“Je suis devenu l'ennemi public N°1” : Farouk Ben Abbes, assigné à résidence à Toulouse, s'exprime pour la première fois

Farouk Ben Abbes (reproduction interdite) / © Citizen Films / France Télévisions
Farouk Ben Abbes (reproduction interdite) / © Citizen Films / France Télévisions

EXTRAIT VIDEO - Dans le documentaire "Ennemis publics", réalisé par Denis Robert, diffusé sur France 3 Occitanie, des hommes assignés à résidence et fichés S pour leurs liens, réels ou supposés, avec des djihadistes, s'expriment pour la première fois. Parmi eux, Farouk Ben Abbes et Kamel Daoudi. 

Par Fabrice Valery

Assigné à résidence à Toulouse où il vit avec son épouse, fiché S, sujet de milliers d'articles parus ces dernières années dans la presse, Farouk Ben Abbes n'a pas été facile à convaincre. S'installer devant une caméra, parler de lui, de son histoire, expliquer.

Finalement, il a accepté.

J'ai l'impression d'être devenu l'ennemi public N°1. Si j'accepte de témoigner devant vous, ce n'est pas parce que j'espère que justice sera faite. Je pense juste qu'il est important que ma version des faits puisse exister (Farouk Ben Abbes, extrait du documentaire "Ennemis Publics").

C'est le journaliste, écrivain et documentariste (aujourd'hui également directeur du Média), Denis Robert, qui a réalisé son interview à deux reprises, à Toulouse en juillet 2017 et à Paris en 2019.

Son documentaire est diffusé en exclusivité sur France 3 Occitanie lundi 16 septembre à 22h55, dans la case "La France en vrai". 

Pour voir le documentaire (lundi 16/09/2019 à 22h55) en direct : 

En direct sur France 3 Midi-Pyrénées

Le documentaire est une école de la patience. J'ai rencontré Farouk Ben Abbès à plusieurs reprises, sans caméra, comme les autres personnes qui apparaissent dans ce film. J'ai passé beaucoup de temps avec eux. Et puis, le fait de savoir que moi-même j'avais été mis en examen dans l'affaire Clearstream a sans doute permis de briser la glace" (Denis Robert, réalisateur "Ennemis publics")

Ce documentaire n'est pas un film-enquête sur le terrorisme. Denis Robert s'est intéressé à ce sujet parce qu'il trouve que ces hommes "sont des épouvantails que l'on secoue devant les Français à chaque attentat". 

Dans ce film, on entend donc, pour la première fois et en exclusivité, Farouk Ben Abbes donner sa "version des faits". Son enfance en Belgique, sa pratique de l'islam, son départ en Egypte, ses contacts avec les Toulousains Fabien et Jean-Michel Clainen 2007, son activisme dans la bande de Gaza...

Torturé puis acquitté en Egypte

Et puis, de retour en Egypte, il est arrêté, suspecté d'avoir participé à l'attentat du Caire du 22 février 2009, qui a coûté la vie à une lycéenne française. Il raconte dans le film qu'il a avoué sous la torture.

"Je disais oui à tout pour qu'on me laisse tranquille, qu'on ne me torture plus. Même à la question "est-ce que je connaissais Oussama Ben Laden ?" je réponds oui alors qu'il n'y a aucun lien entre moi et Oussama Ben Laden (...) En raison des incohérences entre le dossier et la présentation qu'ont fait de moi les services de renseignements, le juge d'instruction décide de me donner un non-lieu mais les services de renseignements décident de me garder en détention pendant un période de 12 mois" (Farouk Ben Abbès, extrait du documentaire "Ennemis Publics").

Accusé en France d'avoir un lien avec le premier projet d'attentat contre le Bataclan en 2010, il a obtenu un non-lieu dans ce dossier. Il a été interpellé le 18 novembre 2015, après la revendication par les Clain des attentats du 13 novembre. 

Il est assigné à résidence à son domicile à Toulouse et doit pointer trois fois par jour au commissariat. Il ne peut pas travailler et estime que sa vie est détruite.

"Je suis devenu l'ennemi public N°1" : Farouk Ben Abbes s'exprime pour la première fois


En juillet dernier, la Cour d'appel de Paris l'a condamné à 3 ans de prison pour son activité sur le site internet Ansar Al-Haqq, qui était le site djihadiste francophone de référence, à la fin des années 2000. Il a déposé un pourvoi en cassation.

Ben Abbès, Daoudi, Benyettou

Kamel Daoudi, aujourd'hui à Aurillac, est le "doyen" des assignés à résidence en France. Il a été trimbalé dans la Creuse, le Tarn, la Haute-Marne, la Charente-Maritime et maintenant le Cantal. Lui aussi a accepté de parler au réalisateur Denis Robert et de raconter son quotidien dans le film.

Son domicile aurillacois a été visé par une manifestation des Identitaires le 31 août dernier.

On entend aussi dans ce documentaire Farid Benyettou, le mentor des frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, qui, lui, a reconnu avoir fait partie des djihadistes, être "l'un des leurs". 

Revenu de l'enfer, formé au métier d'infirmier, il ne peut pas travailler. Après avoir purgé sa peine de prison, il est aujourd'hui également menacé par ses anciens "amis" islamistes.

Un document exceptionnel

"Ennemis publics" est un document exceptionnel. Denis Robert n'a pas voulu faire un film qui juge. Il essaie de répondre aux questions qu'il pose au début du film : "Qui se cache derrière ces visages ? Qui sont ces fichés S ? S'ils sont aussi dangereux pourquoi on les laisse en liberté après tout ? Pourquoi on ne les enferme pas"

Le film est aussi une critique de la machine médiatique, une analyse de la procédure judiciaire (avec également l'interview, rare, de la procureure Naïma Rudloff, cheffe du département de lutte anti-terroriste au Parquet général de Paris, et avocate générale lors du premier procès d'Abdelkader Merah en 2017.

Un document à ne pas manquer, lundi 16 septembre à 22h55 sur France 3 Occitanie et disponible ensuite en replay sur notre site internet, rubrique "La France en vrai". 



1. Membres de la cellule d'Artigat, en Ariège, proches des frères Mohammed et Abdelkader Merah ainsi que de Sabri Essid, les frères Jean-Michel et Fabien Clain ont ensuite quitté Toulouse et la France pour intégrer les rangs de Daesh ; "voix" des revendications des attentats du 13 novembre 2015, ils ont été tués par des frappes de la coalition anti-Etat islamique au début 2019. 

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