dédié au passé industriel de l'usine soufflée par l'explosion, a été inauguré dimanche matin. Mais les commémorations ont de nouveau été marquées par les divergences sur les causes du désastre. Sur fond de divisions persistantes entre les associations de sinistrés et l'industriel.

Le reportage de Stéphane Compan et de Denis Hémardinquer :

La commémoration du 13 ième anniversaire


Au cours de la cérémonie officielle, le maire de la ville Jean-Luc Moudenc (UMP) a lui-même fait allusion aux "divisions" entre les familles de victimes, les sinistrés et les anciens salariés du complexe chimique, appelant à "refuser l'antagonisme des mémoires".

Comme à l'habitude, les commémorations se sont déroulées en ordre dispersé. D'un côté, les anciens salariés de l'usine autour d'une stèle et des deux postes de gardes reconstitués de l'usine. Plus loin, les associations de sinistrés autour du mémorial dédié aux victimes sur ce qui est désormais devenu le site de l'oncopole.


En 2012, la justice a conclu que l'explosion avait été causée par un accident chimique provoqué par le mélange de deux produits incompatibles, rendu possible par les négligences de l'industriel. Le directeur de l'usine Serge Biechlin et la société Grande Paroisse ont été jugés coupables d'homicides involontaires, en raison de manquements dans la gestion des déchets. La cour d'appel de Toulouse a condamné Serge Biechlin à trois ans de prison, dont deux avec sursis et à 45.000 euros d'amende, Grande Paroisse à 225.000 euros d'amende.

Aujourd'hui, Serge Biechlin et le groupe Total contestent encore cette décision. Et leur recours doit bientôt être examiné par la Cour de cassation, le 30 octobre.

En tant que lieu de mémoire, le site de l'explosion lui-même reste l'objet de très vifs débats. Des familles de victimes demandent que les décisions de justice condamnant l'industriel y soient mentionnées. D'anciens salariés refusent farouchement cette idée.

Dimanche, deux petits bâtiments ont été inaugurés, à l'emplacement des anciens postes de garde qui marquaient l'entrée de l'usine. L'un d'eux est destiné à devenir le siège de l'association "Mémoire et Solidarité", dirigée par Jacques Mignard, un ancien "animateur sécurité" de l'usine, qui a souvent
adopté des positions proches de Total.

Jacques Mignard réclamait depuis des années ce "mémorial de l'usine", comme "un témoignage de ces années où des dizaines de milliers de Toulousains ont travaillé là, participant à enrichir leur ville". Mais il refuse "catégoriquement" que les condamnations prononcées par la justice puissent être un jour évoquées sur le site.

"On ne sait toujours pas ce qui s'est passé le 21 septembre et on conteste vivement l'explication, intenable, qui en a été donnée par la justice", affirme-t-il

De son côté, le président de l'Association des familles endeuillées, Gérard Ratier, avait été invité à lire les noms de chacune des victimes, pendant la cérémonie officielle. Pour lui,

"il faudra bien qu'un jour, dans cet espace de mémoire, il y ait un rappel des décisions de justice" condamnant l'industriel, car "on ne peut pas escamoter des faits et des jugements".

Père d'une des victimes, Gérard Ratier est de ceux qui regrettent que le groupe Total lui-même n'ait pas été condamné, en tant que maison mère.

Mémoire contre mémoire... D'autres associations avaient organisé, au même moment, leur propre commémoration, à deux kilomètres de là.

"Ne laissons pas Total et la mairie enterrer la catastrophe",



avait affirmé dans un tract l'association "Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs".

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