Vidéo complotiste "antivax" dans un lycée à Toulouse : la neutralité des enseignants en question

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Écrit par Karine Pellat
Vidéo complotiste antivax dans un lycée à Toulouse : la neutralité des enseignants en question
Vidéo complotiste antivax dans un lycée à Toulouse : la neutralité des enseignants en question © FTV

Un enseignant suspendu à Toulouse pour avoir diffusé une vidéo "antivax" devant ses élèves. Terrorisme, violence, vaccin... Les professeurs doivent respecter une certaine neutralité. Un enseignant témoigne de la difficulté d'aborder ces sujets délicats en classe.

Un professeur d'espagnol du lycée Raymond-Naves, à Toulouse, vient d'être suspendu pour avoir diffusé une vidéo complotiste "antivax" à une classe de seconde. Lors de son cours, il aurait également évoqué les dangers de la vaccination. L'inspection académique de la Haute-Garonne a confirmé les faits. Une enquête a été ouverte, et l'enseignant a été suspendu à titre conservatoire. L'affaire renvoie au principe de neutralité. Mais quelles en sont les limites ? Peut-on parler de tout avec ses élèves ? 

Parler de la vaccination en classe ? Un guide fait polémique

Parler de la vaccination contre le Covid-19 en classe, une gageure pour les enseignants. Depuis le mois de juin et l’ouverture de la vaccination aux adolescents, l’Éducation nationale encourage les enseignants à parler de la vaccination contre le Covid avec leurs élèves. Mais les professeurs posent une limite claire entre l’éclairage scientifique et la promotion du vaccin.

Dans une note du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, le Gouvernement les invite à être des "ambassadeurs de la vaccination". Résultat : certains enseignants voient rouge. Ils se disent prêts à "expliquer", mais pas à "inciter". Est-ce le résultat de cette polémique ? En tous les cas, le guide qui leur était destiné, pour débattre sur la question de la vaccination, sur le site Eduscol n'est plus accessible. 

 

 

"Il faut parler de tout"

Evoquer des sujets d'actualité, des thèmes dits "délicats" en classe n'est pas chose facile pour un enseignant. Au-delà du principe de neutralité auquel sont soumis les enseignants, quelles sont les limites ? Jusqu'où un prof peut-il aller sans imposer ses idées personnelles ? Nous avons posé ces questions à Julien Cueille, professeur de philosophie à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne.

Nous sommes dans une société de plus en plus tendue, de plus en plus crispée. Donc, on fait plus attention à ce que l'on dit. On n'aborde pas les sujets difficiles de la même façon qu'il y a 15 ans. Mais que ce soit le voile, la laïcité, le 11 septembre ou le vaccin, il faut parler de tout et de toutes les opinions. L'essentiel est de débattre. Montrer les différents points de vue. Les expliquer. C'est certainement plus facile pour un prof de philo ! Tant qu'il y a un cadre, on peut aborder tous les sujets. De mon côté, je ne donne pas mon opinion, ma vérité, j'explique le pour et le contre.

Julien Cueille, professeur de philosophie

Si certains enseignants traitent de l'actualité en classe, d'autres sont plus prudents et choisissent de ne pas évoquer les sujets délicats.

Le principe de neutralité

Si les enseignants ne sont pas soumis au devoir de réserve, ils sont néanmoins soumis à l’obligation de neutralité qui interdit toute prise de position politique, toute manifestation de ses opinions personnelles ou religieuses durant son service et dans le cadre de ses fonctions. Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l'instrument d'une propagande quelconque. L'enseignement public est neutre : la neutralité philosophique et politique s'impose aux enseignants, mais aussi aux élèves.

Concernant la suspension de cet enseignant du lycée Raymond-Naves, le secrétaire général du SNES-FSU de l'académie de Toulouse, estime qu'il s'agit là d'une procédure classique. Pierre Priouret s'étonne toutefois que le motif de la suspension ait été divulgué, alors que l'enquête ne fait que commencer.

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