Coronavirus : près de Toulouse, le grand "Merci" de cet agriculteur à ceux qui continuent de travailler

Applaudissements pour les soignants, entraides, dons, la solidarité s'organise et se médiatise en ville. A la campagne, elle n'est pas moins importante. Mais comment la rendre visible ? Un agriculteur haut-garonnais a trouvé une solution en traçant un grand "Merci" pour ceux qui travaillent encore. 

Un grand Merci et un cœur  tracés par Baptiste Marquié, un jeune agriculteur céréalier du Lauragais.
Un grand Merci et un cœur tracés par Baptiste Marquié, un jeune agriculteur céréalier du Lauragais. © Photo Facebook de Baptiste Marquié
Des messages façonnés dans les champs par les agriculteurs, visibles depuis le ciel, c'est devenu un classique au moment du Tour de France, avec le concours organisé par la FNSEA. Mais c'est en plein confinement, et sans retransmission sportive que Baptiste Marquié -jeune agriculteur du Lauragais- a réalisé un grand MERCI sur une parcelle pour le personnel soigant, les routiers, les agriculteurs. Son message filmé par ses propres moyens et posté sur les réseaux sociaux a été partagé des milliers de fois.

Un Merci et un grand Coeur sur 150m de long et 60m de large

C'était dimanche, j'avais moins de travail et je voulais marquer à ma façon ma reconnaissance pour ceux qui continuent à travailler. Alors, j'ai eu envie de montrer ma solidarité. J'ai mis mon drone à charger car je filme souvent mon exploitation. Je ne savais pas trop comment m'y prendre pour dessiner ce message... Je n'avais jamais fait un truc comme ça. Je m'étais dit que si ce n'était pas beau, j'effacerais tout!


Installé sur le canton de Nailloux, le vice-président des Jeunes Agriculteurs de la Haute-Garonne prend son drone, son tracteur, sa herse et s'en va accomplir son geste de solidarité. Sur une parcelle de 50ha qui ne lui appartient pas mais où il intervient comme entrepreneur agricole. "Ce champs n'est presque pas visible, sauf depuis l'autoroute. C'était pafait. Si je m'étais loupé, pas grand monde ne m'aurait vu. Ca m'a pris une bonne heure. Ce n'est pas parfait mais je suis assez content." 

Pas évident effectivement de tracer directement sur le sol, de ne pas laisser trop de traces si ce n'est celles des roues du tracteur entre chaque lettre. Encore moins facile de dessiner un coeur, creusé d'un seul trait.
 
La solidarité qui s'étale sur 150m de long et 60m de large. Le message est aujourd'hui effacé sur ces terres lauragaises, par le vent, le sol séché et le semis de tournesol qui se prépare. Entre-temps, ce jeune agriculteur céréalier bio de 32 ans a publié son oeuvre sur les réseaux sociaux. 

Quand la campagne trouve de la visibilité


Quelques heures après, les photos et vidéos trouvent vite un écho. Les commentaires fleurissent de partout et les partages nourrissent le buzz.
"On essaie de communiquer pour montrer que les agriculteurs sont toujours sur le terrain, les routiers aussi qui transportent nos produits, et bien sûr les équipes soignantes qui sont au front de cette crise du coronavirus." C'est aussi l'occasion de donner une image de solidarité du monde agricole, loin, bien loin de l'agribashing. "Depuis le début de la pandémie, on sent que les choses changent. Que les gens prennent conscience du rôle que nous avons. On se sent utile. Sans nous, l'alimentation ne serait pas la même. On a beaucoup de retours positifs. Je l'ai vu aussi avec les nombreux commentaires sur ma page Facebook" 

Jeunes Agriculteurs et FNSEA entendent communiquer sur cette période pour changer l'image des agriculteurs. Le président des JA et Christiane Lambert (FNSEA) ont même partagé le post de Baptiste Marquié sur leur prôpre site Facebook.  

C'est une fierté, une reconnaissance. Je sens que je n'ai pas fait ça pour rien.

Baptiste Marquié photographié par le drone
Baptiste Marquié photographié par le drone © Site Facebook de Baptiste Marquié


La solidarité, au-delà du message

Baptiste Marquié ne s'arrête pas là. Le 15 mars, il a été réélu conseiller municipal dans sa commune de Caignac (400 hab) au sortir d'un premier mandat. Lui et d'autres élus se sont battus pour maintenir une vie au village avec un commerce. "La Source" est une boulangerie, bar, restaurant ouvert depuis septembre dernier. "C'est un commerce de proximité qui travaille avec une dizaine d'agriculteurs locaux qui peuvent ainsi écouler leur récolte : oeufs, lait, viande, charcuterie, farine, légumes... Comme leur activité a été réduite depuis la fermeture temporaire du bar-restaurant, ils se proposent de livrer les clients. "
 

En ce moment, il manque des oeufs dans le village. Alors Baptiste a fait jouer son réseau et trouvé un milier d'oeufs. Il a aussi donné une centaine de kilos de lentilles. Chaque client de l'épicerie repart donc avec un petit sachet. "Une personne n'avait plus de grain pour ses poules. Je suis allé immédiatement lui en livrer."

Des petits gestes qui font des grandes solidarités, plus discrètes, moins médiatiques à la campagne. Mais l'entraide a toujours existé, coronavirus ou pas. C'est l'occasion de le faire savoir et de changer l'image de cette profession. "Il ne faut pas hésiter à contacter, à faire travailler les agriculteurs. J'aimerais qu'on profite de cette période délicate pour rapprocher la population des agriculteurs. Je me bats en tant qu'élu et syndicaliste pour ça. Je veux donner l'exemple pour d'autres communes". 
 
 



 
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