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Les riverains d'un camp illégal à Toulouse au bord de la crise de nerf

Le camp s'est installé sur ce terrain appartenant à Toulouse Métropole, en plein coeur de l'été. / © Sylvain Duchampt
Le camp s'est installé sur ce terrain appartenant à Toulouse Métropole, en plein coeur de l'été. / © Sylvain Duchampt

Depuis juillet 2018, une quarantaine de personnes s'est installée sur un terrain vague, chemin de Malpère, près de Montaudran. Sans eau, sans électricité, les conditions sanitaires sur le camp sont épouvantables. Face à l'inertie des pouvoirs publics, les riverains ne supportent plus les nuisances.

Par Sylvain Duchampt

"Je me sens au bord du gouffre. J'ai un profond sentiment d'injustice et d'impuissance." Alexandre (nom d'emprunt) n'en peut plus. Depuis l'été dernier, un camp s'est installé illégalement sur le terrain situé en face de la résidence Carré Verde où vit ce jeune père de famille. Une quarantaine de personnes, venant de Roumanie, occupent ce terrain vague, sans eau, sans électricité, sans sanitaires.

Des appartements invendables

" Aujourd'hui, il y a une zone de non-droit en face de chez moi. Lorsque j'appelle la police, la seule réponse à laquelle j'ai le droit c'est "Déménagez !" Mais, désormais, mon appartement est invendable ! Je ne peux même pas mettre ce logement en location. C'est un échec pour moi et ma famille. Je ne suis pas riche, je vis en banlieue. Je pensais qu'il y avait une justice."
"Nous n'avons rien contre les gens de ce camp, précise un autre membre de la copropriété. Nous savons qu'ils n'ont pas le choix et que c'est difficile pour eux mais depuis leur arrivée nous subissons de nombreuses nuisances.

Une situation sanitaire déplorable

Ces nuisances se multiplient sous leurs fenêtres : "Au lieu d'emmener leurs déchets à la décharge située un peu plus loin, ils les font brûler. Les fumées, à l'odeur insupportable, rentrent dans notre appartement. Nous sommes obligés de fermer toutes nos fenêtres et de vivre dans un appartement clos. Comme il n'y a pas de sanitaires, ils font leurs besoins à même le sol, sous nos yeux. La situation sanitaire est déplorable aussi bien sur le camp qu'aux alentours" raconte Alexandre, le désespoir dans la voix.
Xavier (nom d'emprunt) est un autre copropriétaire de la résidence. Lui aussi fait le même constat : "Je ne sais plus quoi faire. J'ai l'impression de n'être qu'un citoyen de seconde zone qui n'a qu'un seul droit : celui de subir."  
 
Plusieurs propriétaires de la résidence, située en face du camp, essaient de revendre leur bien. Sans succès. / © Sylvain Duchampt
Plusieurs propriétaires de la résidence, située en face du camp, essaient de revendre leur bien. Sans succès. / © Sylvain Duchampt

Alexandre se trouve d'autant plus démuni que malgré plusieurs signalements à la mairie, rien n'a avancé. Un arrêté d'expulsion de ce terrain, appartenant à l'Etablissement Public Foncier Local (EPFL) de Toulouse Métropole, a été rendu par la justice, sans qu'il ait été mis en oeuvre : "Pour expliquer son inaction, la préfecture rejette la responsabilité sur les Gilets jaunes. Les forces de l'ordre sont débordées et ne seraient pas en mesure de venir évacuer le camp. C'est inacceptable, s'emporte-t-il. Pour moi, il n'y a pas d'excuses."
Alexandre, comme ses voisins, se sent "seul" et "abandonné des pouvoirs publics". Pour se faire entendre, il n'a trouvé qu'une seule solution : les réseaux sociaux. Sur Facebook et Twitter, il publie régulièrement photos et vidéos pour alerter directement les autorités sur la situation. Sans succès.   
 

L'expulsion ne fera que reporter le problème, un peu plus loin, sur un autre terrain de l'agglomération toulousaine. L'inaction des pouvoirs publics place les familles du camp comme les riverains dans une situation inextricable.
Médecins du Monde accompagne la quarantaine de personnes roumaines autant en matière de soins que dans leurs démarches administratives. "C'est très compliqué, reconnaît le Dr Geneviève Molina. Nous avons été alerté de la situation et plus particulièrement des conditions sanitaires sur le camp." Mais, aujourd'hui, aucune autre solution ne s'offre à eux.

Un manque d'impulsion

Pour la responsable Mission France Toulouse de Médecins du Monde, "les réponses notamment en matière d'hébergement sont insuffisantes. Les familles présentes à Malpère ont été expulsées de logements temporaires et leur installation sur ce terrain est une solution de fortune. Il y a un manque d'impulsion global pour résorber ces situations sur l'agglomération toulousaine." Pourtant, Le 25 janvier 2018, le gouvernement a donné des instructions, notamment en matière de concertation, afin de résorber ces campements illicites et les bidonvilles. La préfecture de Haute-Garonne n'a toujours rien organisé.
Contactés, les services préfectoraux de Haute-Garonne n'ont d'ailleurs pas répondu à nos demandes avant la publication de cet article.
A Toulouse, 300 Roms demandeurs d'asile préfèrent endurer ces conditions de survie plutôt que de continuer à vivre dans leur pays.  En 2018, au moins 32 SDF sont morts dans la rue en Occitanie, dont 15 à Toulouse.

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