Coronavirus Perpignan : les assistantes maternelles entre colère et angoisse

 Illustration d'un enfant avec un masque de protection contre le coronavirus / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/Aurelie LADET
Illustration d'un enfant avec un masque de protection contre le coronavirus / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/Aurelie LADET

Ne pas devoir travailler sous la contrainte : c'est le souhait de nombreuses assistantes maternelles en ce moment, en Occitanie. Avec la crise du coronavirus, les autorités leur demandent d'accueillir jusqu'à 6 enfants sous leur toit. Une abérration pour nombre de "nounous".

Par Isabelle Bris

Alain Guarné, le président des maisons d'assistantes maternelles (MAM) des Pyrénées-Orientales, en a ras le bol!

Même en arrêt maladie (pour suspicion de coronavirus comme sa collègue de la MAM des Petits Pieds où il travaille, à Perpignan), il continue à se battre pour sa profession qui, selon lui, est particulièrement mal-menée en ce moment :
 

Nous sommes totalement oubliés de cette crise du coronavirus! affirme-t-il.
 

"Les maisons d'assistantes maternelles comme les assistantes maternelles à domicile ont reçu depuis le début de cette crise sanitaire des messages émanant des ministères, des préfectures et des PMI qui étaient totalement contradictoires. On ouvre et on ferme, le tout dans la même journée !!!"
 

Couper les MAM en deux


Les MAM qui ont une capacité d'accueil moins de dix enfants doivent rester ouvertes, quant à celles qui accueillent plus de dix enfants, les directives leur demandent de séparer le lieu d'exercice en deux. 

Une injonction qui sidère Alain Guarné qui se demande :
 

Comment fait-on dans ce cas là ? On coupe les murs des MAM en deux et on pousse ? 


Celui qui est aussi vice président de l'ufnafaam souligne par ailleurs l'angoisse avec laquelle doivent travailler les nounous à domicile car les jeunes enfants, souvent porteurs sains, peuvent devenir des vecteurs accélérateurs du virus.

Selon lui, 70% des assistantes maternelles ont plus de 50 ans et un tiers vont partir à la retraite dans les deux ans à venir. Elles constituent donc une population fragile.
 

Nous demandons d'avoir le libre choix de travailler ou pas et ce, sans sanction de la part de l'Etat ou de l'employeur. 
 

Un enfant déguisé pour le carnaval en 2018, à la MAM des Petits Pieds à Perpignan. / © MAM des petits pieds
Un enfant déguisé pour le carnaval en 2018, à la MAM des Petits Pieds à Perpignan. / © MAM des petits pieds

Rien de neuf malgré la nouvelle loi d'urgence sanitaire

La loi d'urgence sanitaire publiée le 24 mars, tout comme le premier décret, n'ont pas fait évoluer la situation, selon le site internet Top-assmat qui met à disposition des professionnels comme des parents des informations dédiées à cette l'activité.

Toutes les mesures actuellement en vigueur concernant la garde d'enfant et les MAMs restent inchangées et sont confirmées en l'état, précise le site.


Actuellement, les assistantes maternelles à domicile ont la possibilité de prendre plus d'enfants qu'en temps normal : jusqu'à 6, y compris pour celles qui ont leurs propres enfants à domicile.

On peut donc se retrouver avec 10 enfants dans notre maison...Favoriser une telle usine à virus, c'est débile ! s'exclame Agnès.

"Comment protéger notre famille dans ces conditions ?" s'interroge cette mère de 3 enfants, assistante maternelle depuis 2007 à Lunel, près de Montpellier dans l'Hérault. 

"Moi, j'ai la chance de travailler avec des parents compréhensifs et prudents : comme ils peuvent télé-travailler, ils gardent leur petit chez eux. Je garde encore un seul bébé, par solidarité, car la maman est infirmière et le père gendarme..."
  
Selon les dernières directives, les assistants maternels peuvent continuer à accueillir des enfants même si les parents n'exercent pas de métiers prioritaires.

Mais certaines nounous s'y refusent, par crainte d'être contaminées.

Selon plusieurs témoignages, certaines d'entre elles se font conspuer par les parents qui souhaient, eux, pouvoir télétravailler tranquillement sans avoir à gérer leur propres enfants et qui, par conséquent, refusent de leur payer la totalité du salaire au mois de mars.

Le maintient du salaire en question 

"A ce jour, de nombreux parents ne souhaitent pas nous placer les enfants mais redoutent de perdre les aides de la CAF et certaines assistantes maternelles ne souhaitent pas recevoir d'enfants. Dans les deux sens, parents comme assistantes maternelles se retrouvent coincés, avec la question du maintien du salaire ou pas." résume Alain Guarné, président des MAM 66.
 

On ne sait pas qui va nous payer au final, ni comment ! s'inquiète Agnès.


"On parle de 80 % du salaire en chomage partiel alors que pour les autres salariés c'est 84% ! Nous sommes comme toujours, la dernière roue du carosse.." 

Actuellement, le chômage partiel pour les professionnelles de la garde d'enfants n'est pas encore acté, même s'il a été annoncé par Pajemploi. 
 

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