"Un petit miracle", le fragment d’un tableau de Nicolas Tournier retrouvé et acquis par le Musée des Augustins

L’acquisition de ce fragment de 80 cm sur 90 est "un petit miracle" pour le directeur du Musée des Augustins de Toulouse, Axel Hémery. C’est la première fois qu’un éclat du chef d’œuvre de Nicolas Fournier, La Bataille de Constantin contre Maxence, est retrouvé.
 
Fragment du tableau attribué à Nicolas Tournier
Fragment du tableau attribué à Nicolas Tournier © Nye&Company

La Bataille de Constantin contre Maxence est un tableau gigantesque de 5 mètres de haut sur 6 mètres de large, il appartient au Musée des Augustins de Toulouse depuis la Révolution. C’est la dernière œuvre réalisée par le peintre, "c’est une œuvre très forte, très émouvante, c’est formellement un des chefs-d’œuvre de Nicolas Tournier" ( 1590-1639) du début du 17ème siècle.
Le tableau La Bataille de Constantin contre Maxence a été restauré en 2016 mais des manques apparaissent dans sa composition. C’est la première fois qu’un fragment qui compose l’œuvre est retrouvée, et son acquisition assez rocambolesque tient du miracle.

Un précieux fragment de tableau qui vient des Etats-Unis

L’acquisition a eu lieu le 2 septembre 2020 lors d’une vente aux enchères dans le New Jersey. C’est un collectionneur qui a alerté le directeur du musée des Augustins de Toulouse, Alex Hémery, trois jours seulement avant la vente.

Ce qui est beau c’est le suspens, souvent on prépare des achats pendant des mois sans aboutissement, ça ne marche pas à tous les coups mais de temps en temps on a des petits miracles. En deux trois jours on dénoue des problèmes, là on ne parle plus de lenteurs administratives ! J’ai eu trois jours pour réfléchir, impossible avec le covid de se rendre sur place, j’ai obtenu l’autorisation de la municipalité de Toulouse et du Ministère de la Culture en 24h, puis  j’ai participé aux enchères.  
Une chance que l’œuvre n’ait pas attiré des amateurs et que le collectionneur ait renoncé,  laissant la main au musée.

Des fragments de tableau éparpillés dans le monde

Comment expliquer qu’un fragment du tableau d’un peintre Français se retrouve dans une vente aux enchères aux Etats-Unis, 5 siècles plus tard ?
Il y a une part de mystère mais les experts expliquent qu’à cette époque, les tableaux étaient découpés et disparaissaient des musées. Rien d’étonnant pour eux, les tableaux étaient souvent en mauvais état, les marchands ou les collectionneurs peu scrupuleux préféraient les découper en petits morceaux pour les vendre en plusieurs pièces et faire des bénéfices.
 

Je l’ai acquis pour un prix très intéressant, 6000 euros, sans doute que les experts américains n’ont pas reconnu la main de Tournier. Une chance aussi que le collectionneur ait eu l’intelligence de comprendre le tableau et l’auteur. Il a renoncé alors que cela fait partie des grands plaisirs des collectionneurs d’acquérir ce type d’œuvre. Il a tout de suite pensé que ce fragment était fait pour le Musée des Augustins de Toulouse qui conserve l’essentiel des œuvres de Nicolas Tournier.

Un miracle qui renferme un mystère

Cet éclat, une huile sur toile de 80cm sur 90cm est attribué à Nicolas Tournier. Mais il n’y a pas de certitude absolue, jamais parait-il en histoire de l’art. Cependant, de nombreux faisceaux d’indices laissent supposer que le fragment est une composition du tableau La Bataille de Constantin contre Maxence.
Sur cette huile sur toile, deux guerriers casqués et cuirassés observent un phénomène dans le ciel. Deux personnages en gros plan et des soldats plus flous dans le fond. Les personnages à mi-cou indiquent qu’il s’agit de personnages en pied comme dans le grand tableau de La Bataille La Bataille de Constantin contre Maxence.
Fragment du tableau attribué à Nicolas Tournier
Fragment du tableau attribué à Nicolas Tournier © Nye&Company

On a l’impression que les deux personnages se protègent de la lumière. Or, il se trouve que dans le tableau, il y a une apparition miraculeuse dans le ciel, une sorte de croix entourée d’un halo lumineux, ce qui pourrait expliquer pourquoi les personnages tentent de se protéger de cette lumière.

On n’a pas de certitude mais il est évident que les ressemblances sont frappantes. Je me suis entretenu avec les restaurateurs du tableau de La Bataille de Constantin contre Maxence et ils m’ont dit qu’ils y voyaient les mêmes effets de pinceaux, les mêmes effets d’éclairage, donc peu de doutes.


Pour le directeur du musée des Augustins de Toulouse, Axel Hémery, un petit doute persiste. Il n’a pas écarté l’idée que le fragment pourrait appartenir à un autre tableau de Nicolas Tournier. Un tableau de la période toulousaine, languedocienne, éventuellement une composition mythique, "L’Entrée de Louis XIII à Carcassonne" qui a été détruit et que personne n’a jamais vu.

Je crois quand même qu’il s’agit de La Bataille de Constantin contre Maxence mais le débat reste ouvert.

 

 La Bataille de Constantin contre Maxence façon puzzle

C’est la première fois qu’un fragment de cette composition est retrouvé puis acquis par le Musée des Augustins de Toulouse. Ce tableau monumental de 5 mètres sur 6 comporte de nombreux manques. "Le tableau commence par un bras et on ne sait pas d’où vient ce bras. Le tableau tel qu’on le connait aujourd’hui se termine dans les eaux du Tibre, et cette scène-là se situe sur l’autre rive, on ne peut pas le reconstituer, il y a beaucoup de manques, on peut espérer trouver d’autres fragments".
La Bataille de Constantin contre Maxence de Nicolas Tournier ( 1590-1639)
La Bataille de Constantin contre Maxence de Nicolas Tournier ( 1590-1639) © Daniel Martin
 

L’histoire qui annonce le début du christianisme à Rome

Le tableau  La Bataille de Constantin contre Maxence est aussi connu sous le nom de La Bataille de Rochegude. C’est la dernière œuvre peinte par Nicolas Tournier avant sa mort. Il raconte la bataille qui annonce le début du christianisme à Rome. Suite à cette bataille, l’empereur Constantin a une vision, celle d’une croix dans la nuit ; il entrainera par la suite l’empire Romain dans le Christianisme.
Tournier va s’inspirer pour cette énorme composition de 5 mètres sur 6, d’un des tableaux des élèves de Raphaël au Vatican, plus précisément les œuvres de Jules Romain.

Il va reprendre la même composition, la même structure que Jules Romain mais il va la traiter à la Nicolas Tournier. C’est à dire avec une certaine raideur, en traitant chaque personnage comme un portrait. Il va rendre cette scène plus contemporaine car ces guerriers romains pourraient tout à fait être des guerriers français du siècle du Louis XIII.
Mais il va donner une tonalité plus humaine à la scène avec des raccourcis très forts pour que l’on puisse voir les corps depuis une position basse car le tableau est exposé en hauteur, compte tenu de sa taille. On sent aussi que Tournier a eu des problèmes avec la perspective et le mouvement mais il va dépasser ces problèmes pour en faire une œuvre très forte, très émouvante et c’est un des chefs-d’œuvre de Tournier.


Pour voir du Nicolas Tournier, il faut aller à Toulouse


Nicolas Tournier (1590-1639) est un peintre montbéliardais associé au mouvement des caravagesques français. Il a terminé sa carrière en Languedoc et à Toulouse. Il a beaucoup peint pour les églises de Toulouse et Narbonne. Les chefs-d’œuvre peints pour les églises sont restées à Toulouse. Depuis l’exposition sur le peintre en 2001, le Musée des Augustins a acquis 4 autres tableaux de Tournier ce qui porte à 10 le nombre de peintures exposées au Musée. 10 tableaux très importants auxquels il faut rajouter deux autres peintures du maître visibles au Musée Bemberg.

Le fragment devrait bientôt arriver au Musée des Augustins de Toulouse où il sera expertisé puis exposé à la réouverture des lieux en 2021. Le marché de l’art réserve bien des surprises. Cette acquisition en est la preuve, "un petit miracle" pour le directeur du musée, Axel Hémery .
 

 Quand on sort des sentiers battus des tableaux qui font la une, achetés par des milliardaires, finalement il y a de très nombreux tableaux qui restent encore accessibles, le marché de l’art n’est pas si rationnel et il y a des petits mystères qui sont résolus tous les jours et c’est ce qui fait notre bonheur.


Un miracle qui pourrait faire des petits, le dirceteur du Musée des Augustins de Toulouse espère trouver d’autres fragments.

Avec le retentissement donné à cette affaire, peut-être que les détenteurs d’autres fragments se feront connaître...

 

 
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