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Il y a 38 ans, la danse faisait ses premiers pas à Montpellier. Depuis, la passion de la ville pour l’art chorégraphique n’a jamais cessé. Aujourd’hui, la scène de Montpellier en fait rêver plus d’un.

 

Montpellier, le rêve pour les jeunes danseurs

Dans le studio Maurice Fleuret, à l’Agora de Montpellier, huit danseurs répètent « Danser Casa », ce mercredi de juin. Une œuvre tout droit venue de Casablanca qu’ils présentent samedi dans le cadre du festival Montpellier Danse. La première française.

Parmi eux, Stella, elle est la seule fille de la troupe de « Danser Casa ».
 

On espère pouvoir danser sur toutes les scènes du monde après Montpellier 

confie Stella, à la fin de la répétition

Elle, vient du Congo et comme 200 autres danseurs, elle a passé l’audition organisée par Mourad Merzouki et Kader Attou à Casablanca au Maroc. Danser sur la scène de Montpellier, elle en rêvait !
En tout, huit danseurs ont été sélectionnés pour faire partie de l’aventure.

« C’est un vrai défi d’être ici, car ce sont de jeunes danseurs et nous sommes dans un grand festival, j’espère en tout cas que ce spectacle pourra toucher et le public et les professionnels. » confie Mourad Merzouki, le chorégraphe.
Au milieu, Stella Keys la seule danseuse de la troupe de Kader Attou et Mourad Merzouki  / © Danser Casa © Yoriyas / © Guillaume Mollé
Au milieu, Stella Keys la seule danseuse de la troupe de Kader Attou et Mourad Merzouki / © Danser Casa © Yoriyas / © Guillaume Mollé


Être ici à Montpellier, un rêve pour ces danseurs étrangers, mais pas seulement. A Toulouse aussi, la scène de Montpellier fait rêver. Sylvain Huc est un chorégraphe toulousain et il participe au festival pour la première fois avec la pièce "Sujets". Il a été repéré deux ans plus tôt par Jean-Paul Montanari, le directeur de Montpellier Danse lors du festival d’Avignon.
Montpellier Danse : interview du chorégraphe Sylvain Huc
Pour son premier Festival Montpellier Danse, le chorégraphe toulousain Sylvain Huc s'exprime sur l'image qu'il avait de ce rendez-vous de la danse à Montpellier - France 3 LR - Isabelle Petit-Felix et Joane Meriot

« Je ne rêvais pas à Montpellier Danse, car ça me semblait inaccessible. J’avais l’image d’un festival avec des grosses compagnies, des gros projets. Évidemment, être ici cette année, c’est une opportunité pour moi. C'est être visible pour de nombreux professionnels nationaux et internationaux auxquels je n’aurais jamais pu me montrer. »

Un passage important, pour les danseurs du monde entier. A Montpellier Danse aujourd'hui, plus de 300 professionnels viennent choisir des spectacles pour les programmations des plus grands festivals et scènes du monde.
 
La pièce "Sujets" du chorégraphe danseur toulousain Sylvain Huc est présenté au festival Montpellier Danse 2018 / © Erik Damiano
La pièce "Sujets" du chorégraphe danseur toulousain Sylvain Huc est présenté au festival Montpellier Danse 2018 / © Erik Damiano

 

Pourquoi la scène montpelliéraine ?


La première scène de ce grand spectacle, qui dure depuis presque 40 ans maintenant, se déroule à la fin des années 70. Avant, la danse à Montpellier ça n’existait pas.

Tout part, en 1979, d’un spectacle de Dominique Bagouet, figure de la danse contemporaine française présenté au théâtre municipal, aujourd’hui appelé l’Opéra Comédie. C’est après avoir vu ce spectacle que le maire de Montpellier de l'époque, Georges Frêche va voir Dominique Bagouet et lui demande de s’installer à Montpellier et diriger le tout nouveau centre chorégraphique régional.
Il a en tête de fonder un festival d’été. Quelques mois plus tard, en juin 1981, la première édition de Montpellier Danse voit le jour.

A l’époque déjà, l’ambition du festival est clairement affichée. 
Archives Montpellier Danse 1981 : interview Dominique Bagouet
Dominique Bagouet revient devant nos caméras sur l'ambition qu'il a pour le festival Montpellier Danse - France 3 LR

"Ce premier festival va essayer de couvrir un maximum de grandes lignes de la danse en général, de la danse classique, traditionnelle, contemporaine. On veut que le succès du festival se fasse grâce à cette multitude de choses, de disciplines représentées, confie Dominique Bagouet, lors du lancement du 1er festival de Montpellier Danse en 1981."

Un an plus tard, lors de la deuxième édition du festival en 1982, Montpellier concurrence déjà d’autres rendez-vous de la danse comme Chateauvallon.
Archives Montpellier Danse 1982 : le bilan positif du second festival


A l’époque Bagouet, Frêche et moi, on voulait faire de Montpellier, une capitale de la danse

confie Jean-Paul Montanari, directeur du festival depuis 1983

Pour lui, il faudra tout de même dix ans pour que la « machine Montpellier Danse » soit reconnue dans le monde entier.
Jean Paul Montanari directeur de Montpellier Danse
Jean Paul Montanari, directeur du festival Montpellier Danse revient sur l'histoire du festival qu'il dirige depuis 38 ans. - France 3 LR - Isabelle Petit-Felix et Joane Meriot
Montpellier Danse : dernières répétitions pour les danseurs de Mourad Merzouki et Kader Attou
Kader Attou et Mourad Merzouki présentent «Danser Casa» au public de Montpellier Danse du 23 au 25 juin 2018. Un ballet pour huit danseurs de hip hop, sept garçons et une fille originaires du Maroc. Reportage dans les coulisses lors de la répétition générale. - France 3 LR - Joane Mériot

 

Le festival ouvre sa scène au hip-hop

Fort de ses 10 ans d’existence, le festival Montpellier Danse opère un changement dans les années 90. 

"En 1991, je suis parti avec un tiers du budget du festival et je suis allé à la Paillade pour faire des ateliers, pour faire plein de choses. A cette époque, on avait compris qu’il y avait un réel enjeu politique et culturel," confie Jean-Paul Montanari. 

Cette année-là, le hip-hop est présenté au festival. Notamment avec le groupe MCR, Mega Cool Rap, issu du quartier de la Paillade, la banlieue de Montpellier.

Le but est d'amener la danse et la culture là où il n’y en avait pas. 
Archives Montpellier Danse 1993 : reportage sur le groupe de rap MCR
Le groupe de rap "Mega Cool Rap" originaire de la Paillade en partenariat avec le chorégraphe américain Doug Elkins se produit sur la scène de Montpellier Danse - INA / archives reportage France 2

Deux ans plus tard, deux jeunes du hip-hop lyonnais seront invités à Montpellier Danse pour évoluer place de la Comédie : Kader Attou et Mourad Merzouki. 

« Notre première fois à Montpellier Danse, c’était en 1993. A cette époque, on rêvait la danse, et surtout on rêvait de passer de l’autre côté de la porte du théâtre et de partager notre danse avec le plus grand nombre. Si le festival ne nous avait pas fait confiance à l’époque, on n’en serait pas là, donc je salue la prise de risque de Jean-Paul Montanari, et de toute son équipe. »

Aujourd’hui, Mourad Merzouki est à la tête du centre chorégraphique de Créteil. Il est une figure incontournable du hip-hop français et a contribué à amener cette danse de la rue sur la scène. Pour le Festival 2018, il monte avec son acolyte Kader Attou la chorégraphie " Danser Casa " avec huit jeunes danseurs venus du Maroc.


« Être au festival de Montpellier, c’est s’exposer et cela a forcément des répercussions sur nos projets. Cela nous encourage, c’est précieux de sentir que l’on nous fait confiance, que l’on nous ouvre des portes, comme n’importe quel autre style de danse. Ce qui s’est passé en France est totalement singulier. Dans le reste du monde, le hip-hop n’est pas aussi épanoui. En France, on a eu la chance que l'institution nous ouvre ses portes. »
Montpellier Danse : Mourad Merzouki s'exprime sur l'importance du festival
 
Aujourd'hui, Mourad Merzouki et Kader Attou reproduisent à l'identique ce que l'institution Montpellier Danse leur a offert en donnant la chance à ces huit danseurs de rayonner au niveau international.
 
La compagnie La grand jeté le mercredi 28 juin 2017 dans le cadre du festival Mouvements sur la ville / © Isabelle Bris/France 3 LR
La compagnie La grand jeté le mercredi 28 juin 2017 dans le cadre du festival Mouvements sur la ville / © Isabelle Bris/France 3 LR


 

Le monde de la danse à Montpellier et son rayonnement

En même temps que le festival évolue, petit à petit, de nombreux chorégraphes s’installent à Montpellier. Et de nombreuses compagnies de danse voient le jour. 

« Si vous cherchez un peu, il y a des chorégraphes coréens, burkinabés, espagnols ou encore grecs qui vivent ici à Montpellier », nous dit Jean-Paul Montanari. 

Et c’est bien vrai. Salia Sanou, est originaire de Léguéma au Burkina Faso. En 1992 il collabore avec Mathilde Monnier, chorégraphe française à la tête du centre chorégraphique de Montpellier à partir de 1994, sur son spectacle Pour Antigone, qu’elle présente en avant-première à Montpellier Danse, en 1993. Depuis, il vit à Montpellier et a créé sa compagnie de danse, la compagnie Salia nï Seydou. Mais il n’est pas le seul.

Fabrice Ramalingom, est venu à Montpellier à la fin des années 80, il faisait partie de la troupe de Dominique Bagouet. En 1989, il participe à son tout premier festival de Danse, Montpellier Danse. Depuis, il s’y est installé et n’a loupé aucun festival. 

« Ce festival a vraiment été important dans ma carrière. J’ai fait des rencontres humaines avec des professionnels et des programmateurs aussi et donc cela m’a permis de travailler. Mais ce festival, c’est aussi la rencontre d’œuvres qui forment. »
 
Montpellier Danse : Fabrice Ramalingom revient sur l'existence du festival Montpellier Danse
"Le festival m'a permis de travailler" - France 3 LR - J.Mériot

Après la mort de Dominique Bagouet en 1992, il s’installe à Montpellier et de là il rayonne en Europe et dans le monde entier. 

De nombreux chorégraphes installés à Montpellier mènent aujourd’hui des actions hors de France et participent pleinement au rayonnent de la danse montpelliéraine. C'est le cas par exemple de l'Héraultais Didier Théron qui a reçu en décembre 2017 le premier  prix international pour sa chorégraphie Shanghai Bolero.
La chorégraphie Shangaï Boléro Triptyque " les Hommes" de Didier Théron s'est imposée comme une évidence lors de la compétition internationale de Jérusalem. / © Cie Didier Théron
La chorégraphie Shangaï Boléro Triptyque " les Hommes" de Didier Théron s'est imposée comme une évidence lors de la compétition internationale de Jérusalem. / © Cie Didier Théron


Mouvements sur la ville


En 2008,  les compagnies des danseurs chorégraphes  Didier Théron, Yann Lheureux et Héléne Cathala  unissent leurs forces et créent le festival Mouvements sur la villeEn  parallèle des dates de Montpellier Danse mais un peu plus tôt dans la journée, la programmation s'efforce de promouvoir les chorégraphes peu connus du grand public mais aussi les danseurs régionaux et internationaux.
 
Le festival Mouvements sur la ville fait danser Montpellier
La compagnie "Le grand jeté" a investi l'esplanade en face du Musée Fabre de Montpellier pour son spectacle "Turn around boy3" lors du festival "Mouvements sur la ville" le 28 juin 2017. Reportage d'Isabelle Bris.

 
Montpellier : l'Agora en images



 

L’Agora, un lieu de diffusion, de création et de formation

En plein centre de Montpellier, l’Agora abrite aujourd’hui deux associations indépendantes, qui travaillent pour le développement de la danse au sein de Montpellier : Le Centre chorégraphique national de Montpellier dirigé par Christian Rizzo, et le festival Montpellier Danse, dirigé par Jean-Paul Montanari.

Couvent puis prison, le bâtiment est acheté en 1986 par la ville de Montpellier et le festival Montpellier Danse y monte des spectacles. En 1997, la restauration d’une première partie est achevée, le centre chorégraphique national s’y installe. En 2001, la deuxième tranche de travaux est achevée, Montpellier Danse prend ses appartements dans la seconde aile de l’édifice.

En 2010, l’ensemble du bâtiment est achevé d’être restauré : l’Agora, cité internationale de la danse voit le jour, un lieu entièrement dédié à la danse et réunissant tous les aspects du travail chorégraphique : la création, la diffusion, l’accueil du public, l’accueil d’artistes en résidence, les hébergements, mais aussi la formation d’artistes.
L'Agora, cité internationale de la danse est installée depuis 2010 dans un ancien couvent restauré et situé dans le centre historique de Montpellier. / © I.Petit-Félix
L'Agora, cité internationale de la danse est installée depuis 2010 dans un ancien couvent restauré et situé dans le centre historique de Montpellier. / © I.Petit-Félix
 

Une formation : E.X.E.R.C.E


Cette cité internationale de la danse accueille aussi des étudiants en formation depuis 2011. Le master E.X.E.R.C.E est proposé en partenariat avec l’université Paul Valéry de Montpellier, et est l’unique formation de niveau master en France qui accompagne des artistes dans leur projet de danse. 
De nombreux étudiants étrangers y viennent pour étudier la danse. Aujourd’hui, certains d’entre eux se sont installés dans la ville et ont même crée des compagnies.
 

Un lieu de création : ICI


L'ICI  (Institut Chorégraphique International) installé également à l'Agora nourrit une vision transversale de la création, de la formation, de l’éducation artistique et de l’ouverture aux publics. Il permet d'accueillir des projets originaux  comme par exemple District Dansequi trois années de suite, a crée du lien social entre les habitants des quartiers Lemasson, Celleneuve et Pompignane de Montpellier grâce à la danse.

District danse , c'est un travail chorégraphique qui propose la rencontre de 3 chorégraphes avec 3 troupes de danseurs « habitants-amateurs » issues de 3 quartiers de Montpellier. Ils ont 3 mois pour préparer un spectacle de danse contemporaine et se produire sur la scène. Il se sont produits au studio Bagouet de l'ICI-CCN à l'Agora ainsi que dans les 3 quartiers Lemasson, Celleneuve et Pompignane de Montpellier.
 
Montpellier : la danse pour renforcer le lien entre les habitants
District Danse, saison 3, c’est trois troupes de danseurs « habitants-amateurs » issues de trois quartiers de Montpellier. Ils ont trois mois pour préparer un spectacle de danse contemporaine et se produire sur scène comme des pros. Reportage. - France 3 LR - Joane Mériot

District Danse a été mené trois années de suite avec les chorégraphes de la région Elsa Decaudin, Viviane Mortean, Bancal, Léonardo Monteccchia, Florie Abras et Marie Adeline Choquet, Brigitte Négro, Lorenzo Dallaï et Jéröme Hoffman.
 
Le théâtre de l'Agora avec sa scène et ses gradins à ciel ouvert à la cité internationale de la danse à Montpellier / © I.Petit-Félix
Le théâtre de l'Agora avec sa scène et ses gradins à ciel ouvert à la cité internationale de la danse à Montpellier / © I.Petit-Félix


 

Danser en région


Aujourd’hui, l'État recense 530 compagnies dans la France entière dont 145 dans la région Occitanie, ce qui en fait la région la plus dynamique en implantation de compagnie juste après l’île de France. La programmation de la 38ème édition de Montpellier Danse leur fait cette année la part belle. Exemple avec la compagnie nîmoise la Zampa qui présente sa nouvelle création "Far West" née du travail des deux chorégraphes Magali Milian et Romuald Luydlin.
 


Un artiste régional, est-ce que ça existe ?


Le festival va plus loin sur la question de l'artiste régional lors de l'édition 2018 et invite le public, les chorégraphes, danseurs et professionnels de la danse à une réflexion sur la question : Un artiste régional, est-ce que ça existe ? C'est la question que nous avons posé au danseur chorégraphe Sylvain Huc danseur, chorégraphe et directeur artistique de la Cie Divergences à Cazals dans le Lot.


Pour moi, être un artiste régional, c'est inventer des pratiques sur le territoire de cette région mais aussi des manières de s'en échapper, de les mettre en perspectives.

Sylvain Huc : danseur et chorégraphe
Danseur et chorégraphe invité au festival Montpellier Danse 2018, Sylvain Huc répond à la question : qu'est-ce qu'un artiste régional ? - France 3 LR - Isabelle Petit-Felix et Joane Meriot


Fort de ces 38 années d’expérience, le festival a réussi à s’imposer sur la scène nationale et internationale en ouvrant ses portes aux danseurs du monde entier. Mais aujourd’hui, Montpellier pourrait-elle profiter de cette expérience pour faire rayonner les danseurs de la région Occitanie ?