Des premières études à la mise en service, plus de 20 ans pour amener le TGV à Toulouse

Phoot d'illustration / © MaxPPP
Phoot d'illustration / © MaxPPP

L'accouchement de la futur ligne à grande vitesse (LGV) est laborieux. Les premières études datent de 2002. La mise en service prévue au mieux en 2024. Entre-temps, des soubresauts, des interrogations et depuis samedi un feu vert du gouvernement. Mais il reste beaucoup à faire.

Par Fabrice Valery

Après le feu vert donné samedi 26 septembre par le gouvernement à la réalisation des LGV entre Bordeaux et Toulouse et entre Bordeaux et Bayonne, c'est l'occasion de faire un point sur l'histoire (chaotique) de la mise en route d'une ligne grande vitesse vers Toulouse et sur le calendrier (encore long) de cette épopée ferroviaire. Car il reste encore beaucoup d'étapes décisives à franchir. 

2002 : premières études de faisabilité

Alors qu'aucun coup de pioche n'a encore été donné en 2015, cela fait déjà 13 ans que les premières études ont démarré. Car c'est en 2002 que Réseau Ferré de France (RFF) lance les premières études préliminaires d'une LGV Tours-Bordeaux puis Bordeaux-Toulouse. On envisage déjà les dessertes intermédiaires d'Agen et Montauban. La date de 2020 pour son entrée en service est alors évoquée

2005 : fin du débat public​

Un consensus général se dessine notamment parmi les élus locaux et régionaux. Il faut d'une part désengorger l'aéroport de Toulouse et d'autre part rapprocher la capitale régionale de Paris. Mais les oppositions commencent aussi à se faire entendre : même si le tracé n'est pas encore connu, dans les secteurs (sud-Gironde, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, nord Haute-Garonne) traversés par la future LGV, riverains et élus locaux s'inquiètent. Des interrogations apparaissent aussi quand au coût et à la rentabilité de la ligne. 

2006 : RFF poursuit les études

En avril 2006, Réseau Ferré de France décide de poursuivre les études. Agen et Montauban auront chacune une nouvelle gare alors que Bordeaux et Toulouse seront desservies grâce à leur gares "historiques", Saint-Jean et Matabiau.

2007 : financement des études

Les collectivités territoriales et locales de Midi-Pyrénées acceptent de financer pour moitié les études plus complètes lancées par RFF.

2008 : Toulouse à 2h55 de Paris ?

La SNCF annonce que les TGV circuleront à 360 km/h en vitesse commerciale sur la future ligne. Toulouse ne serait donc plus qu'à 2h55 de Paris contre 5h35 actuellement. Quelques années plus tard, on s'accorde sur un trajet à 320 km/h et une durée de 3h10 pour joindre les deux villes. 

2009 : le projet remis en cause ?

Le GPSO (Grand projet sud-ouest) qui est divisé en deux (Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Bayonne jusqu'à la frontière espagnole) connaît un coup d'arrêt avec les oppositions sur cette partie vers le Pays Basque. Les contestations sont nombreuses et c'est tout le projet sud-ouest qui pourrait être remis en cause.

2012 : le gouvernement veut rassurer

Mais début 2012, Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre des Transports, affirme que la ligne à grande vitesse de Bordeaux vers l'Espagne et vers Toulouse se fera. Elle essaye ainsi de rassurer les collectivités territoriales qui menacent de suspendre leur financement.

2013 : le tracé dévoilé​

Après avoir inscrit la LGV Bordeaux-Toulouse dans la liste des projets prioritaires, malgré les restrictions budgétaires, le gouvernement, par la voix de Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux Transports, dévoile le tracé définitif en avril. La ligne à grande vitesse entre Toulouse et Bordeaux doit être réalisée à l’horizon 2024. L'enquête publique est lancée fin 2014.

2015 : avis négatif des enquêteurs

La décision tombe comme un couperet qu'applaudissent les opposants au projet et qui déroutent ceux qui y sont favorables : en mars 2015, la commission d'enquête remet son rapport avec un avis négatif. Cet avis n'est que consultatif.

2015 : le gouvernement passe outre

Car le dernier mot revient au gouvernement. A 2 mois et demi des élections régionales, il confirme le samedi 26 septembre 2015 que le GPSO se fera et donne son feu vert au lancement des travaux. 

Et maintenant ?


Fin 2015 : révision des plans d'occupation des sols

Le feu vert donné par le gouvernement concerne la poursuite de l'instruction de la Déclaration d'Utilité Publique. Dans la foulée, les communes traversées vont pendant deux mois être consultées sur la modification de leur plan d'occupation des sols. 

Printemps 2016 : au tour du Conseil d'Etat

C'est ensuite au Conseil d'Etat et à sa section travaux publics de se saisir du dossier pour avis, sans doute au printemps 2016.

Avant le 8 juin 2016 : l'étape décisive de la DUP

La loi prévoit que la déclaration d'utilité publique doit être prise par le gouvernement au maximum 18 mois après la clôture de l'enquête publique. Cela devra donc se faire avant le 18 juin 2016.

Jusqu'en 2018 ou 2019 : poursuite des études

Pour ce type de grand projet, la phase d'études après la DUP est encore longue. Calage final du tracé, procédures complémentaires (loi sur l'eau, espèces protégées, défrichement), on estime chez SNCF Réseau (ex-RFF) que cette phase peut prendre deux à trois ans.

Conjointement : la recherche des financements

Dans la même période, les financeurs du projet devront se mettre autour de la table pour trouver un accord rapide et ne pas retarder ainsi le chantier. Il faudra choisir le mode de réalisation : financement public-privé, maîtrise directe, concession. Ce travail est fastidieux et très politique... et prend du temps ! Pour exemple, sur le tronçon Tours-Bordeaux, les deux DUP ont été prises en 2006 et 2009 mais la convention de financement n'a été signé qu'en 2011 !

2019 : début des travaux ?

Si rien ne vient à nouveau bloquer la machine, les travaux pourraient débuter sur le tronçon Bordeaux-Toulouse courant 2019.


2024 : mise en service "au mieux".

La durée du chantier n'est pas encore totalement estimée, mais elle pourrait être de 5 ans. Dans ce cas, l'arrivée à Toulouse-Matabiau du premier TGV empruntant la nouvelle ligne pourrait avoir lieu courant 2024. "Au mieux", indique-t-on prudemment chez SNCF Réseau ! Comprenez : si aucun blocage politique, aucun recours, ne bloque le dossier.
2024, ce sera 22 ans après les premières études.

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