A Toulouse, la brasserie Les Américains a joué sa survie mais n'accable pas les Gilets jaunes

Chaque samedi, depuis 52 semaines, la brasserie les Américains (à gauche de la photo - parasol gris) est au coeur de la mobilisation des Gilets jaunes à Toulouse. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP
Chaque samedi, depuis 52 semaines, la brasserie les Américains (à gauche de la photo - parasol gris) est au coeur de la mobilisation des Gilets jaunes à Toulouse. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

La brasserie Les Américains a connu toutes les mobilisations des Gilets jaunes. Son gérant lutte depuis pour la survie de son établissement. Ce qui n'a pas empêché Jacques Soyris d'accueillir les manifestants fuyant les gaz lacrymogènes. Des personnes qu'il "comprend tellement".

Par Sylvain Duchampt

Derrière les grandes baies vitrées de son café, Jacques Soyris a vu tous les week-end, durant 52 semaines, le passage de milliers de manifestants, les dégradations de son mobilier extérieur, les affrontements avec les forces de l'ordre et ces incessants nuages de gaz lacrymogène inondant la rue et sa salle.  

Après un an à subir les manifestations, le gérant de la brasserie Les Américains, située en plein centre ville de Toulouse, aurait pu faire sienne cette citation de l'historien romain Tacite, un auteur qu'il aime régulièrement citer, comme d'autres auteurs classiques : “c'est le propre de la nature humaine que de haïr celui qui a offensé.” Mais l'entrepreneur est un philosophe. Ces Gilets jaunes, il les comprend : 

Que cela plaise ou non, chacun défend son bifteck. Moi, je défends mon steak à la brasserie. 

Jacques Soyris est gérant de la brasserie Les Américains depuis 8 ans. / © FTV
Jacques Soyris est gérant de la brasserie Les Américains depuis 8 ans. / © FTV

Calmer les esprits

Au point de ne pas hésiter à défendre les manifestants en leur ouvrant ses portes :

Nous avons toujours eu un rôle de médiation, afin de calmer les esprits, notamment les plus énervés. Parfois, nous leur avons offert un café pour les protéger des gaz lacrymogènes. Finalement rien de très d’extraordinaire.


C'est pourtant la survie de son commerce qui se joue actuellement. Au fil des mois, chaque samedi, ce café populaire créé en 1880 sur le boulevard Lazare Carnot, devenu "encore plus populaire avec l'ouverture des lignes de métro A et B" selon son propriétaire, s'est progressivement vidé de sa clientèle mais aussi de ses serveurs. Le commerce a même dû fermer plusieurs samedis après-midi alors qu'il est ouvert habituellement 7 jours sur 7.

25% de pertes

Beaucoup de personnel a démissionné. "Nous, lorsque l’on est ouvert, nous nous faisons gazer, raconte l'un de ceux qui ont décidé de rester. Il y en a qui le supportent. D’autres qui ne le supportent pas. On ne peut pas forcer les serveurs à rester dans ces conditions. Moralement et physiquement, c’est très dur. Sans parler des pourboires que nous avons perdu. Le samedi est devenu une journée noire." Durant un temps, les effectifs sont passés de 27 employés à 17.
 

Le chiffre d'affaire a lui connu une chute vertigineuse. 300 000 euros hors taxe de perdus. "Cela représente 25% de notre chiffre d’affaire, détaille Jacques Soyris. "Il a fallu réfléchir, trouver des solutions et ne pas s’énerver. Cela a été compliqué, difficile. Les aides on ne vous les donne pas. Nous sommes allés les chercher. Nous sommes allés voir la mairie, la CCI, la région, le tribunal de commerce. Toutes les pistes possibles."     

Deux mondes qui s'affrontent

Le cafetier a essayé de garder la tête froide même s'il a le sentiment d'être face à un problème insoluble "nous étions au milieu mais aujourd'hui nous sommes dans l'impasse". Un climat anxiogène pour lui et ses employés qui a pu "parfois" l'atteindre psychologiquement.

Cela a des conséquences. J'ai à la fois une pensée pour les commerçants qui ont fait faillite, et pour les Gilets jaunes qui ont été blessés lors des manifestations. Tous ces gens là ont des familles. Il y a eu des conséquences pour les enfants. Il y a eu des divorces.


Samedi prochain sera un samedi particulier. "c'est l'anniversaire d'une levée de conscience '' estime le gérant. Les Américains s’adaptera avec l'espoir qu'il y ait le moins de dégâts possibles. Jacques Soyris fait le constat sans détour :

Les Gilets Jaunes ce sont deux mondes qui s’affrontent. Si je fais faillite c’est à cause d’eux et j’ai le droit de le dire. Mais, pour le moment, je vais essayer de survivre, simplement ne pas disparaître, mais nous sommes sur en bonne voie .
 

Voyez ici le reportage de Serge Djian et Clara Delannoy :

A Toulouse, une brasserie au coeur des manifestations des Gilets jaunes depuis un an

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