Pyrénées-Orientales : le vin de Banyuls est-il menacé ?

Les vignes dominent la ville de Banyuls / © Philippe Georget/FTV
Les vignes dominent la ville de Banyuls / © Philippe Georget/FTV

Chaque année, quelques 40 ha de vignes de Banyuls disparaissent. Les vignerons n'arrivent plus à rentrer dans leurs frais à cause de la sécheresse, d'une production coûteuse et d'un vin moins à la mode. 

Par Brian Bock

Le Banyuls est un vin doux naturel. C'est une des plus vieilles appellations d'origine protégée. Connu dans le monde entier, il est très apprécié en apéritif ou en cuisine. Mais aujourd'hui, sa production est menacée par la sécheresse, un mode de production coûteux et une baisse de la consommation.

La moyenne du cru de Banyuls est de 20 hl/ha. À titre de comparaison la moyenne du cru Saint-Émilion est de 53hl/ha. Le raisin des coteaux de Banyuls est plus concentré, il y a moins d'eau et plus de sucre. Il faut donc plus de raisin pour produire une bouteille de Banyuls.

Nous avons rencontré Jean-François Deu. Il est vigneron à Banyuls depuis l'âge de 17 ans. C'est un enfant du pays, passionné par son travail. Dans un cadre magnifique, sur les hauteurs qui dominent la mer, Jean-François possède 19 ha de vignes en agriculture biologique. Aujourd'hui, il est pessimiste sur l'avenir de sa production : "Rien que sur cette parcelle de 65 ares, on a arraché 600 pieds de vigne". À cause de la sécheresse et des maladies de la vigne,  Jean-François Deu a perdu 30% de sa production cette année.

Les vignes sont vieilles, elles produisent moins

Les dégâts causés par les sangliers, et la pauvreté des sols n'ont pas arrangé sa production. 

À Banyuls, il n'y a pas de mécanisation

Les vignes de Banyuls sont cultivées en terrasse sur les coteaux pentus de la côte Vermeille. Elles font parties du paysage depuis le moyen-âge. Le mode de culture en pente ne permet pas d'utiliser des machines agricoles, il faut donc tout entretenir et vendanger à la main. Sans tracteur,  le coût d'entretien des cultures est très important pour Jean-François Deu : "Moi je travaille avec des mulets, il n'y a pas de mécanisation, cela implique beaucoup de main d'oeuvre, et la main d'oeuvre a un coût".

L'avenir du Banyuls est dans la qualité

Pour se démarquer des autres vins, les professionnels du Banyuls travaillent la qualité : "La fermentation du Banyuls est arrêtée par un ajout d'alcool d'origine vinique neutre. Les arômes sont alors exclusivement liés aux raisins cultivés à Banyuls. Ce qui fait la force du Banyuls"  pour Jauffrey Canier, directeur technique et oenologue dans un caveau à Banyuls.

On est sur une pépite, une Rolls-Royce, c'est le Porto français

Les vins liquoreux et doux naturels souffrent de notoriété comme en témoigne la diminution progressive des ventes. Selon Jauffrey Canier, il faut savoir faire reconnaitre le Banyuls malgré la baisse de consommation : "L'avenir n'est pas sur le volume, ce vin est élitiste. Il faut qu'il gagne ses lettres de noblesse".

Un excellent vin pour la cuisine

Pascal Borrel est chef étoilé à Banyuls. Il cuisine principalement ses mets de qualité avec le vin de Banyuls pour réaliser ses sauces : "C'est vraiment ce qu'il y a de meilleur pour les sauces. On n'a besoin d'aucuns additifs, de rien rajouter".

J'en mets partout, toutes mes recettes, c'est du Banyuls

Le chef Pascal Borrel cuisine de la lotte au Banyuls / © Philippe Georget/Brian Bock/FTV
Le chef Pascal Borrel cuisine de la lotte au Banyuls / © Philippe Georget/Brian Bock/FTV
Les sauces de vin Banyuls se cuisinent uniquement par réduction : "Pas besoin de beurre, ni de fumé". Une des spécialités du chef, de la lotte pêchée à Banyuls avec du vin de Banyuls.

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