Trafic de drogue : On vous dit pourquoi l'opération place nette XXL n'a pas permis de l'éradiquer dans les quartiers

Début avril, l’Etat a tapé du poing sur la table en lançant des opérations place nette XXL pour lutter entre autres contre le trafic de drogue. Elle a débuté le 2 avril à Toulouse (Haute-Garonne). Mais quelques semaines après, où en est-on ? A-t-elle été efficace ? C'est l'occasion de faire un bilan.

Près de deux mois après l'opération "place nette XXL" à Toulouse (Haute-Garonne), la situation s'est elle améliorée dans les quartiers touchés par ce fléau. Quels résultats pour la police et la justice ? L'occasion de faire un premier bilan avec tous les acteurs de cette opération.

Déploiement de force

Au mois d'avril, la Ville rose a vu bleu sur ordre du ministre de l'intérieur. Gérald Darmanin a décidé de lancer des opérations place nette XXL dans toute la France. À Toulouse, policiers et gendarmes sont intervenus au pied des barres d’immeuble. Des fouilles d’appartements et de caves ont été organisées. Des contrôles aussi sur des points de deal ou aux sorties du métro.

L'objectif de l’Etat était clair : faire tomber les petits comme les grands trafics : "Ce ne sont pas j'insiste des opérations de communication ou d'affichage", avait déclaré Pierre André Durant, le préfet de la région Occitanie le 26 avril. "C'est un vrai travail de fond qui est réalisé par nos forces de sécurité intérieures".

Le trafic de stupéfiant vacille

Entre le 2 et le 9 avril, 118 personnes ont été placées en garde à vue. 10 peines d’emprisonnement ferme ont été promulguées. 132 000 euros d’avoirs criminels ont été saisis. Une tête de réseau a même été arrêtée en Espagne. Cette opération place nette XXL a aidé la justice à bousculer un trafic de stupéfiants, grandissant à Toulouse.

"L'opération place nette n'a pas mis fin au trafic de drogue c'est évident, ni ici, ni à Marseille ni ailleurs", estime Samuel Vuelta-Simon, le procureur de la République de Toulouse. "Simplement c'est un outil qui a été très intéressant pour bénéficier des effectifs de police et de gendarmerie pour mener certaines opérations, qu'on aurait peut-être eu du mal à mener, si on n’avait pas eu ces renforts pendant quelques semaines".

Guerre des gangs

"Je pense qu'on a réussi à déraciner un réseau de trafic de drogue dans le quartier de la Réynerie", rajoute-t-il.

"Et d'ailleurs ça provoque du remous dans le banditisme. Car on remarque des actions violentes, qui démontrent que certains essaient de remplacer ceux qui ont été arrêtés et incarcérés à la suite de cette opération".

Cette démonstration de force aurait-elle déstabilisé les trafics toulousains ? Il est trop tôt pour le dire. Mais fin avril, un point de deal à Bagatelle est attaqué et deux hommes sont blessés par arme à feu. Le 4 mai au matin, une autre fusillade se produit devant la discothèque l’Etoile rue d’Atlanta. Ouisam Boujoual, un caïd toulousain est exécuté.

"Il manque du monde pour lutter"

Règlements de compte ultra-violents, vente de stupéfiants en ligne, diversification des drogues, depuis la fin du Covid, les réseaux criminels se sont étoffés et radicalisés. Et les moyens policiers semblent bien limités : "Ce sont des affaires qui demandent une présence policière constante, je dirais presque 24h sur 24", explique Christophe Amans, secrétaire départemental adjoint de l’Unité SGP Police 31 "Nos collègues des stupéfiants effectuent un travail remarquable. Ils sont investis à 400%, mais je pense qu'il manque du monde pour lutter efficacement contre ça".

"Les magistrats sont aussi dépassés", rajoute-t-il. "Tout le monde est dépassé par l'ampleur du réseau. Ça draine tellement d'argent. Ils sont fort financièrement et puis, ils ont compris les failles du système qu'ils pouvaient exploiter". Face à la puissance de ces organisations criminelles, le procureur de Toulouse défend l’idée, portée par le garde des Sceaux de créer au plus vite un Parquet national antidrogue.

Des trafiquants de retour

"On saisit à chaque fois plus de drogue, mais saisir plus de drogue tous les ans, ça signifie qu'il y a de plus en plus de trafic", reconnaît Samuel Vuelta-Simon. "On arrive à un moment aujourd'hui en 2024, où, sur le plan judiciaire, il faut qu'on se réforme. Il faut qu'on se demande si on est réellement efficace contre les trafics".

Et il rajoute :"Si on ne l'est pas, on doit trouver un nouveau dispositif de réponse et passer à l'étape supérieure dans le dispositif de lutte contre ces trafics". Car les trafiquants se réorganisent très vite. Dans le quartier de la Reynerie, les tags de fléchage pour l’achat de drogue et les points de deal sont déjà revenus.

Des habitants dubitatifs

7 semaines après l'opération place nette XXL, les habitants du quartier sont dubitatifs : "On a bien compris que le trafic est revenu et que cette politique qui est en place depuis des années, avec tout ce qui a été essayé ne marche pas", constate Sophie, membre de l'association "Reynerie Miroir".

Son voisin, Pierre, est aussi inquiet : "On ne voit pas venir la création d'une nouvelle infrastructure, un commissariat de quartier plus proche, avec lequel on pourrait réfléchir ensemble. On a juste vu les CRS investir la place publique mais ils sont repartis".

Des CRS qui viennent et qui repartent, des réseaux démantelés qui se recréent dans la foulée, en 2023, le trafic de drogue aurait généré 3 milliards d'euros de chiffre d’affaires en France.

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