COVID. Les étudiants infirmiers réquisitionnés comme aides-soignants à l'hôpital de Toulouse pour 1,50 euros de l'heure

A la demande du gouvernement, les étudiants infirmiers de Toulouse sont réquisitionnés à l'hôpital comme aides-soigants pour aider à faire face à la reprise du Covid-19. Payés 1,50 euros de l'heure, ils estiment ne pas être "valorisés à leur juste valeur" et pâtir d'une formation "tronquée".

Les étudiants infirmiers de Toulouse ont été réquisitionnés à la demande du gouvernement pour des missions d'aide-soignant au CHU.
Les étudiants infirmiers de Toulouse ont été réquisitionnés à la demande du gouvernement pour des missions d'aide-soignant au CHU. © MaxPPP
Ils n'ont pas le choix. Les étudiants infirmiers de Toulouse (Haute-Garonne) sont depuis quelques jours réquisitionnés à la demande du gouvernement pour des missions d'aide-soignant au sein du Centre hospitalier universitaire.

L'objectif a été clairement indiqué dans un mail de la direction du CHU à leur attention : "Dans le cadre de la reprise de l'épidémie et des fortes tensions que connaissent les établissements de santé, les cadres des services où vous êtes affectés (CHU et hors CHU) peuvent vous solliciter sur des missions aide-soignant au regard de leurs besoins RH. C'est une contribution à la gestion de crise demandée par le ministère aux étudiants en santé et donc ce n'est pas sur la base du volontariat mais bien sur celle des besoins du terrain".
 

Une formation "tronquée"

Cette mobilisation "forcée" a du mal à passer pour plusieurs raisons. Ils ont tout d'abord l'impression qu'avec cette convocation "leur formation va être tronquée" comme l'explique Zoé Galibert, présidente du BDE des Nuits Blanches et étudiante en 2eme année de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du CHU.

Afin de mettre en pratique leurs connaissances, ces étudiants bénéficient de stages au sein des établissements de santé. Avec l'appel ministériel, une partie de ce temps va être consacrée à une mission d'aide-soignant : pour 5 semaines de stages une semaine est réquisitionné, ce laps de temps se monte à deux semaines pour 10 semaines de stage. 
 
"Pour ma part, je serais diplômé d'ici 5 mois, témoigne Chloé Viudès actuellement en 3e année à l'Ifsi, mais je n'ai pas la certitude d'acquérir tous les savoirs et la pratique auxquels je devrais avoir le droit. Sur mes 10 semaines de stage, 2 seront consacrés à du travail d'aide-soignant et non pas d'infirmière. Et surtout, nous ne sommes plus encadrés durant cette période".  L'inquiétude d'un apprentissage "au rabais" est d'autant plus grande que les cours au sein de l'institut se sont tenus, au cours de ces dernières semaines, en distanciel.

Le sentiment d'être dévalorisés

"Etre aide-soignant, ne nous pose aucun problème, explique d'emblée Zoé Galibert. A l'issue de notre première année nous avons une équivalence pour ce métier mais nous avons aussi notre formation à continuer. Nous aimerions être plus valorisés."

Pour être plus précis, obtenir un véritable contrat à durée déterminée et une rémunération digne de ce nom pour ce travail. Car dans le cadre de ces réquisitions, ces étudiants ne sont effet payés qu'un euro et cinquante centimes de l'heure. D'autant plus frustrant que lors de la première vague, ces missions se faisaient sur la base du volontariat.

Les étudiants toulousains ne sont pas les seuls dans cette situation, comme le démontre cet tweet d'étudiants parisiens.
 

Une aide grandement appréciée par les équipes

Sollicitée, la direction du CHU de Toulouse souligne que " les modalités de mobilisation des personnels soignants dans le cadre de la pandémie de Coronavirus et en particulier des étudiants en santé " est celle du ministère de la Santé.

L'établissement hospitalier souligne la "prise en compte" de ces réquisitions " pour la validation des stage pratiques et s’inscrit pleinement dans le parcours de formation de l’étudiant ".

Au total, plus de 500 étudiants de 2e et 3e année de formation en soins infirmiers doivent réaliser leurs stages. Tous ne seront pas pour autant mobilisés. Selon le CHU, "cette aide des étudiants en santé est grandement appréciée par les équipes ainsi renforcées" et s'inscrit "en complément d’une campagne importante de recrutement mise en oeuvre depuis le début de l’année avec plus de 1500 recrutements réalisés dont plus de 700 contrats d’infirmiers et aide-soignants soit une augmentation des recrutements des personnels soignants de 6% en 2020 par rapport à 2019".
 
Mais les syndicats pointent du doigt le fait que 149 postes d'aides-soignants auraient été supprimés au CHU de Toulouse depuis 2015.
 
Zoé Galibert et Chloé Viudès n'ont désormais qu'un souhait : qu'elles ne soit pas à vie celles que l'on désignera comme "les diplômées du Covid".
 
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