Retour sur les inondations dans l’Aude en novembre 1999 : 25 morts et un disparu

Un hélicoptère des secours évacue des habitants de Cuxac-d'Aude le 14 novembre 1999 / © Pascal Pavani/AFP
Un hélicoptère des secours évacue des habitants de Cuxac-d'Aude le 14 novembre 1999 / © Pascal Pavani/AFP

Entre le 12 et 13 novembre 1999, un déluge s'abat sur le département de l'Aude. Un phénomène météorologique jamais égalé pour cette période de l'année. Le littoral, les basses plaines de l'Aude, le Minervois et les Corbières sont sous l'eau. Bilan: 25 morts et un disparu.
 

Par Ginette Sie

Une des pages les plus noires de l'histoire de l'Aude

A chaque épisode pluvieux d’intensité soutenue, le spectre des inondations de  novembre 1999 est dans tous les esprits des Audois. Les épisodes cévenols ont souvent endeuillé le Midi, comme en 1988 à Nîmes (11 morts) et en 1992 à Vaison la Romaine (37 morts).

Si le phénomène météorologique est connu, les 12 et 13 novembre 1999, l'étendue du phénomène et les cumuls de pluie enregistrés sont moins fréquents. Les relevés pluviométriques montrent des niveaux exceptionnels, avec 400 litres d'eau par mètre carré en moyenne pour la seule journée du 12 novembre. A Lézignan Corbières, les précipitations atteignent 624mm (du 12 nov. à 10h au 13 nov. à 16h).

La crue atteint des niveaux inégalés, 7,57m à Moussoulens et 6,24m à Mirepeisset sur le fleuve l'Aude et 7,27m à Lagrasse sur l'Orbieu (affluent de l'Aude). Des vagues de 7 à 8 mètres sont enregistrées sur le littoral audois.

20 ans après Marcel Rainaud, alors président du Conseil général de l'Aude, se souvient de la nuit du 12 au 13 novembre, passée sur le terrain. Dans une interview accordée au journal l'Indépendant il affirme : 

Avec le recul, je dirais que nous avions perdu la raison

Au matin du 13, l'Aude se réveille meurtrie et ruinée

Les conséquences seront lourdes, nécessitant la mise en place d'un plan orsec qui sera levé le 15 décembre 1999. Plus de 2000 hommes, membres des forces de secours, sont mobilisés sur le terrain. 1 150 pompiers, 530 militaires, 290 gendarmes et 50 policers. Plus de 4 000 personnes sont évacuées, dont plusieurs dizaines par hélitreuillage.

Sous la pression de l'eau, des embacles vont faire sauter de nombreux ponts, les emportant tels des fétus, nécessitant l'installation de ponts provisoires par les militaires du 1er REG, comme à Tuchan. Des dizaines de routes sont coupées et la ligne SNCF emportée à Villedaigne. Les habitations sont fortement touchées.

La vigne sort mal en point de cette catastrophe, près du tiers de la surface viticole a été touché. Sur 14 000 hectares que compte le vignoble, 1 000 sont détruits.
Automobile au milieu vigne inondée en novembre 1999 à Cuxac d'Aude le 15 nov.1999 / © Eric cabanis/AFP
Automobile au milieu vigne inondée en novembre 1999 à Cuxac d'Aude le 15 nov.1999 / © Eric cabanis/AFP

Signe avant coureur de la catastrophe, alors qu'on ne parlait que d'un "coup de tabac en méditerranée", le vendredi 12, dans l'après-midi, un cargo s'échoue sur la plage de Port-la-Nouvelle. Des rafales de vent à 130km/h sont relevées, cinq cargos rompent leur amarres au large du port audois et dans la nuit un marin tombé à la mer trouve la mort.
le 12 novembre 1999, suite au coup de vent, un cargo s'échoue sur la plage de Port-la-Nouvelle dans l'Aude / © Raymond Roig/AFP
le 12 novembre 1999, suite au coup de vent, un cargo s'échoue sur la plage de Port-la-Nouvelle dans l'Aude / © Raymond Roig/AFP
 

Les communes les plus touchées

En ce samedi 13 novembre 1999 l'Aude se réveille meurtrie, engloutie, dévastée. De nombreuses communes ne sont plus que des îles où les habitants attendent les secours. Les communes de Félines-Termenès, Villeneuve-Minervois, Raissac d'Aude, Canet d'Aude, Lézignan-Corbières, Névian, Villedaigne, Ferrals-les-Corbières, Coursan et Cuxac-d'Aude sont endeuillées.

Le président de la République, Jacques Chirac se rend alors à Carcassonne, au PC de crise opérationnel mais pas sur le terrain, pour ne pas géner les opérations de sauvetage. 
Le président Jacques Chirac prend connaissance des villages sinistrés au PC opérationnel de Carcassonne le 13 nov. 1999 / © GEORGES GOBET / AFP POOL / AFP
Le président Jacques Chirac prend connaissance des villages sinistrés au PC opérationnel de Carcassonne le 13 nov. 1999 / © GEORGES GOBET / AFP POOL / AFP

Villedaigne est le village martyr de cette catastrophe, resté longtemps coupé du monde après que l'orbieu soit sorti de son lit. La ligne de chemin de fer a été totalement détruite par les flots en furie.

Durban est l'un des villages les plus durement touchés. Trois vagues dont une de douze mètres ont balayé le coeur du village dans la nuit du 12 au 13 novembre et heureusement n'ont pas fait de victimes. L'alerte préventive a permis d'éviter des pertes humaines. Le pont vieux de 800 ans a été emporté par les flôts.

Lézignan Corbières a vécu l'apocalypse. Des trombes d'eau et les rivières en crue ont dévasté la ville. Trois personnes âgées y ont laissé la vie, dont la mère du maire. Lézignan sera par la suite la première commune de l'Aude à s'abonner à Predict, le système de veille météo et d'alerte.

A Sallèles d'Aude, la Cesse déferlant sur le village emporte la digue du canal et le remblai du chemin de fer de Bize, créant la vague meurtrière qui va ensuite déferler sur Cuxac et les garrigots. 446 maisons sont détériorées.

A Cuxac d'Aude, les lotissements de la commune sont frappés de plein fouet. Celui des Garrigots, point le plus bas du village est le plus touché. 600 mm d'eau sont tombés en une nuit et la digue censée protéger les  4 555 habitants s'est rompue. Dans les maisons l'eau est montée jusqu'à 2 mètres. Cinq personnes y ont trouvé la mort.
Vue arienne du lotissement des olivètes à Cuxac d'Aude le 14 nov. 1999 / © PASCAL PAVANI / AFP
Vue arienne du lotissement des olivètes à Cuxac d'Aude le 14 nov. 1999 / © PASCAL PAVANI / AFP
Dans la Vallée de l'Orbieu, Cascastel-des-Corbières  est coupé du monde. Il aura fallu attendre 48 heures pour que les premiers secours arrivent au village. Les habitants sont inquiets. Ils n'ont plus de sanitaires, les systèmes d'évacuation ont été emportés et ils craignent les épidémies.

Tous les détritus, toutes les poubelles, on va les mettre ou ?...Si dans deux ou trois jours ça continue comme ça, c'est là qu'on sentira les maladies.

La commémoration

Ces 12 et 13 novembre 2019, le département de l'Aude va commémorer cet épisode douloureux. Dans les villages sinistrés, les habitants se rappellent avec effroi ces deux jours, mais aussi la solidarité qui s'est exprimée, venue des départements voisins et d'autres plus lointains.

Et pour que cet évènement tragique reste gravé dans la mémoire collective, à Sallèles-d'Aude, une exposition de photos, articles de journaux, témoignages, retracera ce violent épisode climatique. 

 


 

Repères

35 morts sur l'ensemble des départements concernés, 26 dans l'Aude, 3 dans les Pyrénées Orientales, deux dans l'hérault.

  • 6 000 personnes évacuées dont 700 en extrême urgence,
  • 200 000 personnes touchés sur une population de 300 000 habitants environs.
  • 438 comunes sinistrées pour un total de 260 000 euros de dommages
  • 21 jours de plan Orsec
  • Coût de la reconstruction : près de 535 millions d'Euros.

Les pertes environnementales sont colossales, avec 6 000 hectares de vignes détruits. D'un point de vue structurel, pas moins de 14 ponts inutilisables après ces inondations.
 

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