A Toulouse, des femmes victimes de violences conjugales trouvent la force de témoigner

Photo d'illustration / © PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP
Photo d'illustration / © PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP

Le gouvernement lançait ce 3 septembre 2019 son Grenelle de la lutte contre les violences conjugales. A Toulouse, une association de défense des droits des femmes a réuni les acteurs engagés dans cette action.

Par Nathalie Fournis

Mardi 3 septembre, une vingtaine de membres d'associations d'aide aux victimes, de représentants de l'Etat (Préfet de Région, Police et Gendarmerie) ainsi que des femmes victimes de ces violences ont échangé dans les locaux de l'APIAF (Association Pour les Initiatives Autonomes des Femmes).

Objectif : faire remonter les informations des 67 associations du réseau de la FNSF (Fédération Nationale Solidarité Femmes) et les observations recueillies par le 3919, le numéro national d'écoute. 
 

L'espoir d'un réel changement 

Faire mieux et être plus efficaces pour mettre fin à ce fléau. 
Deux mois de travail et de contributions sont donc prévus entre ces différents acteurs pour faire émerger, le 25 novembre prochain, de nouvelles mesures destinées à la protection des victimes de violences conjugales. 

Ce mardi à Toulouse, l'occasion était donnée à deux femmes de s'exprimer au nom d'un collectif de victimes.
Toutes ont vécu la violence de leur conjoint, toutes sont parties de leur domicile, seule ou avec leurs enfants, et toutes ont trouvé refuge à l'APIAF. 
La situation, l'origine de ces deux jeunes femmes est différente, mais la similitude de leur parcours les rapproche dans le besoin de s'exprimer, de raconter leur histoire.

Elles ont pris la parole.

" Moi, je n'osais pas le dire. Je pensais que ça allait créer plus de problèmes, j'avais peur qu'on m'oblige à rester avec lui. Ma grand-mère m'a demandé pourquoi je ne le lui avais pas dit. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas le dire, que j'avais honte, que j'avais peur de lui faire mal. Je ne voulais pas la mettre dans une situation de danger. Aujourd'hui elle m'en veut de ne pas l'avoir dit."

"On est enfermées, on veut protéger ses proches.... et après, quand on part, on te demande : mais pourquoi tu n'es pas partie avant ? tu te sens con... ce n'est pas facile de parler des violences qu'on subit, de porter plainte contre le père de ses enfants... Ils ne comprennent pas que c'était une histoire d'amour, qu'il n'y a pas que du mauvais, c'est ça qui est compliqué."

"Heureusement j'ai trouvé de l'aide et j'ai pu partir. J'ai eu une place à l'hôtel avec le 115. Mais c'était dur de changer d'hôtel tous les jours. Il faudrait des foyers directement sans passer par l'hôtel. Etre à l'hôtel ça veut dire des journées d'errance dans Toulouse, à me trimbaler mes bagages avec ma fille... Tu te sens abandonnée. Une fois de plus c'est toi qui trinque alors que ce n'est pas ta faute. T'as l'impression que c'est lui qui a gagné." 

 

"On est à moitié morte, on est épuisée, on n'est plus rien"

Séparées de leur conjoint, aujourd'hui, les deux jeunes femmes ont pu se reconstruire, avec la peur, omniprésente. 

Elles osent témoigner pour elles, mais aussi pour les autres.
Longtemps elles ont mis un couvercle sur leur vie d'avant :
"Eviter d'en parler c'est éviter de revivre ces moments".

Un courage et une audace qu'elles découvrent dans un long processus de réparation. 

"Aujourd'hui je me sens plus forte, j'ai le droit... c'est moi qui vais gagner"

 

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