Les festivals indépendants d'Occitanie vont-ils disparaître ?

Le festival pause Guitare à Albi est l'un des dernier festival indépendant d'envergure d'Occitanie / © Maxppp Jean-Marie Lamboley
Le festival pause Guitare à Albi est l'un des dernier festival indépendant d'envergure d'Occitanie / © Maxppp Jean-Marie Lamboley

Les festivals indépendants d'Occitanie sont-ils danger ? Entre la hausse des coûts et le rachat de plusieurs événements musicaux par des grands groupes, les festivals indépendants locaux sont actuellement en danger. Aucune véritable solution n'est aujourd'hui proposée. 

Par Sylvain Duchampt

Le festival albigeois Pause Guitare vient de dévoiler les noms des premiers artistes de son édition 2020 et l'affiche est belle : Iggy Pop, Angèle, Mika, Christophe Maé, Supertramp, Francis Cabrel, Alain Souchon.

Le créateur de l'événement, Alain Navarro a de quoi être heureux et pourtant :

Tous les festivals indépendants sont dans le rouge. Si l'on continue comme cela nous allons droit dans le mur

Hausse des coûts, raréfaction du bénévolat, la concentration croissante

Les principales difficultés rencontrées actuellement par les festivals indépendants sont connues. "Il y a la baisse des subventions publiques, en premier lieu, explique la sénatrice de Haute-Garonne et présidente du groupe d’études arts de la scène, de la rue et festivals en régions, Françoise Laborde (Mouvement radical / social-libéral) puis la hausse des coûts de sécurité, sans oublier la raréfaction du bénévolat et enfin, la concentration croissante du secteur de la musique, à la fois verticale et horizontale."

Le 18 novembre dernier, le Sénat a d'ailleurs organisé un colloque sur ce sujet.

Le phénomène se traduit notamment par le rachat de festivals indépendants par de grands groupes. Dans le sud-ouest, Vivendi a acquis en 2017 "Live au Campo" à Perpignan (11.000 festivaliers), les "Déferlantes" à Argelès (70.000) en 2018, et cette année "Garorock" à Marmande (160.000), qui sera décliné en version hiver à Bordeaux.
Pause Guitare à Abi a lui aussi reçu une offre que son créateur a refusé. 
 
  
Fervent défenseur de son indépendance, Alain Navarro est lucide sur la fragilité de son rendez-vous musical : "Nous avons un taux de remplissage entre 90 et 100 % mais nous sommes juste à l'équilibre. Il y a eu une forte augmentation de certains coûts comme la sécurité ( de 45 000 à 150 000 euros) mais aussi l'accueil des artistes. Pour ces derniers, notre budget artistique est passé de 750 000 euros à 1.9 million en 5 ans".

Pause Guitare a dû changer de scène trois fois au cours des dernières années car les chanteurs et musiciens sont aussi de plus en plus exigeants "Comme toutes les images sont désormais sur les réseaux sociaux, les artistes ont peur d'être immédiatement sanctionnés. Ils veulent une scène équivalente à Zénith en festival.

Appauvrissement de l'offre artistique

La seule solution pour continuer à accueillir des têtes d'affiches et permettre au festival de survivre. Mais cette option a un revers : le prix des places a en parallèle augmenté de 15 %.

Françoise Laborde déplore le manque de véritables éléments d'informations pour évaluer la situation et le fait que des grands groupes privés, propriétaires de ces festivals, puissent faire appel aux bénévoles :

Dans ce contexte, si le phénomène de concentration nous inquiète, c’est parce qu’il comporte un risque d'appauvrissement de l'offre artistique. Les logiques de rentabilité sur lesquelles elle se fonde sont susceptibles de conduire à une uniformisation de l'offre autour des artistes considérés comme « mainstream » et à la disparition des écritures audacieuses et des esthétiques les plus fragiles. (...) La concentration pourrait, enfin, fragiliser l’objectif de démocratisation culturelle et de développement des territoires, auquel les festivals contribuaient jusqu’ici, compte tenu de la hausse des tarifs des billets.

L'effet pervers des subventions

"Il faut se rendre compte qu'en France le prix d'un billet pour un festival va être de 45 euros là où partout ailleurs en Europe, en Espagne ou en Angleterre, le tarif va être de 120 euros, souligne Alain Navarro. Nous sommes hyper subventionnés et cela provoque un effet pervers : nous n'avons pas la marge pour faire payer le tarif réel. La seule variable d'ajustement qu'il nous reste c'est donc le taux de remplissage."

Avec 200 autres dates concurrentes, impossible par exemple de refuser de payer un artiste même si sa prestation atteint les 200 000 euros. "Les grands groupes profitent de notre fragilité mais notre salut passera par le public qui doit être plus intelligent, plus participatif, conclut Alain Navarro. Il va falloir lui expliquer qu'il doit mieux "consommer" de la musique en festival." 
 

Sur le même sujet

toute l'actu musique

Les + Lus