Toulouse : l'école musulmane hors contrat Al-Badr signalée à la justice pour divers "manquements manifestes"

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Écrit par Marie Martin .

L'école musulmane hors contrat de Toulouse, Al-Badr, qui a déjà eu des démêlés avec l'académie de Toulouse, a fait l'objet d'un signalement auprès du procureur de la République, après deux contrôles qui ont mis en évidence des "manquements manifestes" tant au niveau pédagogique qu'administratif.

L'histoire se répète. Le recteur de l'académie de Toulouse, Mostafa Fourar, l'a annoncé ce lundi 30 août lors de sa conférence de presse de rentrée : l'école musulmane hors contrat Al-Badr a été signalée au procureur de la République de Toulouse pour "divers manquements". "Deux contrôles ont mis en évidence des manquements manifestes", a-t-il précisé. 

Par exemple, les enseignements scientifiques expérimentaux ne peuvent être assurés du fait de l'insuffisance de locaux et de matériel de laboratoire. Et sur le plan administratif, là aussi les manquements sont nombreux, notamment une mauvaise tenue du registre des enseignants et des élèves ou encore la présence irrégulière du directeur dont les fonctions sont déléguées à des personnes non habilitées.

Mostafa Fourar, recteur de l'académie de Toulouse

Les parents mis en demeure d'inscrire leurs enfants ailleurs

Suite à ce signalement, les parents d'élèves ont eux été mis en demeure d'inscrire leurs enfants dans un autre établissement à la rentrée scolaire. Pour autant, précision de taille, "il ne s'agit pas à ce stade d'une fermeture administrative", laquelle ne pourrait être appliquée qu'après une décision de justice, a encore détaillé le recteur. "La loi nous oblige à demander aux parents de scolariser leurs enfants dans un autre établissement donc cette école ne peut pas accueillir d'élèves à cette rentrée". 

Des antécédents

L'école Al-Badr, qui accueillait avant les vacances d'été quelques 130 élèves de primaire et de collège, avait été condamnée en 2016 par le tribunal correctionnel de Toulouse à fermer ses portes en raison d'un enseignement jugé non conforme. Son directeur, l'imam Abdelfattah Rahhaoui, réputé pour son conservatisme, avait quant à lui été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à une interdiction de diriger un établissement éducatif.

Mais revirement en 2018 : la cour d'appel de Toulouse infirme cette fermeture et relaxe le directeur, à la suite d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par l'avocat de la défense. L'école avait alors officiellement rouvert, grâce à la constitution d'une nouvelle association culturelle. 

Mais pour le rectorat, rien n'a changé. "Ils changent de structure mais finalement, dès qu'on fait un contrôle, on constate des manquements. Il n'y a pas de mystère, ce sont les mêmes personnes derrière ces structures", a déploré Mostafa Fourar, ce matin.

A un moment, il faut que ça s'arrête.

Mostafa Fourar

Le recteur de l'académie de Toulouse a indiqué que d'autres établissements hors contrat et pas nécessairement religieux pourraient faire l'objet de contrôles dans les semaines à venir. "Nous serons d'une exigence très forte vis-à-vis de ces écoles. Nos inspecteurs seront mobilisés pour contrôler la qualité de la formation, la cohérence par rapport aux exigences pédagogiques et surtout le respect de la loi". 

Mostafa Fourar a également évoqué le cas de cette école de Bagnères-de-Bigorre dans le département des Hautes-Pyrénées, les Boutons d'or, dont l'enseignement s'inspire de la pédagogie Steiner-Waldorf. Trois contrôles y ont été effectués et selon le rectorat, "aucun enseignement ne permettant de donner à l'élève le fondement de la culture mathématique, scientifique et technologique n'y était prodigué". Sa fermeture a été annoncée il y a quelques jours. 

Le maire de Toulouse écrit au ministre Blanquer

Au lendemain de ces annonces du recteur de l'académie de Toulouse, Jean-Luc Moudenc a envoyé un courrier au ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Rappelant que "les collectivités locales n'ont pas les moyens juridiques d'agir face à ces manquements", le maire de Toulouse écrit ne pouvoir que déplorer les faits dénoncés par le recteur au sein de l'école musulmane hors contrat, "sans pouvoir agir, ni venir en aide à ces petits Toulousains".

Par ce courrier, Jean-Luc Moudenc demande à Jean-Michel Blanquer "d'agir dans la mesure de toutes vos possibilités".

Selon l'AFP, l'avocat de l'école, Me Bolaky, a qualifié les reproches faits à ses clients de "parfaitement fallacieux", relevant d'un "acharnement". Il a contesté devant le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse la décision du rectorat et une audience a eu lieu le 19 août 2021. "La décision a été mise en délibérée", a-t-il précisé.
 

 

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