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“Opposant“, “looser”, ”blagueur” : un document caricaturant les soignants du CHU de Toulouse suscite la polémique

Le personnel soignant du CHU de Purpan à Toulouse est caricaturé dans un document interne d'une médecin. / © MAXPPP / Thierry Bordas
Le personnel soignant du CHU de Purpan à Toulouse est caricaturé dans un document interne d'une médecin. / © MAXPPP / Thierry Bordas

Dans un document interne du CHU de Toulouse, une médecin préconise de déterminer les personnalités des soignants, lors des réunions de crise. "Le donneur de leçon", "le looser" ou encore "le bavard". Ces caricatures crééent la polémique, la médecin s'explique. 

Par Sylvain Duchampt et Karen Cassuto

"Gérer les participants "difficiles" durant une RMM" (revue de morbidité et de mortalité), le titre du chapitre est explicite. Il fait partie d'un rapport d'une soixantaine de pages, diffusé à une trentaine de médecins et encadrants du CHU de Toulouse, lors d'une réunion. Ce support de travail a été révélé et critiqué par le magazine Bastamag. Pour la médecin concernée, il s'agissait de donner des clés pour améliorer les prochaines RMM. 


Du "looser" au "bavard"


Lorsque survient un "évènement indésirable grave", comme le décès d'un patient, les médecins et les soignants se réunissent en cellule de crise, la Revue de mortalité et de morbidité (RMM). Lors de la réunion annuelle du 31 mai 2018, le docteur Béatrice Guyard Boileau expose les manières de "se préparer", durant ces RMM, aux soignants, "aux personnalités les plus dérangeantes pour la réunion." 

Dans sa présentation ce soir là, l'obstétricienne présente sept profils types :  
  • "Le donneur de leçon - Il sait tout, il n’aurait jamais raté le diagnostic etc : danger pour le looser +++. Ne pas le contrer, on renforce sa position. Plutôt : tant mieux si il sait, on est là pour être bon en équipe, comment peut-il aider (puisqu’il « sait ») ? Lui proposer d’emblée une tache ultérieure en tant qu’ « expert », avec un délai fixe!"
  • "Le "looser" - A été affecté par l’EIG (Evènement indésirable grave, ndlr), donc fragile. A voir avant pour rassurer. Essayer de protéger des assauts éventuels : près de vous dans la salle, contact visuel, à côté de quelqu’un de bienveillant."
  • "Le blagueur/bavard : l’occuper ?" - Même en RMM ! Ne pas l’interroger en premier, poser des questions fermées. Le mettre secrétaire pour le neutraliser, ou tout autre tâche (chercher quelque chose dans le dossier etc.) Importance du « tour de parole ». Recadrer dans le timing au nom de l’équipe « nous aimerions tous avoir un moment pour manger rapidement avant de consulter, peux-tu aller à l’essentiel ?"
  • "Le pessimiste - "Tout fout le camp, c’est même pas la peine d’essayer..." Pas de réassurance directe type « ne t’en fais pas » : reconnaitre que ce n’est pas facile. Essayer de s’appuyer sur des choses qu’il/on a réussi. Recentrer sur ce qu’on a observé pour chercher des actions positives (pas de « tache d’huile »)."
  • "Le corporatiste/syndiqué/anti-direction etc - Généralement majoritairement opposant. Essayer de faire la part entre les critiques constructives et les chicaneries (personnes, corporation, direction etc). Replacer la problématique d’équipe : « il faut être bon « ensemble »."
  • "L’opposant : il est utile malgré tout ! - Jamais d’accord. Tout peut être dit, mais ne pas tolérer un ton inadapté. Ne pas le contrer ni l’isoler, mais entendre son propos, lui faire préciser et le noter (légitimé). Lui demander de préciser (ultérieurement) les sources qui lui permettent d’avancer ce qu’il dit (permet parfois de diminuer le niveau d’intervention). Essayer de faire la part entre les critiques constructives et les chicaneries (personnes, direction, etc.). Lui demander quelles solutions il aurait à proposer."
  • "Le timide : à solliciter de façon non obligatoire - Perte d'opportunité si on le sollicite pas. Ne pas les interroger directement de façon frontale. Plutôt amorcer de façon ouverte leur apport "tu m'as parlé de ton expérience, je crois que ça serait intéressant, voudrais-tu nous parler maintenant?" Proposer une stratégie autre que verbale (faire un schéma etc.). Faire le point à la fin de la réunion."
 
En conclusion de ce chapitre, elle écrit : 
 

Importance de prendre en compte les facteurs humains dans les RMM : pour le succès de la RMM mais aussi pour le respect de chacun et de ses émotions. 


Indignation du personnel soignant


Disponible durant un moment sur l'intranet du CHU, ce document a provoqué la colère des syndicats de soignants :

" C'est un document dramatique et honteux, s'exclame l'un de leurs représentant.  Nous sommes scandalisés mais pas surpris. Nous partageons la préoccupation que tout le monde puisse s’exprimer mais il existe d’autres façons de faire comme des tours de parole par exemple pour aider les gens. Cette méthode vise à faire taire ceux qui pourraient critiquer le fonctionnement de l’hôpital ou soulever un dysfonctionnement. C’est interdit d’enfermer les gens dans des cases et c’est aussi humiliant."
 

Il existe d'autres façons de faire

 

Réponse de la médecin concernée



Le seul commentaire au tweet publié par le journaliste qui a révélé ce document, est en faveur du docteur Beatrice Guyard Boileau.
Depuis dix ans, cette médecin effectue onze réunions Revue de mortalité et de morbidité par an, dans le service maternité. Pour elle, le contexte de la réunion lors de laquelle le document qui fait polémique a été présenté, est important : "un soir, de 19h à 20h30, il y a un an". "Il s'agissait d'un topo de 10 minutes. J'ai imagé et caricaturé exprès, pour l'attrait de cette réunion tardive".
 

J'ai proposé de structurer les fois où les facteurs humains ont été un frein ou un danger à la progression de cette réunion. Mais dans 95% des cas, ces réunion se passent très bien. 


"Une fois tous les deux ans une personne, au cours de ces réunions, exprime quelque chose de dangereux pour la réunion". 

Beatrice Guyard Boileau se dit "scandalisée" par ces "interprétations". D'autant plus qu'elle est a l'origine de vidéos dont l'objectif est d'améliorer "le bien-être du personnel soignant". 

Le centre hospitalier de Purpan, lui, déplore une "instrumentalisation" de documents internes, "sortis de leur contexte". Ce n'est en effet pas la première fois que des documents fuitent à l'hôpital de Toulouse, et engendrent une polémique. 
 

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