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Incendies de Millas, Fabrezan, Beaulieu : les forêts d'Occitanie renaîtront-elles de leurs cendres ?

L'incendie de Millas (Pyrénées-Orientales) du 16 juillet 2019 / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan
L'incendie de Millas (Pyrénées-Orientales) du 16 juillet 2019 / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan

Après les violents incendies de l'Aude, des Pyrénées-Orientales et de l'Hérault, qui ont détruit plusieurs centaines d'hectares, comment faire renaître ces forêts détruites ? Se régénèreront-elles d'elles-mêmes ? Comment l'Homme peut-il les y aider ? Des chercheurs ont travaillé sur ces questions.

Par Valérie Luxey

Les forêts peuvent-elles renaître de leurs cendres et si oui, combien de temps cela prendra-t-il ? Ces questions se posent après les incendies de ces derniers jours qui ont détruit une centaine d'hectares à Millas (Pyrénées-Orientales), 200 hectares de végétation entre Galargues et Beaulieu (Hérault) et 300 hectares à Fabrezan (Aude). Des scientifiques ont étudié ces dernières années ces phénomènes.
 
Arbres incandescents après un incendie à Millas (Pyrénées-Orientales) / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan)
Arbres incandescents après un incendie à Millas (Pyrénées-Orientales) / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan)
 

Au moins 50 ans pour que l'écosystème se régénère


De 2005 à 2008, les chercheurs du programme IRISE ont ainsi pu établir que ce n'est pas un feu isolé qui détruit la forêt, mais la trop grande fréquence des incendies. Ce projet pluridisciplinaire, qui a réuni 3 organismes de recherche (l'Irstea, le CNRS et l'INRA) et 3 universités d’Aix-Marseille et de Lyon, a mis en évidence les différentes phases de régénération des forêts après un incendie :
 
  • Il faut 15 à 20 ans pour que les sols retrouvent leurs paramètres physico-chimiques d'avant l'incendie.
  • Il faut 50 ans pour une régénération globale de l'écosystème sol/flore.
  • Il faut 150 à 200 ans sans feu pour que le stock de carbone dans le sol augmente à nouveau fortement et que la composition de la végétation recommence à s'enrichir.


Un phénomène fatal : le "quatrième feu"


Mais ce processus reste fragile. Les scientifiques qui précisent :
 

Il suffit d’un seul feu pour interrompre ce processus de restauration, sans toutefois compromettre la capacité de régénération à long terme. Cette dernière n’est pas non plus affectée par 1 ou 2 feux supplémentaires en 50 ans. Mais un 4ème feu sur cette période peut être fatal, ou 2 incendies très rapprochés dans le temps, à moins de 10 ans d’intervalle.


Car à ce seuil du "quatrième feu", les chercheurs ont constaté que les espèces se raréfient, notamment celles vitales pour le fonctionnement de l’écosystème forestier. Le stock de matière organique et sa qualité diminuent aussi.


Renforcement de l'effet de serre


La conséquence de cette fragilisation de la forêt, c'est qu'elle n'est plus en mesure de jouer son rôle de puits de carbone. Et ce, alors même que ce rôle est crucial à l'heure où l’incendie provoque l’émission d'une grande quantité de dioxyde de carbone. Résultat, l’effet de serre s'en trouve renforcé.
 
Arbres calcinés à Millas (Pyrénées-Orientales) après l'incendie du 16 juillet 2019 / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan
Arbres calcinés à Millas (Pyrénées-Orientales) après l'incendie du 16 juillet 2019 / © Joan Lopez, France 3 Occitanie/Pays Catalan
 

La forêt victime du changement climatique qui conjugue incendies et sécheresse 


Un phénomène encore aggravé si un incendie survient après une période de sècheresse prolongée qui a déjà fragilisé le milieu. On estime que 4 ans de sécheresses successives constitueraient le seuil critique de la résistance de la forêt au feu. Ainsi, le changement climatique, qui intensifie cette conjonction de feux et de sécheresses, rend les forêts plus fragiles que jamais.


2010 à Fontanès : un feu de forêt historique


A l'appui de cette étude, l'un des exemples les plus frappants de ces dernières années en France est celui de l'incendie de Fontanès, dans l'Hérault, qui a détruit 2544 hectares le 30 août 2010, dont 90% de forêt méditerranéenne. Le site avait déjà connu des incendies de grande ampleur en 1970 et 1989 dans un même couloir. Après le 3ème sinistre de 2010, le constat était édifiant :
 
  • Destruction de la strate arbustive au niveau du feuillage, du tronc et des racines,
  • Erosion et appauvrissement du sol,
  • Destruction des paysages,
  • Disparition de la faune.


Surmortalité des arbres survivants dans les 2 ans suivant l'incendie


Dans les 2 ans qui ont suivi ce feu de forêt, le plus important dans l'Hérault depuis 1973, la mortalité accrue des arbres qui n'avaient pas brûlé lors de l'incendie a été accrue (on estime que si 50% du feuillage est vert après le feu, on peut espérer que l’arbre repartira).


Des pistes d'actions humaines pour aider la forêt à se régénérer


L'action de l'être humain, si elle paraît limitée, peut toutefois aider la forêt à se régénérer après un incendie. En premier lieu, il convient de maîtriser les risques d’érosion du sol, en réalisant des fascines (fagots de branches qui filtrent les éléments terreux et freinent le ruissellement) sur de fortes pentes.


Maîtriser l'érosion et réaliser des coupes


La préconisation est ensuite de couper les arbres fatigués et de surveiller ceux qui sont mutilés ou affaiblis. Les scientifiques du programme IRISE précisent :
 

Les zones ayant été soumises à plusieurs incendies récents, qu’un feu pourrait dégrader irrémédiablement, sont à considérer en priorité, en regard des forêts n’ayant pas brûlé depuis plusieurs dizaines d’années, plus résilientes.


Prévoir l'avenir et en diversifiant les essences


En matière de prévention des incendies à venir, les chercheurs préconisent aussi un éclaircissement, un rajeunissement et une diversification des peuplements d’arbres au profit de jeunes plants pour éviter la compétition entre individus et éliminer les vieux spécimens, plus sensibles et moins adaptables aux changements.


33% du territoire de l'Hérault couverts de forêts


Enfin, plutôt qu'un reboisement artificiel relativement cher et au résultat aléatoire, mieux vaut privilégier la régénération naturelle de la forêt. A titre indicatif, dans l'Hérault, la forêt couvre 33% du département , soit 202.000 hectares.
 

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